Harcèlement sexuel dans les parlements européens dénoncé

La chronique féministe • Lundi 4 février, «Kyrielle» (association visant à valoriser la place des femmes dans la culture et à promouvoir le débat sur les questions genre) a invité Liliane Maury Pasquier, qui en est membre. Au 99, rue de Lyon, après avoir suivi un labyrinthe, nous nous sommes retrouvé-e-s une trentaine.

Lundi 4 février, «Kyrielle» (association visant à valoriser la place des femmes dans la culture et à promouvoir le débat sur les questions genre) a invité Liliane Maury Pasquier, qui en est membre. Au 99, rue de Lyon, après avoir suivi un labyrinthe, nous nous sommes retrouvé-e-s une trentaine. Annette Zimmermann animait la présentation et le débat.

Sage-femme de profession et mère de 4 enfants adultes, Liliane Maury Pasquier s’est engagée dans la politique pour influencer, très concrètement, son milieu de vie; elle habitait Veyrier et voulait défendre de meilleures conditions de vie pour les familles, ce qui la conduisit à devenir conseillère municipale PS de 1983 à 1992. Elle raconte sa timidité à prendre la parole en public. «Mais on apprend», dit-elle. On la sollicite alors pour être candidate au Grand Conseil de Genève, où elle siège de 1993 à 1996, puis devient députée au Conseil national de 1995 à 2007, qu’elle préside en 2002. Durant sa présidence, elle intervient notamment en faveur de femmes nigérianes menacées de lapidation. Le 21 octobre 2007, elle est élue au Conseil des Etats, en remplacement de Christiane Brunner, avec Robert Cramer. Ils sont tous deux réélu-e-s en 2011 puis en 2015. Elle fait notamment partie de la Délégation suisse auprès du Conseil de l’Europe, dont elle assure la présidence de 2011 à 2014. Et devient présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) en juin 2018, en remplacement de Michele Nicholetti, démissionnaire après sa non-réélection comme député en Italie.

Lors de son élection, elle affirme que «les droits humains, la démocratie et l’Etat de droit doivent être promus sans relâche, sur le continent européen et au-delà, face à la montée des extrémismes, des violences et de la répression, dans un contexte migratoire et sécuritaire très tendu. (…) L’Assemblée a un rôle décisif à jouer, en portant les valeurs de justice, d’intégrité, de solidarité et de cohésion envers et contre l’exclusion, la haine et le chacun pour soi.»

En tant que féministe, elle est déterminée à promouvoir l’égalité et à lutter contre le sexisme. C’est pourquoi, lorsque sort en octobre 2018 une étude menée conjointement par l’Union interparlementaire (UIP) et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) sur les actes sexistes dans les parlements européens, elle décide d’empoigner ce problème.

L’étude repose sur des entretiens approfondis avec 123 femmes de 45 pays, dont 81 parlementaires et 42 faisant partie du personnel. Les chiffres sont atterrants. Dans des lieux qui devraient montrer l’exemple, 85% des femmes parlementaires ont été victimes de violence psychologique; 68% ont été la cible de commentaires sexistes concernant leur apparence physique et les stéréotypes sexistes liés à leurs rôles; 58% d’attaques sexistes en ligne sur les réseaux sociaux; 47% ont reçu des menaces de mort, de viol ou de violence corporelle et 25% ont subi des violences sexuelles. Le rapport montre que le personnel parlementaire féminin souffre plus de violence sexiste que les femmes parlementaires. En outre, la majorité des parlements ne disposent pas de mécanismes pour permettre aux femmes de signaler ces faits. Seules 23,5% des femmes parlementaires et 6% des femmes membres du personnel parlementaire qui ont été victimes de harcèlement sexuel ont signalé l’incident. Souvent, ce sont elles, et non les harceleurs, qui sont licenciées!

Lors de la publication de l’étude,Gabriela Cuevas, Présidente de l’UIP, a déclaré: «Le harcèlement n’est pas seulement une violation grave des droits des femmes, c’est aussi un obstacle à la démocratie. Nous devons être conscients de l’effet pervers que ce type de comportement peut avoir sur la liberté d’action des femmes parlementaires, pas seulement en Europe mais aussi dans d’autres régions du monde.»

Martin Chungong, secrétaire général de l’UIP et champion international de l’égalité des sexes, a pour sa part affirmé:«Nous ne devons tolérer aucune forme de harcèlement sexuel dans l’institution fondamentale de la démocratie. Il est de la responsabilité de tous les parlementaires, hommes et femmes, de prendre des mesures urgentes pour mettre en place des mécanismes visant à protéger toutes les femmes qui y travaillent et à devenir plus sensibles à la problématique du genre.»

Liliane Maury Pasquier, Présidente de l’APCE, a quant à elle souligné: «Hélas cette étude reflète une triste réalité. #MeToo n’épargne pas le monde politique. Tant que l’inégalité entre les femmes et les hommes persiste, aucune femme n’est à l’abri de la violence et du harcèlement. Mais nous avons un levier, qui peut faire de nous, femmes et hommes politiques, des actrices et acteurs du changement: La Convention d’Istanbul – un instrument juridique pour prévenir, protéger, poursuivre en justice et surtout pour briser les schémas sexistes.»

Enfin, le rapport UIP/APCE contient un certain nombre de mesures concrètes pour lutter contre le sexisme et la violence à l’égard des femmes dans les parlements. Il s’agit notamment de faire passer le message que les comportements sexistes, le harcèlement et la violence sexiste au parlement sont inacceptables, de mettre en place un mécanisme confidentiel de dépôt de plainte et d’enquête, et d’imposer des sanctions disciplinaires aux auteurs.

Lors de notre rencontre du 4 février, Liliane Maury Pasquier nous a alors présenté différents objets promotionnels de couleur orange, la couleur de la campagne internationale contre les violences faites aux femmes:   stylos, blocs de post-it, cordons porte-badge, bracelets, pin’squi portent la mention: «#PasDansMonParlement» ou «#NotInMyParliament», comme la campagne lancée sur les réseaux sociaux pour lutter contre le sexisme et le harcèlement sexuel. Les parlementaires doivent s’engager non seulement à respecter les femmes, mais à intervenir et à dénoncer tout acte sexiste dont il ou elle serait témoin. Il est nécessaire que, partout, on se mobilise pour œuvrer à une meilleure égalité entre femmes et hommes et pour lutter contre les violences faites aux femmes.Pourquoi ne pas lancer des campagnes similaires: #PasDansMonParti ? #PasDansMonBureau ? #PasDansMonHôpital?

Liliane Maury Pasquier a peu subi de remarques ou d’actes sexistes pendant sa carrière politique et les rares cas dont elle se souvient (comme sa blouse sans manches qui avait provoqué quelques remarques courroucées) lui font hausser les épaules. Elle est profondément optimiste. Certes, les choses avancent lentement, mais elle est persuadée qu’avec un peu de courage et de bonne volonté, la lutte pour l’égalité et contre le sexisme portera ses fruits.

Impressionnante carrière d’une femme restée simple. Qui n’aurait pas été possible, insiste-t-elle, sans le soutien indéfectible de son mari et de ses proches.

Après les applaudissements chaleureux, les participantes viennent choisir quelques objets et nous nous retrouvons toutes autour du verre de l’amitié.