WC publics: des nettoyeurs en lutte

Genève • Des employés de la société Onet (Suisse) SA, mandatée par la Ville de Genève, dans le cadre de l’entretien des toilettes publiques sont en grève. Pour faire valoir leurs droits sociaux.

Toute grève exprime sa part de dénonciation face à des conditions de travail détériorées. Elle est aussi une exigence de dignité dans le respect de la loi sur le travail. Ce sont certains ressorts du combat que portent une quinzaine de salariés d’Onet SA. Soutenus par le Syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs (SIT), ils œuvrent, sur mandat de la Ville de Genève, à l’entretien des toilettes publiques

Ils se sont réunis lundi dernier à 6h, devant les bureaux de leur employeur, à Carouge, pour une action de protestation avant de décider d’une grève. Flexibilisation croissante du temps de travail, baisse des salaires, non-respect des plannings, travail du dimanche abusif, équipements de protection individuelle insuffisants, taux LPP jugés non conformes, violations de la loi sur le travail: les griefs sont nombreux.

Discussions en suspens

Les employés et le SIT soulignent l’urgence de faire face, dans le possible sillage de l’écrivain allemand Bertolt Brecht affirmant: «Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.» Ils demandent ainsi des améliorations concrètes de leurs conditions de travail, mais également la réintégration d’un de leur collègue licencié durant les discussions avec la direction. Et mettent en avant la nécessité de discussions tripartites entre les employés, la Ville de Genève et la société de nettoyage. Ces dernières seront annoncées d’ici à lundi prochain par le Maire de la Ville de Genève, Sami Kaanan, souligneMerita Elezi, secrétaire syndicale au SIT et responsable du secteur nettoyage, jointe par téléphone le 13 février.

Le SIT avait demandé la médiation de la Ville de Genève, celle du magistrat en charge du dossier, Guillaume Barazzone, qui dirige le Département de l’environnement urbain et de la sécurité, en vue de négociations avec Onet SA. Celui-ci est censé contrôler ce mandat de marché public. «Il a répondu par la négative, uniquement par voie de presse. Nous attendons de la Ville qu’elle prenne ses responsabilités dans le cadre d’un marché public où la société Onet SA ne respecte pas la loi sur le travail ou la Convention collective du secteur sur divers points», souligne Merita Elezi.

Une réunion entre des grévistes, le SIT et Onet SA s’est tenue mercredi dernier. «Les principales revendications des grévistes n’ont pas abouti. Seules quelques propositions ont été faites en présence de Franck Blanpain, directeur pour la Suisse d’Onet SA, sur des points traduisant l’illégalité dans laquelle se trouve l’entreprise. Elles seront soumises en Assemblée générale jeudi à l’ensemble des grévistes tandis que la grève, elle, se poursuit.»

Détériorations des conditions de travail

Les employés dénoncent la précarité, la pénibilité de leur travail (avec un nombre de WC en augmentation sans adaptation du temps de travail) Ils mettent en lumière la flexibilisation de leur horaire (32 heures l’hiver et 43 h. en été pour certains) qui change aussi plusieurs fois mensuellement, le travail dominical, des équipements professionnels inadaptés ainsi que des taux LPP inadéquats.

En conférence de presse le mercredi 13 février, la secrétaire syndicale en charge du personnel de la Ville de Genève, Valérie Buchs a expliqué: «Des économies ont été réalisées par la Ville de Genève du fait de l’externalisation du nettoyage des toilettes publiques dans les années 2000. Les employés communaux du secteur du nettoyage touchent, eux, au mimum 4800 francs pour 40 heures dans le secteur public. La réinternalisation par la Ville couterait 7 millions. » Il y a 10 ans, la Ville comptait 68 WC publics pour 25 travailleurs avec un temps de travail de 43 heures par semaine. Aujourd’hui, ce sont 15 travailleurs qui nettoient jusqu’à 12 à 15 toilettes par jour pour un salaire horaire minimum de 21.70 francs.

Dans Le Courrier du 12 février, Franck Blanpain avance respecter les conventions collectives de travail et avoir donné satisfaction aux revendications des collaborateurs sur la réorganisation des horaires et une planification voulue améliorée. Des affirmations que Merita Elezi du SIT conteste fermement, précisant que les employés ne «bénéficient même pas de pauses de quinze minutes afin de se réchauffer, en cas d’intempéries, comme l’impose la loi sur le travail.» Contacté par la rédaction de Gauchebdo, Franck Blanpain n’a pas retourné notre appel.

Les travailleurs de l’équipe WC publics de la Ville de Genève réclament, outre la réintégration de leur collègue licencié, des contrats à temps complet, soit 43 h. hebdomadaire, afin de mettre un terme à «la flexibilisation débridée ayant court sur un marché public», selon le syndicat.