Et le privé?

Il faut le dire • Depuis plusieurs semaines, la justice du bout du lac s’intéresse particulièrement aux infractions potentielles concernant le secteur public.

Depuis plusieurs semaines, la justice du bout du lac s’intéresse particulièrement aux infractions potentielles concernant le secteur public. Après une enquête en cours sur les notes de frais des conseillers administratifs de la Ville de Genève ou sur des policiers un peu trop proches du milieu de la prostitution et moins d’une semaine après une perquisition remarquée au Service des votations, le Ministère public a décidé d’inculper deux personnes dans le cadre du marché de la sécurité à l’aéroport de Cointrin. Le premier, R.J., est chef de la sécurité de l’infrastructure aéroportuaire, l’autre serait responsable d’une société de sécurité locale.

Ancien patron du département des ressources humaines et de la formation de Securitas, le premier a, dans le cadre du Groupe technique piloté par ses soins, octroyé deux mandats. L’un à Securitas pour l’accueil et la gestion des files d’attente, l’autre à une des filiales du géant de la sécurité, Custodio, pour le contrôle des bagages.

Cette exclusivité sur deux mandats publics a-t-elle éveillé la curiosité des autorités judiciaires? Depuis 2018 pourtant et le transfert de mandat entre ISS et Securitas, les syndicats SSP et Unia se sont plusieurs fois interrogés sur la transparence de ces attributions, notamment du fait que les offres retenues étaient plus chères que celles de leurs concurrents et ont relevé l’omnipotence du Groupe technique, qui valide les offres. Selon 20 minutes, l’affaire principale concernerait cependant une société active dans la formation des employés de sécurité, notamment pour les machines à rayons X. Les prévenus sont, pour l’heure, accusés de corruption active, corruption passive et gestion déloyale des intérêts publics.

Si le Ministère public, en concomitance avec la Cour des comptes, suit la presse, il y a fort à parier que des enquêtes soient bientôt diligentées contre l’Office des poursuites, celui de la protection des adultes ou des curatelles, où de nombreux dysfonctionnements ont été relevés.

Saluons cette activité de la justice. Il importe cependant qu’elle soit aussi étendue au secteur privé. Récemment, l’organisation non gouvernementale OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project) a montré que pendant des années des fonds douteux en provenance de Russie ont été dirigés vers la Suisse, «notamment vers le Crédit Agricole, filiale suisse du groupe français à Genève». Combien de perquisitions à l’arrivée?