L’Asie a inspiré la mode des Années folles

Expo • Tout près du Musée d’Art et d’Histoire se trouve la Fondation Baur. Cette belle villa de maître renferme une collection remarquable de céramiques et jades chinois, ainsi qu’un espace dévolu au Japon, et notamment à la cérémonie du thé.

Tout près du Musée d’Art et d’Histoire se trouve la Fondation Baur. Cette belle villa de maître renferme une collection remarquable de céramiques et jades chinois, ainsi qu’un espace dévolu au Japon, et notamment à la cérémonie du thé.

L’exposition actuelle est tout simplement splendide! Après les horreurs de la Première Guerre mondiale, la France connut la période dite des Années folles, caractérisée par une liberté plus grande des femmes, qui se traduisit en particulier sur le plan vestimentaire. L’Asie exerça alors un véritable pouvoir de fascination, comme cela avait déjà été le cas au 18e siècle avec le goût des «chinoiseries». Cette influence fut sensible à l’opéra (Madame Butterfly, Turandot) et dans le ballet (Parade, d’Eric Satie, Jean Cocteau et Picasso), dans l’ameublement avec l’engouement pour les paravents, dans l’imagerie des flacons de parfum, dans le décor des ombrelles, au cinéma avec le stéréotype de l’Asiatique fourbe qui concourut au mythe du «péril jaune»…

La Fondation Baur, tout en signalant ces influences dans plusieurs domaines, se concentre sur la mode. L’exposition juxtapose des vêtements chinois de soie brodés d’or d’une splendeur extrême, avec leurs motifs symboliques (montagnes et eaux, nuages, dragons), et des planches en couleurs, souvent signées Georges Barbier. Elles étaient destinées aux revues de mode des années 1920. Or l’inspiration asiatique saute aux yeux. Certes, les modèles du grand couturier Worth ne s’adressaient qu’à la haute bourgeoisie. On remarquera l’influence importante du kimono japonais sur la mode européenne: ce vêtement ample, n’entravant pas les mouvements, convenait particulièrement bien à la femme nouvelle, émancipée. Cette exposition vaut donc la visite, à la fois pour admirer la beauté des tissus de Chine et du Japon, et pour mieux comprendre l’esprit de ces Années folles qui allaient prendre fin avec la grande crise économique des années trente puis la Seconde Guerre mondiale.