“Exigeons le respect de la Loi sur l’égalité”

8 mars • Valérie buchs, secrétaire syndicale au Sit et membre du comité genevois pour la grève féministe du 14 juin, exige le respect de la loi sur l’égalité (LEg),

«il faut des sanctions contre les entreprises qui ne respectent pas l’égalité». (DR)

Où en est-on dans les inégalités salariales femmes/hommes en Suisse?
Valérie Buchs Les inégalités salariales perdurent et augmentent même dans certaines branches. Selon les derniers chiffres de l’office fédéral de la statistique (OFS), celles-ci se montent en moyenne à 19,6%. Outre cette inégalité, on constate que la part proprement discriminatoire des différences salariales – celle qui ne s’explique par des critères objectifs comme l’âge, la formation ou l’expérience professionnelle, tend à croître. Elle est aujourd’hui de 43% contre 39% en 2014. Les syndicats ont dénoncé le manque de moyens pour faire appliquer la loi sur l’égalité. Face à ce problème, les chambres ont décidé l’année dernière de réviser la loi sur l’égalité, mais elles ont adopté une solution parfaitementinsuffisante. Celle-ci limite les contrôles de conformité aux entreprises de plus de 100 salariés. Ces contrôles ne concerneront donc que 0,9% des entreprises et seulement 46% des travailleuses et travailleurs. De plus, celle loi sera limitée à 12 ans avant d’être supprimée. Elle ne prévoit pas non plus d’obligation à procéder à des corrections ou de sanctions.

Quelle riposte préparent alors les syndicats pour renforcer cette loi?

Pour nous, il serait important d’instaurer une transparence dans le système de rémunérations au sein des entreprises. Sans cela, il n’est pas possible pour les femmes de faire la démonstration qu’elles sont discriminées par leurs employeurs. De plus, 70% des emplois à bas salaires (moins de 4000 francs par mois) sont occupés par des femmes. Il convient d’instaurer un salaire minimum comme le prévoit l’initiative syndicale genevoise. Enfin la loi sur l’égalité doit être renforcée afin d’instaurer des contrôles dans l’ensemble des entreprises ainsi que des sanctions dissuasives.

Est-ce que beaucoup de femmes recourent devant les tribunaux pour faire reconnaître cette discrimination salariale?

Non, car une telle procédure est individuelle, longue et complexe. Pour avoir des chances de gagner au tribunal, il faut réussir à rendre cette discrimination vraisemblable, ce qui est très difficile en l’absence de transparence sur les salaires. Ce qui fait que les procédures devant les tribunaux sont rares. Selon une enquête du Bureau fédéral de l’égalité, 269 décisions de droit public ou privé fondées sur la LEg ont pu être recensées pour la période 1996-2004 et 143 entre 2004 et 2014. Il est très difficile de gagner et le risque de perdre son emploi est élevé.

En tant que membre du comité genevois pour la grève féministe du 14 juin, constatez-vous un renouveau du féminisme militant?

Oui. Rappelons-nous que le 22 septembre dernier, 20’000 personnes se sont mobilisées à Berne pour réclamer une révision efficace de la Loi sur l’égalité et combattre toutes les formes de discrimination et de violences à l’égard des femmes. La participation aux différents collectifs d’organisation de la grève du 14 juin est aussi forte.