Une mobilisation sous le signe de la lutte sociale mondiale

8 mars • Un an après un 8 mars historique, avec une mobilisation record en espagne réunissant plus de cinq millions d’Espagnoles, la prochaine journée des droits des femmes pourrait cristalliser à nouveau l’essor des mouvements de femmes qui connaissent un essor récent, dans un contexte de crise internationale. tour du monde de la préparation de cette journée. (Par Pablo Morao avec la rédaction, paru sur www.révolutionpermanente.fr)

La grève féministe du 8 mars 2018 sera reconduite en 2019 en Espagne. (AraInfo)

L’année qui s’est écoulée a vu se poursuivre et s’accélérer la dynamique de mobilisation internationale des femmes qui a ouvert la voie, depuis plusieurs années, à ce que certaines n’hésitent pas à qualifier de «quatrième vague féministe». En 2018, le 8 mars qui avait lieu dans le sillage d’une affaire Weinstein qui avait mis les violences sexistes au premier plan dans l’actualité. Cette année, la journée internationale des droits des femmes prend place dans un contexte d’approfondissement des dynamiques qui ont réveillé le mouvement des femmes depuis le début des années 2010. Avec la crise mondiale, les femmes et les personnes LGBT se retrouvent en effet en première ligne des attaques des gouvernements réactionnaires contre les droits reproductifs tandis qu’elles restent les premières victimes de la précarité et d’une austérité qui touche directement les programmes sociaux, les services publics et les structures qui luttent contre les violences sexistes.

En France, le 8 mars est évidemment impacté par le mouvement des Gilets jaunes, dans lequel les femmes sont particulièrement représentées. Ainsi, si un rassemblement est convoqué par les organisations féministes à 15h40 sur la Place de la République, le Comité national pour les droits des femmes (CNDF) et les collectifs de femmes gilets jaunes invitent également les femmes à prendre la tête de la manifestation des Gilets Jaunes le 9 mars pour y visibiliser leurs revendications spécifiques.

En Espagne, après la mobilisation massive du 8 mars 2018, qui avait réuni près de 5 millions de femmes, la prochaine journée du droit des femmes devra faire face à un phénomène nouveau: le retour de l’extrême droite sur la scène politique, incarné par le parti VOX. Alors que de nouvelles élections législatives ont été convoquées par Pedro Sanchez, la perspective de la construction d’un bloc de droite et d’extrême-droite autour du PP, de Vox et de Ciudadanos pourrait amplifier les attaques contre les droits des femmes et intensifier l’austérité. En parallèle, les ultraconservateurs de l’association HazteOir.org font campagne contre «le féminisme radical». Un bus part en tournée jusqu’au 8 mars à travers toute l’Espagne. Il arbore la tête d’Hitler, ainsi que les messages «Stop Feminazis», «la violence de genre est une violence domestique, les lois sur le genre discriminent l’homme». HazteOir.org demande le retrait de la loi de 2004 sur la violence de genre. Face à toutes ces attaques une grève féministe est planifiée comme en 2018.

Au Portugal, le réseau du 8 mars, qui a appelé à la première grève nationale féministe de l’histoire du pays, est né de l’organisation de la Marche pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes de novembre 2011. Dans son Manifeste, le réseau critique l’inégalité des salaires – les femmes reçoivent moins de 225 euros par mois que les hommes – et la précarité qui affecte les femmes dans le monde du travail. Le collectif aborde de manière transversale les formes de discrimination et appelle à arrêter le travail dans les écoles et universités, dans la sphère domestique et en boycottant tout achat durant un jour. Le Syndicat des industries, de l’énergie, des services et des eaux du Portugal (SIEAP), le Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNEsup), le Syndicat des travailleurs de la santé, de la solidarité et de la sécurité sociale (STSSS), le Syndicat des travailleurs des centres d’appel ( STCC) et le Syndicat de tous les enseignants (S.TO.P) ont aussi appelé à la grève selon le journal Publico.

En Belgique, à l’appel du «Collecti.e.f 8 maars», une grève générale aura lieu dans tout le pays. « L’idée c’est donc que les femmes s’arrêtent de faire tout ce qu’elles font d’habitude. C’est donc à la fois une grève du travail rémunéré, du travail à la maison, mais aussi de la consommation. ll y aura aussi appel à une grève étudiante», explique Zoé, membre du collectif. Les revendications couvrent différents thèmes comme l’enseignement, le racisme, les identités de genres ou encore la lutte contre les violences faites aux femmes, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes et les conditions de travail au sens large.

En Italie, le collectif «Non Una di Meno» en appelle aussi à une grande grève transnationale féministe le 8 mars. Outre la dénonciation des différentes formes d’oppression, le collectif s’opposera aussi à la loi Salvini sur l’immigration et la propagande raciste qui la soutient, mais aussi la fausse flexibilité du congé de maternité ou le manque de réponse du gouvernement en matière de prévention du féminicide.

En Algérie, en plein mouvement contre le 5ème mandat de Bouteflika, les femmes entendent bien profiter du 8 mars pour mobiliser les femmes contre le gouvernement tout en faisant valoir leurs revendications. Le Collectif femmes libres et indépendantes de Béjaïa a ainsi émis un communiqué dans ce sens: «L’heure est venue pour nous femmes opprimées, de s’organiser et de rejoindre les rangsde la mobilisation populaire pour répandre notre cri de colère face à l’infamie que nous vivons et qui ne cesse de croître. Restons sur les traces des braves femmes qui ont marqué le mouvement féministe, pour faire de la journée du 8 mars une journée de lutte, non pas une journée folklorique comme à l’accoutumée.»

Au Brésil, un an après l’assassinat de Marielle Franco et quelques mois après l’investiture du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, le 8 mars sera marqué par la double opposition aux politiques ultra-libérales qui affectent particulièrement les femmes et aux attaques spécifiques contre les femmes, avec notamment le projet d’effacer les références aux violences sexistes et aux questions LGBT des manuels scolaires.

En Argentine, le 8 mars sera un test important pour connaître l’état du mouvement des femmes quelques mois après la défaite de la mobilisation pour l’avortement, le projet de loi en faveur de sa légalisation ayant été repoussé par le Sénat. Dans ce pays où une nouvelle génération a émergé dans le cadre du mouvement des «foulards verts», la question de la conquête de l’avortement légal reste brûlante alors que Christina Kirschner appelle, dans le cadre des élections présidentielles de 2019, à unir les pros et les anti-avortements pour battre Macri.

Au Mexique, le 8 mars a lieu quelques semaines après que les femmes aient pris la tête des grèves massives qui ont touché 120 usines situées à la frontière avec les EtatsUnis, les fameuses maquiladoras, et réunit près de 70’000 travailleurs et travailleuses. La journée sera bien sûr marquée par la dénonciation des féminicides, phénomène dont l’ampleur est gigantesque au Mexique et en particulier dans le Nord du pays. Au travers des multiples manifestations et actions prévues dans le monde entier, les femmes devraient, vendredi prochain, s’affirmer à nouveau comme un sujet politique incontournable dans une situation de crise mondiale.

En lutte à la fois pour la défense de leurs droits, attaqués par les politiques réactionnaires qui s’imposent dans de nombreux pays, et contre les politiques ultra-libérales dont elles sont les premières victimes, les femmes se situent plus que jamais à l’avant-garde des luttes progressistes. Si la précarité a un visage de femme, les femmes représentant aujourd’hui 70% des 3,5 milliards de personnes qui vivent avec moins de 2 euros par jour, c’est aussi le cas de la lutte contre les tendances les plus réactionnaires du capitalisme, et pour une société débarrassée de l’exploitation et de l’oppression.