En suivant le Rhône au temps des Romains

Expo • Le Musée d’Art et d’Histoire de Genève révèle les trésors trouvés dans Arles la Romaine, tandis qu’à 250 mètres de là, la Fondation Baur témoigne de la fascination des Occidentaux pour l’Asie dans les années 20.

La Vénus d’Arles. (© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais, Daniel Lebée | Carine Déambrosis)

La conquête des Gaules par Jules César fut impitoyable et sanglante. Cependant le rattachement de cette nouvelle province à l’Empire fit naître une brillante civilisation, dite gallo-romaine, dont Arles fut le centre. Son amphithéâtre et son théâtre témoignent aujourd’hui encore de cette splendeur. Mais depuis trente ans nos connaissances se sont accrues grâce aux fouilles subaquatiques, qui ont permis de retirer des eaux troubles du Rhône quantité d’objets rares.

Cette exposition présente trois intérêts. Le premier est esthétique. On pourra admirer des statues d’Apollon et d’Hercule, une ravissante tête de jeune fille, et surtout la Vénus d’Arles, prêt exceptionnel du Louvre, qui avait envoûté Chateaubriand, Flaubert, George Sand, Alexandre Dumas et Stendhal… Une très belle mosaïque illustre l’enlèvement d’Europe par Zeus métamorphosé en taureau. Quant au buste dit «de César», dont la trouvaille en 2007 fut un véritable scoop, il est encore objet de controverses sur l’identité réelle de la personne représentée.

Le deuxième intérêt est historique. Toute une imagerie militaire rappelle la conquête: remarquable statue en bronze d’un captif (très probablement gaulois), guerrier agenouillé, ou encore monnaie avec César et deux captifs gaulois. Le passage de la religion gréco-romaine au christianisme, au 4e siècle, est fort bien documenté. A côté de scènes bibliques comme le passage de la mer Rouge ou les noces de Cana, on peut admirer un magnifique sarcophage en marbre, où l’on retrouve en bas-relief l’histoire de Prométhée et les trois Parques (qui décident de la longueur de notre vie). Or ce sarcophage au couvercle très sobre a été réutilisé par un évêque, prouvant ainsi la fusion initiale du paganisme et du christianisme, avant que ce dernier ne s’impose totalement.

Mais le principal intérêt de cette exposition est à la fois économique et technique. Une carte montre d’ailleurs les routes commerciales et terrestres et l’origine d’une série d’objets retrouvés à Arles: Germanie, Grèce, Italie, Proche-Orient… Relevons une trouvaille exceptionnelle: une roue de chariot destiné à supporter de lourdes charges. La navigation sur le Rhône – qui était dévolue à des corporations – occupe une place importante, où Genève, certes une petite bourgade sans comparaison avec Arles, est bien présente. Notamment à travers l’autel funéraire d’un certain Aurelius Valens, qui fut responsable du poste de douane. L’impôt sur les marchandises s’élevait à 1/40e de leur valeur.

On remarquera aussi un bas-relief montrant une scène de halage d’une péniche portant des tonneaux, invention gauloise, alors que les Romains utilisaient plutôt quantité d’amphores de formes différentes. Les techniques navales ne sont pas absentes, avec une série d’objets tels que des gaffes ou des ancres. L’exposition, qui s’adresse notamment aux écoles, est agréablement didactique. Ainsi, on peut s’exercer à charger un modèle réduit de chaland, avec diverses marchandises, en veillant à leur équilibre afin que le bateau ne chavire pas! La vie quotidienne est aussi bien représentée, grâce à de modestes objets tels que lampes à huile, parures, instruments médicaux, fioles pour les soins de beauté.

Voilà donc une exposition qui nous rend proches nos ancêtres antiques gallo-romains. A voir absolument, et particulièrement avec des enfants ou adolescents!