Etats d’urgence pour l’égalité et le climat

1er Mai • La journée internationale des travailleurs du 1er Mai mettra au centre de ses revendications la lutte des femmes en prévision de la Grève du 14 juin, mais aussi l’urgence sociale et climatique.

«Nous serons toutes en grève le 14 juin, parce que nous en avons assez des inégalités salariales et des discriminations dans le monde du travail et parce que nous voulons des rentes qui nous permettent de vivre dignement. Mais aussi parce que nous voulons que le travail domestique, éducatif et de soins soit reconnu et partagé, de même que la charge mentale. Et parce que nous nous épuisons à travailler, nous voulons réduire le temps de travail» proclame fièrement l’affiche de l’Union syndicale vaudoise (USV). Un peu partout en Suisse, le 1er Mai sera l’occasion de faire entendre les voix et revendications des femmes en prévision de la grande Grève féministe et des femmes du 14 juin. Lancé en juin dernier à l’occasion d’assises féministes romandes, le mouvement n’a fait que s’amplifier depuis cette date. En janvier, un Manifeste national a été lancé pour être finalement adopté, dans les vivats et acclamations, lors d’assises nationales à Bienne le 10 mars. L’objectif est désormais de mobiliser le maximum de femmes le Jour J, pour exiger une vraie égalité dans tous les domaines, attendue vainement depuis l’inscription de ce principe dans la Constitution en 1981 ou l’adoption de la Loi sur l’égalité (LEg) en 1995.

Outre ce thème, les syndicats romands feront aussi entendre leur voix contre l’accord-cadre Suisse-UE. Dans sa version actuelle, ce projet d’accord institutionnel menace sérieusement les mesures d’accompagnement (contrôle sur les salaires et lieux de travail, respect des CCT, etc.), liées à la libre circulation des personnes. «Les mesures d’accompagnement restent une ligne rouge à ne pas dépasser, elles sont non négociables. Si c’est le cas, nous lancerons un référendum», a déjà averti l’Union syndicale suisse (USS).

L’opposition sera aussi vive contre le projet de Réforme fiscale et financement de l’AVS (RFFA), soumis au vote le 19 mai. La nouvelle mouture fédérale est une copie de la RIE III, refusée par le peuple en février 2017, proposant des déductions massives et nouvelles niches fiscales aux multinationales – à travers des Patent Box ou des déductions pour la recherche et le développement (R&D). Le projet de compenser ces pertes par le versement de 2 milliards supplémentaires à l’AVS – à la charge principale des assurés – ressemble furieusement à un mauvais «paquet ficelé». «Ce sont les actionnaires des entreprises les plus rentables qui profiteront de ces cadeaux fiscaux, à hauteur de plusieurs milliards de francs. Cette réforme se traduira par des coupes massives dans les services publics, au détriment de la qualité des soins dans les hôpitaux, du développement des crèches, de la prise en charge des personnes âgées, etc», critique le syndicat SSP, qui, avec d’autres forces de gauche, a fait aboutir le référendum.

Revendications plurielles

A Genève, la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) s’oppose aussi à la version cantonale du projet, qui prévoit une taxation unique de 13,99% sur les bénéfices des entreprises, compensée par une aléatoire contrepartie sociale d’augmentation des subsides maladie. La faîtière syndicale s’oppose aussi à l’ouverture des magasins trois dimanches supplémentaires par année, mais soutient l’initiative socialiste pour un plafonnement des primes maladie à 10% des salaires d’un ménage. Elle appuie aussi la recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’État de Genève (CPEG) par un transfert des terrains du secteur Praille-Acacias-Vernets (PAV) à la caisse, afin d’y construire du logement en le soustrayant à la spéculation privée, un projet de loi émanant de la gauche du Grand Conseil, avec l’appui de l’Asloca.

Pour finir, la lutte contre le changement climatique ne sera pas oubliée durant cette journée de mobilisation. Dans le sillage de l’activiste suédoise Greta Thunberg, des centaines de milliers de jeunes dans le monde se sont mis en marche pour proclamer l’urgence climatique. En Suisse, depuis janvier, les rues des grandes villes sont régulièrement envahies pour exiger que la Suisse «reconnaisse la catastrophe climatique comme une crise à traiter», qu’elle réduise ses émissions de gaz à effet de serre à zéro d’ici 2020. Faisant suite à la grève internationale pour le climat du 15 mars, les préparatifs sont sur les rails pour organiser en Suisse une nouvelle mobilisation d’envergure pour sauver la planète et ses habitants le 24 mai, puis le 27 septembre