En finir avec «la culture du machisme»

8 mars • conseillère municipale ensemble à gauche en Ville de genève, Maria perez veut en finir avec «la culture du machisme»

"La gauche de la gauche doit aussi se remettre en question». (DR)

Le 8 mars, puis le 14 juin à l’occasion d’une grande grève féministe, les femmes seront dans la rue. Que vous inspire ce renouveau des luttes des femmes?

Maria Perez On est à un tournant des luttes féministes. Nous n’en sommes encore qu’au début de la prise de conscience tant pour les femmes qui subissent une violence aux visages multiples, que pour les hommes dont le féminisme déclaré s’arrête aux frontières de leur intérêt propre. Que ce soit dans l’espace domestique, professionnel, politique ou public, la parole des femmes ainsi que leur légitimité sont encore trop souvent dénigrées et remises en question. Même les partis à la gauche de la gauche doivent maintenant mettre en adéquation leurs actes et leur discours pour en finir avec la culture politique machiste encore trop présente à l’interne. Dans la campagne à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois, l’excellente candidate du POP, Anaïs Timofte révèle les contradictions de solidaritéS, qui se targue d’être un parti féministe et éco-socialiste, en présentant la candidature du sempiternel Jean-Michel Dolivo et en laissant à l’une de ses militantes le soin de dire qu’il n’y avait pas de candidature féminine assez crédible… C’est un drôle de signal à l’heure où les partis de la gauche de la gauche se doivent de participer aussi à ce renouveau féministe.

Quelles sont vos autres revendications?
Je partage toutes les revendications des mouvements féministes pour les droits sociaux des femmes, qu’il s’agisse d’égalité salariale, de congé parental, de droit à l’avortement ou de renforcement de l’assurance-maternité. Pour moi, il est aussi important de nommer et d’en finir avec cette culture du machisme. Il faut que les hommes remettent en cause leurs propres mécanismes d’oppression dans tous les domaines. Cela passe par l’éducation et ça commence dans la cour de l’école. L’égalité entre les sexes doit être inculquée et défendue dès l’école primaire, en allant vers une tolérance zéro face aux attitudes discriminatoires.

En tant qu’élue, avez-vous l’impression que la représentation des femmes en politique a fait des progrès et se renforce? Malgré l’augmentation du nombre de femmes élues, notamment dans les exécutifs, toutes les barrières ne sont pas levées. On a encore vu certains partis mettre en tête de liste une femme-alibi qui ne bénéficie pas de la même visibilité que ses colistiers. Les médias, qui ne laissent encore pas assez de place aux femmes, se préoccupent encore de son éventuelle grossesse, alors qu’on ne remettra pas en cause la vie privée d’un homme. J’ajouterai que les horaires des sessions parlementaires ne sont pas aménagés pour les femmes, qui souvent doivent assumer une double journée professionnelle et de tâches ménagères ou d’éducation des enfants.

Quel est votre prochain combat politique en matière d’égalité?
On constate que les femmes travaillent souvent dans les métiers les plus discriminés et les moins favorisés, notamment dans le nettoyage. Au niveau municipal, je vais continuer à me battre pour que les nettoyeuses et les nettoyeurs soient internalisés au sein de services de la Ville de Genève. La commission de l’aménagement étudie également une motion demandant l’intégration de la notion de genre dans l’étude des aménagements urbains. Il faut que les femmes puissent se réapproprier l’espace public, y circuler et enfin pouvoir s’y attarder sans craindre d’être importunées. Et pour finir, il y a un texte demandant d’introduire des indicateurs d’égalité dans la présentation des budgets et l’accès aux diverses subventions. Je vous l’ai dit, nous ne sommes qu’au début du chemin.