Au service des plus modestes

Vaud • Candidate du POP aux élections complémentaires vaudoises du 17 mars pour la succession à Pierre-Yves Maillard, Anaïs Timofte défend un programme pour améliorer le pouvoir d’achat, mais aussi des logements abordables ou des primes maladie proportionnelles au revenu. Interview.

Primes maladies , logements abordables, action écologique et sociale, intediction des OGM, femmes et politique : les convictions d’Anaïs Timofte. (François Graf)

Vous faites campagne en faveur de l’amélioration du pouvoir d’achat pour les travailleuses et les travailleurs, qui a tendance à stagner. Pour quelles raisons et comment peut-on agir selon vous ?

Anaïs Timofte De nombreuses problématiques sont liées à la fiscalité, et le contexte actuel est plutôt défavorable. En effet, le PS et la droite ont travaillé de concert pour mettre sur pied la RIE 3 vaudoise, et on voit aujourd’hui que de nombreux services publics sont menacés. Malheureusement, les partis représentés au sein du gouvernement ont confiance dans leurs positions et ne se posent pas de questions vis-à-vis de la population, qui souffre du manque de pouvoir d’achat. Il faut proposer des solutions efficaces, sans concession, et réellement en faveur des classes populaires.

Ce n’est pas le cas actuellement, en raison de cette politique d’association entre la gauche molle et la droite. A mon sens, il n’est pas possible de défendre le patron de trente employés et la vendeuse mère de famille, et je fais le choix de me mettre du côté des classes populaires.

L’une de vos propositions phare est l’instauration de primes maladies en fonction du revenu et de la fortune. Comment comptez-vous la mettre concrètement en œuvre?

En 1996 déjà, le POP avait lancé une initiative fédérale afin d’instaurer la proportionnalité des primes en fonction du revenu et de la fortune. Il est urgent de trouver des moyens pour répartir la facture des coûts de la santé de manière plus équitable et proportionnelle au sein de l’ensemble de la population. Il n’est en effet pas normal qu’une personne qui gagne 4’000 francs par mois paie la même prime qu’une autre qui gagne dix fois plus. Certains auraient largement les moyens de participer davantage et de décharger les ménages qui ont de la peine à payer leur assurance, et qui doivent également assumer des charges familiales.

On entend toujours le même discours, qui affirme que nous sommes tributaires de la LAMal, et qu’il s’agit d’un système mis en place par la volonté populaire. Or, on voit que tout le monde se plaint des primes d’assurance, et qu’il faut penser à des moyens qui permettent de décharger le budget des ménages.

Par ailleurs, dans le canton de Vaud, tout est pensé sur la base du subside. Cela génère des coûts importants et il y a une lacune au niveau de la réflexion sur le financement. A mon sens, il faut sortir de cette logique du «tout subside» et trouver d’autres solutions.

Vous vous engagez également en faveur des logements abordables. Comment faciliter leur accès pour le plus grand nombre ?

Pour de nombreux ménages, le loyer pèse trop lourd dans le budget, notamment lorsqu’on a des enfants. Dans le canton de Vaud, une loi permet aux ménages qui en ont besoin de toucher une aide individuelle au logement, avec la participation du canton et des communes. Or, seules onze communes – essentiellement de l’agglomération lausannoise – participent actuellement à ce soutien financier ciblé à ceux qui en ont besoin.

Pourtant, ce n’est pas la seule région où les ménages peinent à assumer la charge du loyer, qui augmente sans cesse. Cette aide est calculée sur la base d’un ratio entre le nombre de personnes, le nombre de pièces du logement et les charges que cela représente sur le budget total du ménage. Ce que nous proposons, c’est d’étendre cette aide à l’ensemble des communes, en conservant les mêmes critères d’octroi, qui par ailleurs me semblent corrects. Le loyer est un élément important. Pour les revenus modestes, il peut représenter jusqu’à 50% du budget, ce qui est mon cas. Il faut donc pouvoir agir là-dessus et démocratiser cette aide.

Vos revendications concernent aussi l’écologie. Quelles mesures sont compatibles dans ce domaine avec la défense des couches de la population les plus modestes ?

Ce combat est essentiel, car il s’agit de penser à notre avenir dans ce pays et à la qualité de vie et de l’environnement dans lequel nous vivons. Je m’oppose cependant à des mesures écologiques qui se font au détriment des classes populaires, comme par exemple les taxes sur les billets d’avion. Ce n’est pas acceptable, car cela porte préjudice aux travailleurs, tandis que les hauts revenus ne seront pas dissuadés de voyager. Le POP et les partis de gauche se sont historiquement battus pour que les personnes les plus modestes puissent accéder aux loisirs. Je m’opposerai donc à toute action écologique qui n’est pas pensée sous un angle social, tout en insistant sur le fait qu’il s’agit d’une préoccupation primordiale.

Pouvez-vous nous donner des exemples de mesures concrètes ?

En premier lieu, je défends la gratuité des transports publics. Le POP s’est engagé sur cette proposition depuis plus de 20 ans, au travers de pétitions et d’initiatives. Récemment, nous avons déposé une initiative parlementaire au Grand conseil pour demander la gratuité sur le territoire vaudois. Avec cette mesure, on ne porte pas atteinte aux intérêts de la population en taxant l’essence ou en interdisant l’utilisation de la voiture. Il s’agit au contraire de rendre plus attractive une alternative écologique et durable, qui permet de décharger une partie des gens des coûts de transports publics très élevés. A Lausanne, un billet de bus pour une heure coûte presque 4 francs, ce qui est très élevé si on a une famille, ou s’il faut par exemple cumuler avec un billet de train. Par ailleurs, la mobilité est très liée aux trajets réalisés pour se rendre au travail. En se déplaçant, on contribue en grande partie à la richesse du canton, et il est donc normal que les entreprises participent au premier plan à cette gratuité.

Le deuxième point concerne l’agriculture. Il y a plusieurs mois, nous avons voté sur l’initiative d’Uniterre en faveur de la souveraineté alimentaire, et j’étais très engagée durant la campagne. Je propose une version cantonale de ce principe, avec plusieurs volets. Il s’agit en premier lieu de revaloriser les conditions de travail des travailleurs agricoles, au niveau du canton. Ensuite, l’agriculture joue un rôle écologique et nourricier primordial, mais qui est aujourd’hui menacé au vu des nombreuses exploitations qui ferment chaque année. Il faut donc valoriser la production régionale et mettre sur pied des structures de commercialisation et de distribution des produits locaux.

Il faudrait également instaurer une interdiction des OGM dans le canton de Vaud. Enfin, il est nécessaire de garantir des prix rémunérateurs pour les producteurs, afin de conserver l’agriculture dans notre canton et d’assurer le rôle écologique de l’agriculture et la qualité de vie, par exemple avec la préservation de friches.

Comment vous positionnez-vous sur la présence des femmes en politique et quelles autres mesures préconisez-vous afin d’avancer en matière d’égalité?

Il est dix fois plus dur pour une femme de s’engager politiquement, d’autant plus quand on a un enfant. C’est énormément de travail. Il est malgré tout important que les femmes soient là, car elles arrivent avec un vécu et une force qui permet de ne pas plier. En effet, c’est une chose de connaître les principales problématiques liées à l’inégalité car on les a lues dans un rapport. C’en est une autre de les vivre au quotidien, et de devoir patienter une année et demie sur une liste d’attente avant d’avoir une place de crèche. Cette expérience forge notre force de conviction.

Pourtant, il ne suffit pas d’être une femme pour défendre les intérêts de la majorité des femmes et des travailleuses. Je m’oppose totalement à la vision de certains socialistes, qui étaient très heureux de l’élection de deux femmes au Conseil fédéral. Honnêtement, je ne pense pas que Madame Karine Keller-Sutter défende les intérêts d’une vendeuse mère de famille. Donc je me bats pour que les femmes soient représentées en politique, ainsi que des gens qui défendent les intérêts des femmes et de la majorité des travailleuses.

Enfin, il faut agir sur les disparités économiques qui se jouent au détriment des femmes, comme le fait que la majorité d’entre elles, contrairement aux hommes, travaillent à temps partiel, ou qu’elles sortent du marché de l’emploi quand elles ont un enfant. Il faut améliorer l’accès à un accueil de jour des enfants depuis qu’ils sont tous petits, ainsi que dans le domaine parascolaire, afin que les femmes qui le souhaitent bénéficient de moyens de garde. Des retraites convenables doivent également être garanties aux femmes, malgré les inégalités économiques durant la carrière