Coalisés pour faire barrage à La Lega

Tessin • Dans le canton latin, les électeurs renouvellent ce dimanche leur parlement et leur gouvernement à l’occasion des cantonales. Eclairage avec trois candidats du POP tessinois, qui part, en coalition, au combat.

La coalition formée par le POP, le MPS et les Indépendants de gauche présente 5 candidats à l’exécutif et 46 au Grand Conseil. (POP)

«Au Tessin, l’ensemble des forces de la gauche arrive à peine à 20%. Depuis huit ans, la Lega est le premier parti cantonal et compte deux représentants au Conseil d’Etat. Le discours politique est fortement marqué à droite». Leonardo Schmid, secrétaire syndical Unia dans le secteur du bâtiment, secrétaire du POP Tessin et candidat au Grand Conseil et au Conseil d’Etat, donne le ton. Outre deux élus léguistes, le conseil d’Etat est composé d’un élu PLR, un PDC et un socialiste. Tous des hommes, qui se représentent.

Par ailleurs, pour le candidat popiste, la dernière législature n’a apporté aucune amélioration notable des conditions de vie des travailleurs tessinois et des plus précaires. «La crise économique et sociale est très forte au Tessin. Une personne sur trois risque de tomber dans la pauvreté. Notre canton concentre le plus grand nombre d’abus salariaux, soit 30% des cas de dumping signalés dans toute la Suisse. La violation des réglementations liées aux conditions de travail est quasiment systématique. Les salaires baissent et le gouvernement a été obligé d’introduire 17 contrats types de travail qui prévoient un salaire minimum de 3’000 francs».

Dans ce contexte, pourquoi ne pas choisir de soutenir le ministre PS sortant, Manuele Bertoli? Le POP tessinois lance en effet cinq candidats pour le conseil d’Etat – trois femmes et deux hommes. «Le représentant du PS tessinois au gouvernement a mené une politique de compromis et d’accord avec la droite, déplore Leonardo Schmid. Il a par exemple approuvé la diminution des rentrées fiscales via la baisse du taux d’imposition des entreprises en échange de quelques miettes au titre de contreparties». Le projet visant à diminuer l’impôt sur les personnes morales et la fortune a été accepté par 50.1% des votants le 29 avril 2018. Il était combattu par toutes les forces de gauche, mais soutenu par le ministre socialiste. Seules 193 voix ont fait la différence.

«Il a également appuyé la proposition de contre-projet à l’initiative contre le dumping salarial du Mouvement pour le socialisme (MPS)», s’indigne Leonardo Schmid. Soutenue par les syndicats, cette initiative prévoyait un renforcement de l’Inspectorat du travail, avec à terme un inspecteur pour 5’000 travailleurs, soit 46 fonctionnaires, et l’envoi de délégués dans les entreprises. C’est finalement un contre-projet minimaliste du gouvernement qui a été accepté par 58.2% des votants, le 25 septembre 2016.

Pour Leonardo Schmid, il est toutefois peu probable que le PS perde son siège, et c’est davantage le PDC qui apparaît en difficulté pour ces élections. En effet, son ministre de la Santé et des Affaires sociales (DSS), Paolo Beltraminelli, était au cœur de la tourmente en 2017. Son administration était accusée d’avoir attribué des mandats publics dans le domaine de l’asile à la société Argo 1 pour plusieurs millions de francs, sans appel d’offres. Argo 1 a par ailleurs fait l’objet d’une enquête pour des violences commises envers un requérant d’asile ainsi que pour terrorisme. Le PS, les Verts et le MPS avaient demandé la démission de Paolo Beltraminelli.

Alliance MPS-POP au Grand Conseil

Concernant la course au Grand Conseil, la gauche de la gauche partira divisée. En effet, le MPS, le POP et les indépendants de gauche défendront une liste commune de 46 candidats, tandis que le Parti communiste tessinois (PC) se présentera seul.

En 2015, c’est le MPS et le PC qui s’étaient alliés, obtenant ainsi chacun un siège. Si le POP a accepté cette alliance, c’est parce qu’il tire un bilan positif de l’action du MPS, comme l’explique Gianfranco Cavalli, éducateur social, membre du POP et candidat au Grand Conseil: «Matteo Pronzini, le candidat élu du MPS, a beaucoup fait parler de lui ces quatre dernières années. Il a mené une politique d’opposition systématique et sans concession, par exemple en dénonçant les indemnités illégales que se sont octroyées plusieurs conseillers d’Etat, en s’opposant à la privatisation du système hospitalier ou en dénonçant plus de dix cas d’abus des conditions d’accueil et de travail dans certains EMS. Comme force minoritaire, il nous est difficile de construire une alternative au sein du Parlement. Nous devons donc continuer de centrer notre action politique sur les luttes sociales de terrain, et porter cette voix au Grand Conseil».

Pour Leonardo Schmid, la liste MPS-POP constitue une alternative réelle à la politique des autorités en place. «Le député du MPS a permis que les gens fâchés en raison de la crise ne regardent plus uniquement à droite. Ils ne veulent plus entendre de discours de compromis, où on ménage la chèvre et le chou. Au parlement, à la télé, ils ont vu un élu en colère, qui exprime leur rage. Nous allons garder nos deux sièges et même en gagner».

Aucun accord sur le salaire minimum

Le POP continuera donc son action sur le terrain syndical ou en faveur des droits des migrants – il a récemment récolté des signatures de médecins attestant de l’impact négatif sur la santé des migrants du fait de l’hébergement dans des bunkers.

Les revendications féministes sont également centrales dans le programme commun du MPS-POP pour ces élections, comme en témoigne Sonja Crivelli, candidate popiste au Grand Conseil. «Les conditions de travail des femmes tessinoises sont très précaires. Elles sont, avec les frontalières, les premières victimes du dumping salarial qui sévit dans notre canton. Nous soutenons donc l’introduction d’un salaire minimum, dont le principe a été accepté par le peuple en 2015. Les députés n’ont toutefois pas réussi à se mettre d’accord sur le montant, en lien avec l’échéance des élections.
Dernièrement, Normann Gobbi, le ministre de la Lega, a affirmé que les femmes n’avaient pas besoin d’un salaire très élevé car leur revenu est subsidiaire à celui de leur mari. Il y a encore une culture très patriarcale. En prévision de la grève féministe du 14 juin, les femmes s’organisent au sein de deux collectifs: Coordinamento donne della sinistra, constitué des femmes socialistes et celles des syndicats, et Io Lotto Ogni Giorno.

«Il rassemble des militantes très actives, notamment du MPS, qui proposent une analyse féministe anticapitaliste claire et radicale, poursuit Sonja Crivelli. Nous, les femmes popistes, sommes présentes dans les deux groupes. Nous avons également mis sur pied un collectif unitaire, afin d’unir nos forces, et le 14 juin, nous organiserons une manifestation en fin de journée avec tous les groupes féministes».