Domino’s Pizza épinglé par le syndicat SUD

Vaud • Avec sa politique de gestion du personnel, Domino’s Pizza impose des situations invivables aux salariés, selon le syndicat. (Par Loriane Hochet)

Plusieurs licenciements survenus en août dernier et dénoncés comme abusifs ont conduit le syndicat SUD Étudiant-e-s Précaires à augmenter la pression sur l’entreprise. Ceci suite notamment à de nombreuses rencontres et interventions menées avec des salariés de Domino’s Pizza, depuis plus de 3 ans. Le syndicat accompagne ainsi d’anciens employés dans leurs démarches judiciaires, lançant des actions pénales au tribunal des prud’hommes. Mais aussi en demandant à l’inspection du travail lausannoise de dénoncer pénalement l’entreprise.

Situation conflictuelle

Loin d’être un cas isolé, celui de la firme helvétique est représentatif d’une nouvelle politique de gouvernance du travail aux yeux du syndicat: «La situation conflictuelle avec Domino’s Pizza a atteint des seuils inacceptables qu’il faut dénoncer, intéressant toute la société. Car il faut mettre en lumière le système Domino’s Pizza ainsi qu’exposer les revendications syndicales. Cette organisation du travail salarié n’est ainsi plus une exception scandaleuse». Comment se traduit-elle? Temps de travail flexibilisé, absence de cahiers des charges, matériel en mauvais état, cadre de travail violent, brutalité de la hiérarchie… Les conditions de travail chez Domino’s Pizza à Lausanne sont donc très précarisées. Et pourtant elles se perpétuent, a dénoncé cette semaine, en conférence de presse, le syndicat SUD…

En embauchant des personnes en situation fragilisée – étudiants, personnes avec des permis de séjour instable ou en fin de droit au chômage –, l’entreprise s’assure de leur fidélité et de leur silence. «Vous avez de la chance d’avoir un travail!», telles sont les paroles adressées aux employés par leurs supérieurs. En ces circonstances de dépendance, il est aisé pour l’employeur d’imposer à ses salariés des contrats horaires à grande flexibilité. Une situation qui impacte directement leurs salaires qui deviennent très instables, et les empêchent de mener une vie sereine.

En outre, tout est mis en place afin que les employés ne quittent pas l’entreprise. Malgré tout, s’ils décident de le faire, ils se font licencier avant même de donner leur congé et de manière abusive. Dans ce contexte de précarité et de menaces, difficile pour les employés de se faire entendre. Pourtant, plusieurs d’entre eux ont accepté de détailler leurs conditions de travail ainsi que leur mise à pied abrupte. «Après mon licenciement abusif, j’ai dû suivre une thérapie et mon médecin a souligné mon incapacité à travailler», souligne l’un des témoins. D’autres ont été licenciés pour avoir osé parler et témoigner au tribunal. Jusqu’alors, la société refuse de donner les motifs de licenciement au chômage, ainsi que de produire leurs fiches de salaires ou leurs certificats de travail, alors qu’elle y est légalement obligée. Un ancien employé a aussi dû attendre deux mois avant de toucher son assurance-chômage, alors qu’il était déjà dans une situation périlleuse. Pour les soutenir, SUD… a décidé «d’engager des démarches dans le but que Domino’s Pizza mette fin à toute forme d’autoritarisme, de violence et de maltraitance envers les salariés». Sans oublier de garantir des «conditions de travail dignes et un salaire qui permette de vivre» ainsi que le respect des conventions sociales collectives de travail.

Contacté, Bart de Vreese, manager de l’entreprise, rejette en bloc ses accusations. S’il reconnaît des licenciements en été 2018, il les attribue à la marche normale d’une entreprise forte de plus de 400 salariés. «Nous n’avons aucune raison de faire obstruction à l’inscription au chômage d’un collaborateur licencié», précise-t-il. Avant d’ajouter: «Si l’on ne peut exclure une erreur ou un oubli, il est toujours possible de nous téléphoner».