Le personnel soignant tire la langue

Suisse • Député POP et ancien directeur d’EMS, Marc Vuilleumier revient sur les résultats de l’enquête UNIA sur la fatigue et le stress du personnel soignant.

«Il manque une reconnaissance symbolique pleine de la profession» selon Marc Vuilleumier. (DR)

En fin de semaine, sur la base d’un questionnaire auprès de 2800 participants, dont une majorité œuvre en EMS, Unia montrait que le stress au travail concernait 70% du personnel soignant, composé à 87% de femmes. 86% se sentaient régulièrement fatiguées et épuisées. 72% déclaraient souffrir de troubles physiques liés au travail. Pour finir, 47% d’entre elles disaient clairement ne pas vouloir continuer dans leur métier jusqu’à l’âge de la retraite. Le manque de personnel et la pression sur les coûts étaient montrés du doigt. Pour y pallier, Unia proposait la suppression de l’annualisation du temps de travail, mais aussi des salaires équitables et une réorganisation du financement des soins. Député popiste vaudois, Marc Vuilleumier, fondateur de l’EMS lausannois de l’Orme aux Plaines-du-Loup, où il a officié pendant 35 ans, revient sur les problèmes que rencontre ce personnel.

Les chiffres inquiétants du syndicat Unia concernant les conditions de travail du personnel soignant vous surprennent-ils?

Marc Vuilleumier Non. Dans les EMS, on trouve tout à la fois du personnel soignant, issu des écoles supérieures ou spécialisées, mais aussi nombre d’aides-soignants, sur lesquels repose le travail au quotidien pour suivre des personnes âgées, handicapées, incontinentes ou qui ont de la peine à marcher. Ce travail demande tout à la fois des qualités physiques, mais aussi psychologiques et il n’est pas assez reconnu. Il manque une reconnaissance symbolique pleine de la profession, comme celle que l’on accorde aux personnes qui travaillent avec des patients en fin de vie (soins palliatifs) ou pour l’aide à mourir dans une association comme Exit, mais aussi une reconnaissance financière. La mise en place d’une CCT pour le personnel d’EMS dans le canton est un point acquis, mais il faudrait un salaire minimum de 4500 francs (contre 3800 à 4200 francs brut selon les chiffres d’Unia, ndlr) pour les aides-soignants, comme le demande notre parti.

Faut-il augmenter le personnel? Est-ce que le canton a les moyens financiers de faire mieux?

Le secteur des EMS n’échappe pas au discours d’austérité, qui touche la santé. Un accord pour améliorer la situation du personnel soignant reste cependant possible, si les partenaires, qui financent les soins (assurances maladie, canton et familles des patients), se mettent autour d’une table. Cela est d’autant plus possible que le secteur des EMS a été assaini. Les établissements, qui sont souvent des fondations, ont reçu la reconnaissance d’intérêt public. Un barème de rémunération des directeurs d’EMS est entré en vigueur en 2010, suite à la découverte de salaires mirobolants de certains directeurs il y a une dizaine d’années.

Du fait du vieillissement de la population en Suisse, les cantons devront construire à l’avenir de nombreuses nouvelles structures d’accueil pour les personnes âgées. Comment relever ce défi?

Les personnes âgées vont continuer à rester le plus longtemps possible à la maison, avec le maintien à domicile – ce qui est bien, mais cela entraîne encore plus de travail dans les EMS vu l’augmentation des soins à domicile. Les personnes en EMS seront en effet plus largement dépendantes qu’actuellement. Il faudra donc améliorer les conditions de travail du personnel, notamment aménager les horaires. Comment un soignant peut-il faire preuve de qualité d’empathie au-dessus de la moyenne, si la journée de travail dure 13 heures, avec une reprise le matin suivant, comme cela est encore le cas dans beaucoup d’EMS? Il faut aussi que les EMS, qui sont les mal-aimés du secteur, soient pleinement reconnus comme un partenaire de la chaîne de soins, à l’image de la reconnaissance dont jouissent, par exemple, les centres de rééducation thérapeutique