Grève des femmes: modes d’emploi

Grève des femmes • Les manières et conseils pour participer, s’engager, soutenir la lutte pour toutes et tous, au fil d’une grève historique visant à mettre un terme aux inégalités et discrimations touchant les femmes.

Trouvez-vous normal qu’aujourd’hui, les femmes gagnent encore 20% de moins que les hommes? Qu’il leur soit beaucoup plus difficile qu’aux hommes de monter dans la hiérarchie? Que leur retraite soit péjorée? Qu’un tiers subisse le harcèlement sexuel sur leur lieu de travail? 100%, le harcèlement de rue? Que 80% du travail ménager et éducatif repose sur leurs épaules? Que 80% des travailleurs pauvres soient des femmes? Qu’une femme sur cinq subisse de la violence physique ou sexuelle de la part de son (ex-)partenaire au cours de sa vie? Que les manuels scolaires, l’éducation continuent à être sexistes?

Non, n’est-ce pas, ce n’est pas normal, ce n’est pas digne d’une société démocratique, ce n’est pas tolérable au 21e siècle. Alors, le vendredi 14 juin, participez à la grève des femmes! Afin de clamer, chanter, danser «Ça suffit! Nous voulons construire une société fondée sur la justice, l’égalité, la solidarité. Nous voulons partager l’activité professionnelle, le salaire, le ménage et l’éducation des enfants. Nous voulons établir des relations harmonieuses au sein du couple, de la famille, du travail. Nous voulons que filles et garçons soient élevé-e-s de la même manière, qu’elles et ils aient les mêmes chances.» Plus nous serons nombreuses, plus nous aurons la chance d’être entendues. Voire prises au sérieux.

Grève 1991 vs grève 2019

La veille de la grève du 14 juin 1991, les organisatrices n’avaient aucune idée du nombre de femmes qui suivraient le mot d’ordre. Elles craignaient même un four. Nous fûmes 500’000 sur 6,8 millions d’habitant-e-s, 5,4 adultes dont 2,7 millions de femmes, soit un cinquième. Une réussite. Si l’on garde la même proportion, sur 8,5 millions d’habitant-e-s en 2019, dont 3,4 millions de femmes, nous serions 700’000 femmes à faire grève. Aujourd’hui, nous disposons de plus de moyens de communication, grâce aux réseaux sociaux, qui se mobilisent depuis des mois. Nous savons que nous serons nombreuses. Mais il faut que les hésitantes nous rejoignent.

Imaginez si, durant la journée du 14 juin, toutes les femmes s’arrêtaient de travailler, de faire les courses, de préparer les repas, si elles n’allaient pas conduire ni rechercher les enfants, si elles ne s’occupaient pas de leurs proches pour les lever, les habiller, les nourrir, si elles se croisaient les bras en observant comment le monde se débrouillerait sans elles… Imaginez les magasins vidés de leurs vendeuses, les bureaux de leurs nettoyeuses, les crèches de leurs puéricultrices, les hôpitaux de leurs aides-soignantes… Catastrophique, n’est-ce pas? Les femmes sont sous-payées dans ces professions mais leur présence est indispensable. Sans elles, le monde s’arrête. «Femmes bras croisés, le pays perd pied», disait le slogan de 1991.

On a beaucoup glosé sur la «légitimité» de la grève des femmes, ratiocinant sans fin sur le sens du mot, sur le contexte, etc. Bien sûr qu’elle est légitime, puisqu’il s’agit notamment de revendiquer un salaire égal. De toute manière, dès que les femmes se révoltent, elles sont considérées comme illégitimes!

En grève!

Travailleuses, tentez de discuter avec votre employeur pour débrayer durant la journée du 14 juin. Mais si le risque est trop élevé ou que votre emploi requiert un service minimum obligatoire (santé, police), vous pouvez soutenir l’action autrement:
-Mettre un vêtement aux couleurs de la grève (le violet)
-Porter le badge de la grève
-Croiser les bras pendant plusieurs minutes
-Ne pas répondre aux mails ou au téléphone
-Déranger au lieu de ranger
-Distribuer des tracts et donner des informations sur la grève
-Prendre des pauses plus longues
-Transmettre un cahier de revendications à la direction, notamment sur l’égalité salariale
-Organiser un atelier ou une table ronde «Comment promouvoir l’égalité dans notre profession, département, institution, établissement, entreprise»
-Quitter sa place de travail à 15h24, puisqu’après, les femmes travaillent pour beurre, vu la différence salariale
-Rejoindre les manifestation cantonales en fin d’après-midi

Il y a de quoi faire!

Présence des hommes

Les médias ont abondamment commenté la présence ou l’absence des hommes, insinuant qu’ils ne seraient pas les bienvenus. Ce que les femmes ne veulent pas, c’est qu’ils se mettent en avant. C’est NOTRE grève, NOTRE fête. Mais ils peuvent nous soutenir.Voici quelques suggestions:
-Délester les femmes de leurs charges quotidiennes
-S’occuper des enfants et des repas
-Travailler pour compenser les heures des femmes en grève
-Prendre en charge des femmes handicapées en poussant leur fauteuil roulant
-Suivre le cortège avec une poussette
-Improviser une crèche pendant que les femmes défilent ou s’amusent
L’important est qu’un maximum de personnes puissent participer.

Personnellement, avec d’autres féministes qui étaient déjà en grève le 14 juin 1991, je ferai partie du groupe «Vieilles dames indignes et indignées». Nous porterons une tenue fuchsia, qui était la couleur de 1991, un chapeau, et nous brandirons des pancartes. «Vieilles = invisibles?» «Même vieilles, nous existons!» «Nous voulons des retraites décentes» «Une vieille est une femme», etc.

Notre manifestation s’inscrit dans le renouveau du féminisme qui s’exprime sur #MeToo, ainsi que dans les rues d’Espagne, d’Islande, d’Argentine et d’ailleurs.

Nous descendrons dans la rue le 14 juin! Vivent les femmes!

 

Conseils juridique: Les femmes qui se posent des questions sur leur droit à la grève peuvent s’adresser au groupe juridique genevois du 14 juin. Des membres de l’association des juristes progressistes dispenseront des conseils légaux dès le lendemain de la grève. Adresse: grevefeministe2019geneve@gmail.com

Informations sur la Grève féministe en Suisse: www.grevefeministe2019.ch