A gauche, un scénario pas écrit d’avance

Elections européennes • En France, un mois après la candidature de l’essayiste Raphaël Glucksmann ou l’entrée en campagne de Jean-Luc Mélenchon, le paysage n’est pas figé. Avec 3,5%, Ian Brossat y marque des points. (Par Julia Hamlaoui, paru dans L’Humanité)

A gauche, la donne en vue du scrutin européen de mai est plus mouvante que jamais. Une dizaine de jours après le débat des 12 candidats sur France 2, qui a sonné l’entrée médiatique en campagne, le paysage est loin d’être figé. Parmi ceux qui se sont fait remarquer à cette occasion, la tête de liste communiste, Ian Brossat, longtemps donné à 2% des intentions de vote par l’Ifop, atteint désormais 3,5% dans la dernière livraison de l’institut. Un cap de passé, celui fixant le remboursement de la campagne, dont se félicite le secrétaire national du PCF. «On sent, à travers l’affluence dans nos meetings et le frémissement positif dans les sondages, qu’il se passe quelque chose, affirme Fabien Roussel. Les idées que nous mettons en avant depuis dix mois portent leurs fruits.
Une dynamique se met en place tout doucement.» S’il devance pour l’heure Génération.s (3%) de Benoît Hamon – avec qui, malgré des «discussions» jusque ces derniers jours, une alliance a capoté –, la prochaine marche pour le PCF est celle des 5%, soit le seuil qui permet d’envoyer des députés au Parlement européen. Pour la gravir, la formation compte se faire entendre sur la question sociale, en écho à la «colère populaire» contre la politique Macron.

«En votant pour nous, chaque voix comptera», estime le PCF

Sur sa lancée Ian Brossat fustigeait dans une tribune, la proposition de «Smic à 900 €» de la candidate LaREM, défendant une version européenne «à au moins 60% du salaire moyen», soit en France 1’400 euros net. La liste mise aussi, outre des «meetings quasi quotidiens», sur des initiatives qui frappent les esprits. Etape suivante, après la présentation de son programme dans les prochains jours, à la frontière franco-belge, le 4 mai, avec le PTB pour dénoncer l’évasion fiscale. «Les prochaines semaines vont être déterminantes, il nous manque un peu plus d’un point pour aller chercher les 5%. Il nous faut convaincre les abstentionnistes de gauche. En votant pour nous, chaque voix comptera, pas seulement pour gagner un député mais quatre», rappelle Fabien Roussel.

Le paysage n’en est pas moins morcelé et l’ordre d’arrivée n’est pas donné d’avance. En tête de la gauche, la France insoumise et Europe Écologie-les Verts sont au coude-à-coude. Après l’entrée dans l’arène de Jean-Luc Mélenchon à Caen – le député de Marseille assurant au moins un meeting par semaine depuis –, la FI a repris la première place avec 8,5% des intentions de vote, selon le même sondage Ifop, devançant d’un point EELV, mais très loin de LaREM ou du RN à plus de 20%.

Pour progresser, les insoumis, dont la tête de liste, Manon Aubry, participait à un nouveau sommet du plan B à Stockholm le 13 avril, ont enclenché une nouvelle opération. Après celle des «holovans», les personnalités du mouvement ont investi un site dédié et les réseaux sociaux sur le thème «#Sortirdestraités» .

De son côté, en revanche, Raphaël Glucksmann n’a pas observé le décollage espéré, avec une liste PS-Place publique donnée entre 5% et 5,5% depuis le 1er avril. «Je n’ai jamais pensé qu’il y aurait un effet Glucksmann en deux semaines», a tenté de tempérer l’intéressé. La moitié des 22 membres fondateurs de PP l’auraient quitté, rapporte l’AFP, les uns dénonçant trop de verticalité, les autres l’alliance avec le PS. Chez ce dernier, l’ambiance n’est pas plus rose, les proches de Stéphane Le Foll dénonçant une «erreur stratégique». Au total, avec LO crédité de 1%, les six listes de gauche atteignent les 29% d’intentions de vote.