Cuba sous les griffes de la loi Helms-Burton

Amérique latine • Les Etats-Unis renforceront le blocus économique le 19 mars, en activant le chapitre III de cette législation de 1996 concernant les biens cubains (Par Cathy Dos Santos, paru dans L'Humanité)

L'ONU a déjà approuvé 27 fois une résolution pour lever l’embargo étasunien sur Cuba. (Maxence Peniguet)

Les Etats-Unis font feu de tout bois. Sans rien lâcher de son interventionnisme au Venezuela, l’administration américaine s’apprête à renforcer le blocus économique contre Cuba. Le département d’État a annoncé lundi l’activation du chapitre III de la loi Helms-Burton sur les biens cubains, à compter du 19 mars.

Cette législation, qui date de 1996, est l’une des plus virulentes mesures de rétorsion prises à l’encontre de Cuba et de ses partenaires économiques puisqu’elle universalise le blocus, en raison de son caractère extraterritorial. Jusqu’à présent, les locataires de la Maison-Blanche s’étaient gardés d’activer ledit chapitre, estimant que les sanctions rétroactives qu’il comprend auraient des répercussions sur ses propres alliés commerciaux.

Désormais, des personnes ou des entreprises étatsuniennes pourront porter plainte devant les tribunaux contre des compagnies cubaines répertoriées par Washington, accusées de «faire trafic», grâce à des biens et des propriétés nationalisés au lendemain de la révolution du 1er janvier 1959. Le département d’État a précisé qu’il ne suspendait que pour trente jours la possibilité d’engager ce même type d’actions contre d’autres entreprises cubaines et étrangères ayant des liens commerciaux avec la Grande Île. «Nous devons responsabiliser Cuba et restituer aux plaignants les actifs saisis par le gouvernement cubain.

Faire du commerce avec Cuba ne peut pas revenir à trafiquer avec des biens confisqués», a tweeté le secrétaire d’État, Mike Pompeo. Après soixante ans de sanctions brutales et illégales, la mise en œuvre de cette mesure vise à asphyxier davantage l’économie cubaine.

La réponse de La Havane a été cinglante

Cette déclaration de guerre commerciale vaut également pour les entreprises françaises et européennes qui échangent avec le pays caribéen. La réponse de La Havane a été cinglante, estimant que les «prétentions» du Bureau ovale relèvent d’«esprits qui voient en Cuba une possession coloniale». «Cette loi repose sur deux mensonges fondamentaux : la notion selon laquelle les nationalisations menées à bien peu après le triomphe de la révolution auraient été illégitimes ou indues et que Cuba constitue une menace pour la sécurité nationale des États-Unis», a tancé le ministère cubain des Affaires étrangères, en rappelant, avec insistance, que les nationalisations ont été réalisées dans le cadre «des lois, de la Constitution, et en conformité avec le droit international». En outre, elles ont fait l’objet de compensations que Washington a toujours réfutées.

A un an de l’élection présidentielle, la première puissance mondiale multiplie les gestes en direction de l’électorat anticastriste et antichaviste, comme l’attestent les démonstrations grossières du conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump. «Le rôle de Cuba dans l’usurpation de la démocratie et l’encouragement de la répression au Venezuela est clair. C’est pour cela que les États-Unis continueront de renforcer les restrictions financières aux services des militaires et intellectuels de Cuba», a osé John Bolton, dont la réputation de faiseur de guerre est notoire. Comme il est désormais de coutume chez lui, il a exigé des «démocraties de la région qu’elles condamnent le régime de Cuba».

En novembre dernier, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, les autorités cubaines ont représenté, pour la vingt-septième année consécutive, une résolution, certes non contraignante, exigeant la levée du blocus économique. Tous les États présents ont voté en faveur, à l’exception notable d’Israël et… des Etats-Unis.