«Une égalité complète, inclusive et pas des cacahuètes!»

Grève des femmes • Représentante du collectif genevois de la grève féministe, l’économiste Lynn Mackenzie est l’une des fondatrices de l’association #65nopeanuts, un collectif qui défend «une égalité complète, cohérente et inclusive et pas des cacahuètes!».

Représentante du collectif genevois de la grève féministe, l’économiste Lynn Mackenzie est l’une des fondatrices de l’association #65nopeanuts, un collectif qui défend «une égalité complète, cohérente et inclusive et pas des cacahuètes!». Avant tout relèvement éventuel de l’âge de la retraite des femmes, l’association revendique un partage égal du travail rémunéré et non rémunéré, mais aussi la fin des stéréotypes de genres, le développement de l’éducation non-genrée, la prévention de la violence ou encore la modification de nos assurances sociales. Interview.

L’appel, basé sur le manifeste, adopté en mars à Bienne, que défendent les collectifs suisse de la Grève, contient 19 revendications. La question de l’égalité salariale reste-t-elle la revendication la plus importante?

Lynn Mackenzie La vision de notre association est bien plus large et généreuse pour un monde meilleur pour toutes et tous. C’est un éveil des consciences et les hommes ont aussi un grand rôle à jouer. L’égalité salariale est évidement une de nos revendications importantes. Mais elle ne peut se faire que s’il y a des changements en amont et en profondeur en ce qui concerne, par exemple, l’accès même au travail rémunéré de façon égale et non biaisée, ainsi que, de façon très importante, la valorisation et le partage égal du travail non rémunéré ou dit reproductif.

Cela implique une garde des enfants de qualité et en suffisance, un congé paternité/parental conséquent et probablement une baisse du temps de travail généralisée. La division des rôles implique de grandes différences de rentes à la retraite entre les hommes et les femmes, soit 37% de moins en moyenne actuellement, 63% de moins pour la LPP.

Du côté des mentalités, nous baignons toutes et tous dans une société hiérarchisée et genrée, où le masculin est favorisé. Dans le marché de l’emploi, où les stéréotypes sont vivaces, les sciences sociales nous montrent qu’une jeune femme sera, par exemple, souvent considérée comme inexpérimentée, alors qu’un jeune homme sera vu comme un élément prometteur. Ceci doit profondément nous interroger sur la question de la sélection sur la base des «compétences», puisque celle-ci ne se fait pas sur une base neutre.

Il nous faut donc tous chausser nos lunettes de l’égalité pour débusquer nos préjugés et pour intégrer réellement toute la diversité des parcours. Il ne s’agit pas de considérer les femmes comme une anomalie par rapport à la norme actuelle, mais de pleinement intégrer la richesse des parcours de vie tant des femmes que d’autres membres de la société minorisés. Nous parlons d’une égalité cohérente et inclusive car tout est lié.

Finalement, il y a un lien fort entre égalité et «climat» car de la même façon que l’économie libérale actuelle exploite le travail non rémunéré, elle puise dans les ressources environnementales. Ces deux ressources sont invisibilisées.

Votre association défend justement un autre modèle de capitalisation des retraites. Quel est-il?

Il y a une urgence de changement, car les parcours linéaires n’existent plus. Nous proposons donc un taux unique de cotisation LPP, mais aussi qu’une cotisation soit perçue dès le premier franc gagné, afin de ne pas autant pénaliser les temps partiels. Il faut aussi créer un fonds de compensation du 2e pilier pour les personnes qui ont eu un accès restreint à un travail rémunéré et pour valoriser le travail «de care» qu’elles ont fourni. Nous souhaitons aussi un renforcement de l’AVS par rapport au 2e pilier.

Quel est votre calendrier comptez-vous mettre en place pour obtenir satisfaction dans vos revendications?

Le manifeste, qui offre la vision généreuse des femmes pour un monde meilleur, est vraiment un levier pour passer à l’action, un début plus qu’une fin. Une solidarité, des réseaux durables ont été créés et de nouveaux réflexes ont déjà été adoptés dans les media, les entreprises et entre les citoyen.nes. Pour notre association, il est possible de financer l’égalité en développant une imposition basée sur les nouveaux modèles d’affaire: taxation des transactions électroniques, transactions financières, écologiques, taxation sur le chiffre d’affaires des GAFA, de l’utilisation des données personnelles par les grandes entreprises. Il est aussi possible d’imaginer la création d’un fond souverain pour la mise en œuvre de l’égalité puisque les femmes ont largement contribué à subventionner l’économie actuelle.

 

Infos sur www.65nopeanuts.ch