“Eviter d’imposer notre grille de lecture occidentale dans le monde entier”

8 mars • Militante du POP, Aanda Ioset est solidaire des femmes migrantes

«Nous devons ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans le monde.» (DR)

Pouvez-vous vous présenter?
Amanda Ioset Je milite au POP depuis que j’ai 17 ans. J’ai été conseillère générale à Val-de-Travers et à Neuchâtel, et parallèlement active dans les instances nationales du parti. En lien avec ma première grossesse il y a deux ans, j’ai décidé de recentrer mon engagement sur mes activités militantes au sein du comité éditorial de Gauchebdo. Professionnellement, je suis secrétaire générale de Solidarités sans frontières (SOSF), qui défend les droits des migrants en Suisse.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager?

Au niveau de mon expérience individuelle, je vois comment les structures patriarcales nous freinent. C’est criant avec l’expérience de la maternité. Même avec la meilleure volonté du monde, je suis plus limitée dans mon activisme. J’ai toujours tenté de m’engager pour l’égalité de manière collective et ouverte, par exemple en acceptant des postes à responsabilités, alors que je ne me sentais pas forcément prête. Pour montrer qu’en tant que femme, on peut assumer ces tâches. Ou en ouvrant ma bouche lors de réunions, pour rectifier un commentaire ou une attitude inappropriée par rapport aux femmes. Mais je pense qu’il faut chercher à exprimer son désaccord, plutôt que de tout de suite clouer au pilori ou exclure une personne. Pour ma part, j’ai commencé à militer très jeune au POP, plutôt avec des gens issus de la campagne et de milieux ouvriers. Et de manière générale, je me suis toujours sentie très soutenue et poussée en avant par mes camarades, y compris masculins, et non pas reléguée parce que j’étais une femme.

Quelles doivent être les priorités du mouvement féministe?

Cette année, il faut mettre des forces dans le 8 mars et la grève du 14 juin. Il est important de prioriser des revendications qui réunissent largement les femmes, comme l’égalité salariale. Mais en tant que parti, nous devons le faire avec humilité, c’est-à-dire soutenir les mouvements de grève, écouter ce que les femmes ont à dire, et éviter de faire la morale. Par ailleurs, en tant que femmes militantes et internationalistes, nous devons ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans le monde. Nous vivons dans un contexte d’agression constante des USA et des puissances impérialistes, qui déstabilisent et détruisent des pays, jetant sur la route de l’exil des millions de personnes, à l’image de ce qui se passe actuellement au Venezuela.

Nous devons lutter contre la désinformation, comprendre les enjeux sur ces questions en Amérique latine ou dans les pays arabes, et éviter d’imposer notre grille de lecture occidentale au monde entier. Ce combat est important, car il nous lie à nos camarades migrantes. En effet, ces dernières sont confrontées à une brutalité extrême. Elles subissent très souvent des violences sexuelles durant leur voyage, elles accomplissent la plus grande partie du travail de soins à la personne dans les pays d’accueil, qui sont des branches à bas salaires, très peu réglementées. Elles ne bénéficient d’aucune protection contre la violence conjugale lorsque leur permis de séjour dépend de celui d’un mari maltraitant, qu’elles ne peuvent pas quitter, faute d’être renvoyées