Un rapport pour sauver la nature

Biodiversité • Réuni à Paris, le Giec de la biodiversité (IPBES) vient d’adopter un rapport historique sur l’effondrement «sans précédent» des écosystèmes. Il appelle à une transformation profonde du système économique et social mondial. (Par Alexandra Chaignon paru dans L’Humanité)

Un million d’espèces menacées d’extinction. Tel est le cri d’alarme lancé par les experts de l’Onu sur la biodiversité, qui a dévoilé lundi une évaluation mondiale sans précédent des écosystèmes. Après une semaine de négociations à Paris, les 132 états membres de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) ont adopté samedi la synthèse politique d’un rapport de 1 800 pages sur lequel ont travaillé 450 experts pendant trois ans.

«Preuves accablantes», «panorama inquiétant»… Les experts n’y vont pas par quatre chemins: «La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine, et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier», alerte ainsi le rapport, chiffres à l’appui:75 % de l’environnement terrestre et 40% de l’environnement marin présentent des «signes importants» de dégradation. Un million d’espèces sur les quelque 8 millions estimées sur la planète, seraient menacées d’extinction. «Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier».

Agriculture et pêche industrielles, infrastructures, industries extractives, exploitation forestière, plantations à vocation énergétique: Les causes de cet effondrement sont nombreuses, imbriquées les uns aux autres et associée à un modèle économique devenu insoutenable, basé sur la croissance et la surconsommation. «Cette perte est la conséquence directe de l’activité humaine et constitue une menace directe pour le bien-être de l’humanité dans toutes les régions du monde», assène le résumé aux décideurs.

Le rapport établi d’ailleurs un lien sans équivoque entre biodiversité et climat, le dérèglement climatique étant l’un des facteurs principaux d’atteinte à la nature et les solutions à mettre en place pour préserver les deux se recoupant en partie. «La biodiversité, ce n’est pas que joli, la biodiversité importe pour les sociétés humaines: on a besoin d‘eau pour vivre, on a besoin d’un air de qualité, de nourriture, d’un climat régulé», commente Yunne-Jai Shin, directrice de recherche à l’Institut de la Recherche pour le Développement (IRD), qui est l’une des auteurs du rapport.

Besoin urgent d’un plan pour sauver la nature

S’il expose les principales causes d’effondrement des écosystèmes, ce «résumé pour les décideurs» appelle aussi et surtout à des changements urgents «à faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial». Ce qu’exigent d’ailleurs de plus en plus de citoyens, en France et dans le monde, en réclamant des réformes radicales de nos modes de vie, de production, de consommation, pour freiner cette perte de biodiversité sur une planète qui pourrait abriter 10 milliards d’habitants d’ici 2050. «Atténuer cette crise va demander une transformation profonde de nos modes de développement», estime Paul Leadley, professeur à l’université Paris-Sud, Orsay, et lui aussi auteur du rapport de l’IPBES.

Le rapport présente une liste indicative d’actions possibles et de trajectoires, notamment dans l’agriculture, en privilégiant notamment l’agroécologie, les écosystèmes marins et terrestres, ou encore les zones urbaines. Mais aussi à l’échelle d’un système qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux. «La croissance démographique est un des leviers. C’est un des grands facteurs d’impacts indirects. Et ce qui va de pair avec, c’est l’augmentation du taux de consommation. La consommation des ressources naturelles en Europe est ainsi cinq fois plus élevée que celle d’un habitant d’Afrique de l’ouest. Si on continue, en 2050, ce ne sera plus soutenable», illustre ainsi Yunn-Jau-Shin. «Il ne faut pas seulement modifier la production agricole, il faut aussi modifier notre consommation, poursuit Paul Leadley. Il faut aussi réformer l’économie, notamment les systèmes financiers.»

Historique, ce rapport est une première étape sur la route de la COP15 de la Convention sur la diversité biologique, qui aura lieu en Chine en 2020. L’enjeu? Définir les politiques de protection de la biodiversité pour les dix prochaines années. Rien de moins!