La place financière se restructure, ça fait mal

Suisse • La banque privée zurichoise Julius Bär licencie. Ces coupes sont liées à la restructuration actuelle de la place financière suisse, analyse l’Association suisse des employés de banque.

Dans le cadre de la présentation de ses résultats annuels le lundi 4 décembre, la banque privée zurichoise Julius Bär a annoncé la suppression de 120 à 180 emplois d’ici à fin 2019, soit environ 2% des 6’693 équivalents plein-temps que la banque employait à fin 2018. Ce «programme structurel de réduction des coûts» devrait permettre d’économiser 100 millions de francs, afin de compenser des résultats annuels inférieurs aux prévisions pour 2018. L’Association suisse des employés de banque (ASEB) «déplore cette nouvelle saignée dans les effectifs de la place financière de Zürich et attend des responsables de Julius Bär qu’ils démontrent que l’effort d’économie n’est pas seulement recherché auprès des employés, mais à tous les échelons de la banque».

En effet, en parallèle de la restructuration, Julius Bär a annoncé une augmentation des dividendes versés aux actionnaires, ce qui provoque l’incompréhension chez Denise Chervet, directrice de l’ASEB. «Comme toujours, cette annonce a probablement été faite dans le but de rassurer les actionnaires. Pour l’ASEB, il est difficile d’accepter que la direction réalise des économies sur les charges de personnel, tandis qu’elle augmente la part de dividendes versés aux actionnaires».

Pour l’heure, la procédure légale de consultation n’a pas encore débuté. Aucun licenciement ne peut être prononcé lors de cette étape, durant laquelle la direction doit fournir aux employés des informations suffisantes, afin qu’ils puissent prendre position sur les mesures qui les concernent et faire des propositions concrètes pour en atténuer les effets, et si possible éviter des licenciements. En effet, un plan social existe déjà, qui s’appliquera à toutes les personnes qui devraient être touchées par la restructuration une fois la phase de consultation terminée. Mais pour la présidente de l’ASEB, l’enjeu de la phase de consultation ne consiste pas uniquement à améliorer le plan social, qu’elle considère par ailleurs comme «bon». «Ce qui est important, c’est de savoir s’il est nécessaire de licencier 120 ou 180 personnes, ou si ces licenciements pourraient être évités. Car même avec un plan social, c’est une mesure douloureuse pour les personnes concernées».

Absence de commission du personnel

Au vu de l’ampleur de la réduction de postes prévue, l’ASEB est intervenue auprès des ressources humaines afin de manifester sa volonté de participer activement à la phase de consultation. Un même appel a été lancé aux salariés, afin que ceux-ci puissent bénéficier du soutien de l’ASEB pour élaborer une prise de position collective qui puisse être présentée aux responsables de la banque.

«Il n’y a pas de commission du personnel chez Julius Bär, précise Denise Chervet. Si les salariés ne se fédèrent pas, la négociation avec la direction ne sera pas possible, car il n’y aura pas de partenaire pour les représenter. Et la direction ne peut pas négocier avec chaque employé individuellement». Selon Denise Chervet, la partie n’est toutefois pas gagnée. «Il faut admettre qu’il y a 4-5 ans, des licenciements chez Julius Bär avaient déjà eu lieu. Et l’entreprise avait été très ouverte à ce que l’on soit impliqué. Mais dans une procédure de consultation, il est important que les employés participent, car nous ne connaissons par aussi bien la banque qu’eux pour formuler des propositions viables. Or, il n’y avait eu aucun écho de la part du personnel. Nous sommes donc prêts à accompagner les employés, mais nous ne pouvons ni ne voulons prendre leur place».

Pour l’ASEB en effet, seule une prise de position collective soutenue par la majorité des employés de Julius Bär peut faire valoir la voix des employés et exercer de l’influence pour éviter des licenciements.

Enfin, pour Denise Chervet, cette annonce de réduction des effectifs est liée aux tendances lourdes qui traversent le secteur financier. «On observe une réorganisation de la place financière suisse, en partie lié à de nouvelles méthodes de travail et à la tendance à l’outsourcing. Il y a une perte nette d’emplois dans les banques, en partie compensée dans les fintech. Il est donc pour l’heure difficile d’avoir une vision d’ensemble de l’évolution du nombre d’emplois dans la place financière totale».