Les abus de l’Eglise catholique contre des religieuses

La chronique féministe • Les abus de l’Eglise catholique contre des religieuses En cette journée des Femmes, il est bon de relever que, grâce à #MeToo, partout dans le monde, des femmes prennent la parole pour dénoncer les violences dont elles ont été victimes et demandent réparation. Les violences faites aux femmes sont un thème récurrent des journées du 8 mars.

Les abus de l’Eglise catholique contre des religieuses En cette journée des Femmes, il est bon de relever que, grâce à #MeToo, partout dans le monde, des femmes prennent la parole pour dénoncer les violences dont elles ont été victimes et demandent réparation. Les violences faites aux femmes sont un thème récurrent des journées du 8 mars.

J’ai déjà eu l’occasion de dire dans ces colonnes que le phénomène touche tous les milieux. Malgré cela, j’ai été étonnée, puis scandalisée, d’apprendre que des religieuses étaient harcelées et violées depuis toujours au sein de l’église catholique. Un scandale parallèle à celui de la pédophilie. Dans les deux cas, il règne l’omerta de bas en haut de la hiérarchie.
Je viens de voir Grâce à Dieu, le film de François Ozon sur le prêtre pédophile Bernard Preynat, qui a sévit pendant une cinquantaine d’années. Ce prêtre a dirigé les scouts Saint-Luc à Lyon entre 1970 et 1991, avant d’être éloigné discrètement en raison de ses agissements. Il a toujours reconnu les faits, avait même prévenu sa hiérarchie qu’il avait un «problème avec les enfants, sans qu’elle ne s’en inquiète. Après ses aveux en 1991, sur dénonciation de parents au cardinal Decoutray, alors primat des Gaules, il est simplement muté de paroisse en paroisse, et continue d’être en contact avec de jeunes garçons, avant que l’affaire ne refasse surface en 2015. Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a également étouffé l’affaire. C’est seulement en 2018 que Bernard Preynat ne figure plus dans l’annuaire du diocèse de Lyon!

L’association «La Parole Libérée» a recensé plus de 70 victimes présumées du père Preynat, pour lesquelles les faits sont prescrits dans la majorité des cas. Il a finalement été inculpé, ainsi que le cardinal Barbarin et d’autres responsables religieux. Le jugement est prévu le 7 mars.

Le plus choquant, dans ces affaires de pédophilie, c’est la lâcheté des évêques et des cardinaux, voire des papes qui ont couvert ces scandales. Pire, qui ont laissé des pédophiles agir dans d’autres paroisses, comme si cela n’était pas grave. Or il s’agit de crimes, et non pas de simples «péchés», comme l’église le prétend, imaginant se blanchir en demandant le pardon des victimes!

On assiste à une semblable attitude d’hypocrisie et d’omerta concernant les abus sexuels commis par des hommes d’église à l’encontre de religieuses. Le pape a levé le voile sur ce scandale le 5 février dernier, dans l’avion qui le ramenait des Emirats arabes unis.

L’Association des supérieures des congrégations de religieuses des Etats-Unis (Leadership conference of women religious, LCWR, qui représente 80% des 57’000 religieuses américaines) a remercié le pape d’avoir apporté «la lumière sur une réalité largement cachée au public». «Nous regrettons, lorsque nous avons eu connaissance de cas d’abus, de ne pas avoir pris la parole avec plus de force pour mettre fin à la culture du secret», reconnaît la LCWR. Une attitude qui a pu décourager des victimes de se manifester. Les responsables ont également admis que «le harcèlement sexuel et le viol de sœurs catholiques par des prêtres et des évêques sont discutés depuis près de 20 ans dans les réunions des responsables des congrégations du monde entier.» Depuis plus de 20 ans, et le grand public n’en savait rien… Comme toujours, les plaintes, quand elles ont lieu, se heurtent au mur du silence. Consuelo, une religieuse victime de violences sexuelles, témoigne: «Je ne crois plus en l’Eglise. J’en ai parlé au nonce apostolique, il n’a rien fait. L’évêque aussi était au courant. Il n’a rien fait non plus. Alors, à quoi bon dénoncer à l’Eglise des actes qui seront occultés?»

La LCWR vient de lancer une campagne visant à briser la loi du silence sur les violences sexuelles subies par les nonnes dans leur congrégation. Elle leur demande de dénoncer les faits aux autorités civiles et religieuses. Un pas de plus dans le long processus de levée des tabous au sein de l’Eglise.

Certes, j’avais entendu parler d’ossements de bébés datant du Moyen Age, retrouvés derrière des couvents, mais je n’avais pas imaginé que les abus contre des religieuses étaient d’une telle ampleur et qu’ils étaient encore d’actualité.

Comme dans les cas d’inceste, de pédophilie, de harcèlement, de viol, qui sont toujours liés au pouvoir, les victimes développent un sentiment de honte, de culpabilité, de peur des représailles. En outre, elles pensent qu’elles ne seront pas crues. Une scène est révélatrice, dans le film d’Ozon. La mère d’une victime, magistralement interprétée par Josiane Balasco, qui la défend, lui dit :«Je ne pouvais pas croire une chose pareille». Les hommes d’église jouissaient – jouissent encore – d’une aura qui aveugle les fidèles. On ne peut pas imaginer l’inimaginable de la part de ceux qui consacrent leur vie à transmettre la parole divine.

La situation est encore pire en Afrique, en Amérique latine et en Asie, où le prêtre est considéré comme un demi-dieu. La situation est accentuée par le machisme régnant dans ces pays, l’omerta y est encore plus ancrée qu’ailleurs. Les religieuses qui, à la suite de viols répétés, tombent enceintes sont avortées, alors que l’église catholique n’a cessé de stigmatiser l’avortement.

Un livre qui vient de sortir (Claire Maximova, La Tyrannie du silence, Le Cherche midi, janvier 2019) dénonce ce qu’une religieuse a subi dans un monastère du Carmel, au sud de la France. Peu après ses vœux solennels, un carme devient son frère spirituel. Une relation de confiance se noue, dont le prêtre va se servir pour exercer son emprise sur elle, jusqu’aux abus sexuels. Claire se décide finalement à parler, mais ses signalements seront étouffés. Elle change de vie et alerte le procureur de la République, ainsi que les instances ecclésiastiques supérieures. Dans ce récit poignant, elle met enfin des mots sur la double emprise qu’elle a subie et entrouvre les portes du Carmel, lieu secret s’il en est.

Tous ces crimes sont perpétrés au sein d’une église qui prône l’amour de Dieu, de Jésus, du prochain. Les pédophiles et les violeurs se sentent protégés par une structure et une hiérarchie rigides qui nient les problèmes. Il faudrait non seulement que l’église dénonce ces crimes à la justice, afin que leurs criminels soient jugés et punis, mais qu’elle remette en cause le célibat des prêtres, décrété au 12esiècle pour des raisons financières. Cet interdit absurde génère une cohorte de frustrés qui, pour assouvir leurs pulsions, violent des enfants et des femmes. Il faudrait enfin qu’elle consente à l’ordination des femmes, ce qui introduirait un peu d’égalité dans cet univers essentiellement masculin. Sinon, l’église catholique va mourir de sa vilaine mort.