“Angela Merkel ne nous sert à rien”

8 mars • diana Marcela Martinez, 30 ans, cite l’exemple de cuba dans son combat féministe.

"Il faut construire une culture qui respecte les femmes et les personnes non hétérosexuelles". (DR)

Pouvez-vous vous présenter?
Diana Marcela Martinez  J’ai grandi en Colombie et mes parents étaient des militants syndicaux. Durant mes études de sociologie, j’étais très active à la Fédération d’Étudiants Universitaires (FEU), afin de lutter contre la privatisation de l’éducation, et j’étais proche d’autres mouvements sociaux – paysans, syndicaux, de parents d’élèves, de communautés indigènes, etc. Depuis mon arrivée en Suisse il y a six ans, j’ai continué à militer auprès de la communauté colombienne en faveur de la démocratie dans notre pays. Plus de cinq cents leaders sociaux ont été assassiné.e.s au cours de ces deux dernières années, y compris des proches. C’est donc une lutte qui me touche personnellement J’ai adhéré au POP il y a six mois, afin de me joindre à des luttes plus locales. Je pense que la lutte pour la transformation sociale n’est pas complète si elle n’intègre pas l’émancipation des femmes et vice versa. Lorsque je suis arrivée en Suisse, j’ai d’abord étudié le français à l’Université de Lausanne. Pour mon travail de diplôme, j’ai réalisé un conte bibliographique qui retraçait le parcours de cinq femmes emblématiques de l’histoire suisse. J’ai été très frappée, car quand je demandais à mon entourage quelles femmes suisses ils admiraient, il y avait beaucoup de silences, ce qui n’était pas le cas quand je posais la question à propos des hommes. Aujourd’hui, je termine un master en Science politique à l’Université de Lausanne.

Quelle doit être, selon vous, la revendication prioritaire du mouvement féministe?

De mon point de vue, la revendication principale doit être la construction d’une culture différente, respectueuse des femmes et des personnes non hétérosexuelles, et garantissant l’égalité des droits, par exemple au niveau des salaires. La véritable liberté de choix, par exemple dans le domaine professionnel, est difficile lorsqu’il faut attendre plus d’une année pour obtenir une place de crèche, comme c’est le cas aujourd’hui à Lausanne. Et cette situation est davantage la conséquence de choix politiques que liée à des contraintes économiques. Ainsi, en comparaison, malgré les graves difficultés économiques auxquelles est confronté l’Etat cubain, en lien avec l’embargo imposé par les Etats-Unis, celui-ci offre un congé parental rémunéré d’une année après la naissance d’un enfant, à répartir entre le père, la mère ou les grands-parents.

Quelles doivent être les tâches du mouvement féministe?

Nous ne pouvons pas nous limiter à revendiquer l’égalité au niveau des élites. Nous devons bien entendu prendre notre place dans la société, mais une Angela Merkel ne nous sert à rien. Ce n’est pas parce qu’une femme accède à un poste de pouvoir qu’elle défend les intérêts des femmes, simplement parce qu’elle est une femme. Nous devons réclamer l’égalité pour toutes les couches sociales. Enfin, je pense que Rosa Luxembourg résume bien la lutte d’aujourd’hui: «Pour un monde où nous serons socialement égaux, humainement différents et totalement libres».