Grève du 14 juin: solidarité face aux inégalités

Grève des femmes • A Lausanne, sur le campus de l’Université, un groupe d’hommes solidaires à la grève du 14 juin s’est constitué afin d’apporter une aide logistique aux femmes souhaitant faire grève. (Par Loriane Hochet)

Pourquoi vous sentez-vous concernés par cette grève?

Téo Verhoeven Au sein de notre groupe d’hommes solidaires, nous n’avons pas forcément passé beaucoup de temps à débattre de cette question. Chacun s’est senti concerné à sa manière, et nous nous sommes plutôt concentrés sur la création d’un espace qui permettrait à d’autres hommes de montrer leur solidarité de la façon la plus appropriée possible. Pour ma part, j’ai d’abord été touché par la question de l’inégalité salariale, et quand je me suis plus intéressé à la grève, j’ai pu constater qu’un grand nombre d’autres sujets étaient en jeu: prise en compte du travail effectué à la maison, congé paternité, volonté de mettre un terme au sexisme présent dans tellement de domaines de notre société, etc. Les femmes sont bien sûr premièrement touchées, mais je considère que comme je fais aussi partie de la société, cela me touche inévitablement.

Une grève des femmes devrait-elle se faire sans les hommes?

Cela dépend de quoi l’on parle. Je ne me verrais pas parler lors de prise de paroles publiques, ou bien être en tête de cortèges de manifestations pour une telle occasion. Un des enjeux de la grève est de visibiliser certaines inégalités entre femmes et hommes, et je comprendrais tout à fait que les femmes, qui sont les premières concernées, occupent tout l’espace public. En plus, on ne parle que d’une journée. Si on m’avait dit que la présence des hommes n’était pas souhaitée du tout, cela m’aurait surpris et peut-être contrarié.

Mais après tout le travail effectué avec le Collectif pour la grève UNIL/EPFL, je suis plus en mesure de comprendre la complexité, lorsqu’il s’agit d’inclure des hommes dans des événements féministes. Certains médias se sont concentrés sur le fait que les hommes n’ont pas forcément été invités à participer à la marche, en trouvant cela regrettable. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangé, sachant qu’on nous a aussi informés d’autres façons d’être solidaires, de manière plus discrète. Dans l’idéal, j’aimerais que toute notre société résolve ces inégalités ensemble, mais dans l’état actuel des choses, cela n’est pas évident, et être solidaire sans trop se montrer est pour moi une bonne première étape pour réfléchir aux inégalités liées au genre.

Quelles sont les actions que vous organisez pour le 14 juin afin d’aider les femmes?

L’idée générale de notre groupe est d’effectuer des tâches logistiques afin de faciliter la participation à la grève du plus de femmes possible. Nous nous sommes répartis en trois groupes: le premier s’occupe de l’installation et du rangement du matériel, le deuxième est là pour fournir une aide lors du pique-nique de midi en faisant la vaisselle ou en récoltant les déchets, ou bien encore en remplaçant certaines employées des cafétérias dans le cas où elles voudraient aussi faire grève; le dernier est une garderie éphémère pour permettre aux parents de laisser leurs enfants dans le cas où leur garderie ferait grève, ou bien si le père ne peut pas garder l’enfant. Nous allons aussi aider au tractage de flyers.

A la suite du 14 juin, comptez-vous continuer, et de quelle manière?

Oui, je pense que tout le travail et la réflexion entamés au cours de cette année valent la peine d’être prolongés! Au sein de notre collectif, et je présume au sein des autres également, la grève est présentée non pas comme la conclusion d’un processus, mais plutôt comme le départ d’un questionnement général. Cela pourrait être intéressant de participer à d’autres événements féministes, toujours dans l’optique de montrer notre solidarité. Ce concept de solidarité est très utile pour des hommes proféministes, en ce qu’il permet de mieux comprendre quel type d’attitude il est conseillé d’avoir, par exemple dans des moments où il faut faire attention à l’occupation d’espaces physiques ou de paroles.

Une autre idée soulevée au sein de notre groupe de travail est de lancer un groupe de réflexion autour des masculinités. Les sujets abordés en lien avec la grève font ressortir beaucoup de questions, et il me semble que c’est une bonne occasion de réfléchir à nos façons d’être en société. Cela pourrait être intéressant de développer ces réflexions en partenariat avec une association féministe ou bien avec le Collectif de l’UNIL/EPFL, afin de prolonger la coopération qu’on a eue jusqu’à maintenant, et qui s’est avérée très enrichissante!