La Ferme des Tilleuls, vrai espace de culture

Art • Dans l’écrin du nouveau lieu d’art multiculturel à Renens, lové dans une maison de maître du XVIIIe siècle, l’exposition «Sève» magnifie le travail sur le bois et le monde des forêts.

Ensemble de sculptures de Pascal Margot, artiste suisse présenté dans le cadre de l’exposition collective «Sève» à Renens. (DR)

Renens a beaucoup changé. Autrefois bourgade agricole, elle a opéré une mue considérable au XIXe siècle, avec l’arrivée du chemin de fer. Nœud ferroviaire important, la petite ville est devenue aussi un centre industriel. Ce qui a fait d’elle une agglomération ouvrière et une ville d’immigration, qui compte aujourd’hui une forte proportion d’étrangers. Mais la fermeture de plusieurs fabriques lui a porté un coup. Les lieux dévolus à l’éducation et à la culture y ont suppléé en partie: Ecole d’art de Lausanne (ECAL), qui a été créée dans une usine désaffectée, IRIL, et Gymnase cantonal sur une friche propriété des CFF. La Commune de Renens se signale d’ailleurs par son dynamisme et sa volonté de dialogue entre les communautés et les cultures.

La Ferme des Tilleuls se rattache à la première et à la troisième de ces phases. Cette belle maison de maître, bâtie au 18e siècle, est un îlot miraculeusement préservé de ruralité au milieu de la ville industrielle et ferroviaire. Classée monument historique, elle a été rachetée en 2008 puis rénovée par la Commune de Renens, pour en faire un lieu culturel multidisciplinaire, favorisant les expressions singulières et décalées. Elle est destinée à accueillir la culture alternative. L’ex-syndique popiste Marianne Huguenin a joué un rôle considérable dans ce processus. Elle est aujourd’hui la présidente de la Fondation Ferme des Tilleuls.

Cet espace met sur pied des expositions, présente des films de la collection Plans-Fixes, organise des Ateliers parents-enfants et d’autres manifestations. Lieu qui se veut convivial, la Ferme propose aussi un Café avec de la petite restauration et des produits du terroir, et dispose d’une vaste terrasse et d’un jardin arborisé qui rappelle son origine campagnarde. Elle reste malheureusement encore trop peu connue du grand public. Puisse la belle exposition actuelle contribuer à la faire connaître!

Sève, ou la mise en valeur des arts sur bois

Sève: quatre lettres porteuses d’énergie. L’exposition se penche sur le monde des forêts et des arbres. Elle présente des artistes explorant les possibilités du bois. Elle met aussi en garde contre la disparition des forêts. Remarquons que les beaux et vastes espaces de la Ferme contribuent à la mise en valeur des œuvres. L’exposition a bénéficié de la collaboration du Musée d’Art Naïf et Marginal de Jagodina en Serbie, seul musée de ce type dans les Balkans, et de celle des Jardins botaniques cantonaux de Lausanne.

On est accueilli d’abord par une série de sculptures sur bois représentant des têtes, qui peuvent évoquer l’art africain ou océanien, venant de Serbie, ainsi que par de longs corps filiformes «à la Giacometti», œuvres de Pascal Margot, ancien bûcheron de chez nous. La Serbie est une terre d’élection des artistes travaillant sur le bois. Les anciens Slaves considéraient en effet les arbres comme des divinités. On rencontrera donc nombre d’artistes provenant de ce pays. Mais des artistes vaudois et français sont également présents. On remarquera les étonnantes figures d’Adam et Eve couchés de Milan Stanisavljevic (1975). Quant à son père Dragisa, il a réalisé des œuvres chargées de spiritualité, dont l’une inspirée par l’art des icônes.

Autre ensemble de figures sur bois, bien mises en scène et servies par un éclairage subtil, celles de Pascal Margot. Une mention pour les œuvres très originales de Pascal Verbena: des sortes de meubles pleins de tiroirs, dont le plus grand – un superbe travail d’art et d’artisanat – s’intitule Mémoires. On aura saisi la symbolique des tiroirs ouvrant sur le passé. Cet artiste marseillais travaille à base de bois flottants récupérés dans les calanques.

Quant à Christine Sefolosha (la mère du fameux basketteur vaudois évoluant au plus haut niveau aux Etats-Unis), elle représente sur des panneaux de bois le monde enchevêtré des forêts, avec leur dimension fantastique. Ses sculptures, elles, se ressentent de son long séjour en Afrique du Sud. Huit sculptures peintes de couleurs vives de Ferenc Kalmar, en enfilade, montrent des animaux, plutôt oniriques que réalistes.

Liliana Gassiot a réalisé, elle, un travail de broderie moderne (à la machine à coudre) sur photographies, mettant en évidence l’univers organique et végétal. Et l’on termine la visite par les œuvres présentées dans le rural de la Ferme, volontairement plongé dans une semi-obscurité, qui évoque la pénombre que l’on rencontre au cœur des forêts, au milieu d’oiseaux noirs de grande taille, sculptés dans des troncs millénaires venant de Serbie. Voilà une exposition susceptible d’intéresser un large public de tous âges, et qui permettra de découvrir la belle Ferme des Tilleuls.

«Sève», Ferme des Tilleuls, rue de Lausanne 52, Renens, jusqu’au 26 mai. Me, ve, sa, 12h-18h; je 12h-20h; di, 11h-18h (entrée libre).