Oui, elles peuvent en violet changer la société

Grève des femmes • Le Collectif genevois de la grève féministe a tenu une conférence de presse cette semaine pour expliquer ses revendications et son programme pour la journée de grève du 14 juin.

Mobilisation contre les inégalités, le harcèlement et les discriminations. La force d’un mouvement féministe intergénérationnel pour une vie meilleure. (Bruno Joly)

«Nous sommes un mouvement joyeux, mais la situation des femmes est loin d’être rose. Une d’entre nous tombe sous les coups toutes les deux semaines en Suisse. Trois femmes de paysans sur 4 n’ont pas de revenu et l’inégalité salariale entre femmes et hommes à travail égal se monte encore à 19%», a d’emblée relevé Kaya Pawlowska, représentantes du collectif. Celui-ci regroupe des centaines de membres, issus des syndicats ou d’organisations, mais aussi de personnes sans affiliation. Il a œuvré ces derniers mois dans une quinzaine de groupes thématique, montrant toute la diversité des revendications féministes.
Ainsi, le collectif pour la grève des personnes en formation, actif dans toutes les hautes écoles du canton ou à l’Université revendique une protection contre le harcèlement sur les lieux de formation, la généralisation de la langue inclusive dans les publications ou des toilettes inclusives. «Il faut que l’école développe un environnement sain et propice à l’apprentissage», a plaidé aussi Aline Chappuis, membre du collectif MEUF, qui regroupe les collégiens et apprentis et qui a organisé ces derniers temps des apéros féministes au niveau secondaire II.

La situation des femmes dans le monde de la culture est loin d’être un modèle selon Fabienne Abramovitch, membre du groupe culture du Collectif. «Les femmes subissent des discriminations financières ou en matière d’opportunités de carrière», a-t-elle assuré. Le groupe a adressé un manifeste à 150 institutions culturelles, qui doivent le signer ou le divulguer dans leur salle ou galerie.

Travailleuses précaires

A l’âge de la retraite, les inégalités perdurent, comme l’a expliqué Maryelle Budry, membre du groupe des Vieilles dames indignes et indignées, qui a participé à la grève historique de 1991. «Du fait de la discontinuité des carrières ou des temps partiels, les femmes se retrouvent avec des rentes-vieillesse inférieures de 37% à celles des hommes», a-t-elle critiqué. Henriette Stebler, active dans la mobilisation à Carouge, a expliqué que le travail domestique non rémunéré, essentiellement assumé par les femmes, représentait un montant non payé de 108 milliards de francs par année.

Pour sa part, Luz Marina Cantillo, a mis en avant les difficultés que rencontrent les femmes migrantes en Suisse. «Travailleuses précaires dans le secteur de l’économie domestique ou du care souvent sans permis, elles doivent affronter une double discrimination, victimes du sexisme en tant que femme et aussi de la précarité de leurs conditions de vie en tant que migrante. Elles n’ont droit à aucune aide sociale en cas de difficulté. Nous voulons visibiliser leur situation», a-t-elle souligné.

Comme beaucoup d’entre elles ne pourront rejoindre le grand rassemblement du 14 juin à Plainpalais, qui débutera à 15h24 (heure où symboliquement la femme n’est plus payée dans son travail), le collectif a décidé de faire apparaître les absentes du jour à travers des pancartes en silhouettes. Au travers d’un manifeste, soutenu par le Centre de contact Suisses-immigré-e-s, ces femmes de l’ombre revendiquent une législation qui les protège des multiples discriminations. Elles appellent aussi à des conditions de travail décentes, ou encore à un accès aux allocations familiales. Enfin, elles invitent les autorités à réfléchir à des perspectives d’immigration légale et à la régularisation de leur statut de séjour.

Dans le secteur public, la mobilisation devrait être massive. La Ville de Genève a autorisé les travailleuses à participer à la grève, alors que le canton a demandé que cette absence soit remplacée. Membre du syndicat des services publics, Ariane Baillat a précisé que chaque secteur du public avait écrit son propre cahier de doléances, complément au Manifeste de 19 revendications nationales, accepté à Bienne en mars par tous les collectifs de grève. «La grève est en train de prendre et cela va aller crescendo», a-t-elle assuré. «Nous avons aussi lancé une pétition pour que la Caisse publique de l’Etat de Genève (CPEG) restaure l’âge-pivot de départ à la retraite à 64 ans pour les femmes», a t-elle encore précisé. Des mobilisations du personnel hospitalier, mais aussi des soins à domicile (IMAD) auront lieu devant les HUG toute la matinée. «Dans l’enseignement, il n’y aura pas d’examen le 14 juin. A l’aéroport, nous exigeons la mise en place d’une crèche pour le personnel, une salle adéquate pour l’allaitement et la sécurisation des parkings de nuit», a-t-elle conclu.

«Des rassemblements auront aussi lieu dans les secteurs de la petite enfance ou du parascolaire. Des patrouilleuses scolaires seront en grève et remplacées par des APM (agents de police municipaux). Nous aurons aussi une action avec les chômeuses devant l’Office cantonal de l’emploi (OCE). Il faut savoir que l’administration demande systématiquement aux femmes des attestations de garde pour enfants en bas âge, sinon elles ne sont pas considérées comme aptes au placement et peuvent perdre leurs indemnités» a soutenu Valérie Buchs du syndicat SIT.

Accompagner les femmes

«Une partie des patrons et de la bourgeoisie ont insisté pour dire que cette grève était illicite ou annoncé des mesures de représailles sur les lieux de travail. Nous voulons accompagner ces femmes courageuses dans leur mobilisation pour qu’elles puissent participer à la mobilisation, quitte à arborer un simple badge», a précisé Anna Gabriel, du syndicat Unia.

Dans les communes ou les quartiers de la Ville, des groupes se sont aussi formés. «Depuis plusieurs mois, nous avons fait une campagne de tracts et d’affichages et ce 14 juin, les Pâquis seront folles de rage contre les injustices dans l’espace public ou privé», a renchéri Helena de Freitas, responsable du groupe local. La journée permettra aussi une solidarité internationale entre les femmes. «Le personnel des Nations Unies aura l’occasion de montrer son soutien au mouvement et des délégations féministes d’Argentine, d’Autriche, d’Italie, du Portugal d’Espagne ou d’Allemagne sont attendues à Genève», a assuré Noemi Blazquez Benito, membre du groupe international du collectif. La révolution violette est en marche.

 

Programme complet de la journée sur: www.14 juingeneve.ch