Vingt ans après le bombardement de la Serbie par l’OTAN

Histoire • Après l’échec de la conférence de Rambouillet, l’OTAN cible, du 23 mars au 10 juin 1999, la Serbie de Milosevic, à la suite du massacre de Racak, tuerie de 45 Albanais du Kosovo par la police serbe. (Par T. Kuzmanovic, de Belgrade)

Sans mandat de l’ONU, l’armée américaine et 19 pays membres de l’OTAN bombardent 78 jours durant la Serbie et le Monténégro. 45 ponts routiers et 26 ferroviaires sont alors détruits ainsi que des objectifs militaires et des bâtiments civils, présentés alors comme dommages collatéraux. Des hôpitaux sont également touchés. Parmi les quelque 2’500 civils tués, on dénombre 79 enfants. 12’500 personnes sont blessées, dont beaucoup sont handicapées sur le long terme selon les autorités serbes, et le président Aleksandar Vucic. Qui relèvent un millier de tués chez les militaires.

Cancers à la hausse

Selon les Nations Unies, 15 tonnes d’uranium appauvri se déversent, par bombes interposées, essentiellement dans les régions situées au sud de la Serbie, où des véhicules blindés sont concentrés. Vingt ans plus tard, on signale une augmentation significative de l’incidence des maladies malignes (cancer), y compris chez les enfants. Au fil des témoignages du personnel médical travaillant à Belgrade, il est difficile de savoir à quelles causes précises imputer l’augmentation du nombre de cancers suite à la pollution de l’environnement. Est-elle liée aux bombardements d’usines chimiques, raffineries de pétrole et stations ? Ou découle-t-elle principalement des conditions de vie stressantes, souvent au seuil de la pauvreté, aggravée par les conflits politiques et militaires de cette époque? Depuis, l’environnement aurait été en grande partie assaini, la nourriture serait consommable et exportée dans l’UE, selon l’Etat serbe.

Dommages à long terme

Dans l’ancien centre de Belgrade, on peut toujours voir le siège général de l’armée yougoslave, fortement endommagé, que les autorités se sont efforcées de rénover au cours des dernières années. Rappelons que le bâtiment de la Radio-télévision serbe, où 16 employés ont été tués, avait également été touché par les bombardements. Des journalistes serbes se souviennent encore d’une histoire selon laquelle l’équipe américaine de CNN aurait quitté l’immeuble – où elle louait la technique -, immédiatement avant l’attaque. Ceci sans en informer leurs collègues serbes qu’ils seraient une cible. Dans la troisième plus grande ville du pays, Nis, et sur la montagne Kopaonik, des bombes à fragmentation particulièrement dévastatrices ont été larguées, tuant ou blessant gravement de nombreuses personnes. .

Silence médiatique

Les grands médias occidentaux n’ont guère publié d’informations sur les 20 ans des bombardements ayant touché la Serbie et le Monténégro. Les reportages des journalistes occidentaux se sont majoritairement bornés à rendre compte d’une célébration à Pristina, le 23 mars. Date considérée comme le jour de la libération du Kosovo par l’agresseur serbe. Vingt ans plus tard, l’agitation politique au Kosovo et les conflits ethniques sporadiques, et de moindre intensité, sont toujours l’un des sujets principaux pour les médias serbes. La Serbie refuse toujours de reconnaître l’indépendance du Kosovo, alors que ce dernier – malgré la reconnaissance de bon nombre d’Etats occidentaux – n’est toujours pas membre des Nations Unies.

Les Etats de l’OTAN ont-ils marqué un but contre leur camp? Avec les pressions constantes en termes économiques et politiques des Etats-Unis, la Serbie s’est toujours davantage tournée vers une coopération avec la Russie et la Chine, qui investissent des ressources importantes dans la reconstruction du pays. Pour sa part, l’UE a participé à la reconstruction des infrastructures détruites par l’OTAN. La Serbie est officiellement candidate à l’adhésion à l’Union européenne, qui pourrait avoir lieu en 2025.
La situation en Serbie est à nouveau dramatique. Le salaire moyen est de 300 à 400 euros, dans un pays où les règles du capitalisme dominent. Chaque samedi, depuis le 8 décembre dernier, les citoyens protestent, au cœur des grandes villes, contre les autorités, le président Aleksandar Vucic et certains médias. La Serbie a besoin d’assistance et de coopération avec les institutions occidentales, et d’investissements de l’Ouest dans les entreprises et les usines. Vingt ans après les bombardements, la jeune génération, elle, n’ayant connu la guerre que par récits interposés, se montre toujours plus tentée de partir à l’étranger