“La majorité des postes à responsabilité reste attribuée aux hommes”

8 mars • Membre des Jeunes pop, camille Vuillème, 25 ans, lie féminisme et lutte des classes.

Pouvez-vous vous présenter?
Camille Vuillème Après mon lycée, j’ai fait un apprentissage de constructrice de bateaux. Actuellement, je me forme dans la restauration et la conservation du patrimoine auprès de la Haute Ecole Arc à Neuchâtel. J’ai commencé à militer aux Jeunes POP à l’âge de 19 ans, au début de mon apprentissage. En effet, je ne travaillais qu’avec des hommes, plus âgés que moi pour la plupart, et avec qui je pouvais difficilement échanger au sujet de mes préoccupations politiques ou nouer des liens d’amitié. Les Jeunes POP ont été pour moi l’occasion de rencontrer des jeunes engagés, qui partagent mes idées. En 2015, j’ai repris la présidence de la section. Il y a deux ans, je me suis également présentée aux élections pour le Grand Conseil neuchâtelois, avec deux autres camarades masculins des Jeunes POP, et j’ai fait le meilleur résultat même si nous n’avons pas été élus.

Quelles actions menez-vous aux Jeunes pop en matière d’égalité ?

A Neuchâtel, nous avons longtemps été une majorité de militantes femmes jusqu’à récemment, et aujourd’hui, nous sommes en tout cas une moitié. Dans la section, on ne se centre pas beaucoup sur les questions de forme, comme par exemple faire attention à féminiser un discours. Pour nous, si le féminisme n’est pas lié à la lutte des classes, cela nous semble quelque chose de très subjectif, on a un peu l’impression qu’on s’attarde sur des détails. L’année dernière, nous avons organisé notre Ciné POP Corn – une série de quatre films diffusés durant l’année sur le thème du féminisme. Cela nous a permis de prendre conscience de la manière dont la division entre les femmes et les hommes est une construction qui peut être instrumentalisée par la bourgeoisie pour diviser les travailleurs. Lors de notre dernière séance, une camarade d’Unia nous a présenté les enjeux liés à la grève des femmes du 14 juin et les actions syndicales qui seront menées ce jour-là. Nous voulions réfléchir avec elle à la manière participer à cette mobilisation et quels secteurs nous pouvons soutenir. Et pour la première soirée de notre week-end de formation ouvert à tous, Form’Action, le vendredi 19 avril à Neuchâtel, nous avons invité Estela Gilbaja, une militante du Parti communiste espagnol qui a contribué à l’organisation de la grève des femmes espagnoles le 8 mars 2018.

Quelles doivent être les priorités du mouvement féministe?

Si je réfléchis à partir de mon expérience quotidienne, j’observe que j’étudie dans une filière majoritairement féminine, et que la majorité des postes à responsabilités – comme ceux de professeur et de chef de laboratoire – continuent d’être presque exclusivement occupés par des hommes. De plus, l’organisation des études est quasiment inconciliable avec une vie de famille, dont la charge repose principalement sur les femmes. En effet, tous nos cours sont obligatoires. Or, nos horaires sont très irréguliers, et ils ne nous sont communiqués définitivement qu’une semaine à l’avance. Il n’y a par ailleurs aucune structure de garde d’enfants dans l’école. C’est un exemple qui me vient à l’esprit des complications supplémentaire qu’une femme peut rencontrer sur son chemin.