Révolte et engagements

Livre • Dix ans de chroniques de Michel Bühler dans différents journaux sont réunies en un ouvrage.

Les chroniques de Michel Bühler, c’est aussi un style, vivant, efficace, journalistique. (Laurent Dubois)

Beaucoup de nos lecteurs auront lu les textes incisifs de notre ami Michel Bühler soit dans Résistance, le journal du POP vaudois, soit dans Le Courrier. L’une des premières chroniques, parue en mars 2008, résume bien une partie des engagements de cet homme en état de révolte permanente: l’opposition à l’intervention américaine au Vietnam, le refus d’une centrale nucléaire à Kaiseraugst, le soutien aux objecteurs de conscience, la participation aux défilés contre la guerre de Bush en Irak, la défense couronnée de succès des 523 demandeurs d’asile que le canton de Vaud allait renvoyer, la lutte pour une agriculture sans OGM. A cela s’ajoutent les séjours en Palestine et la condamnation de l’occupation israélienne, les attaques frontales contre des sociétés comme Monsanto ou Novartis:

«Leur moteur, c’est l’égoïsme, leur religion, la cupidité», écrit-il dans l’une de ces formules qui font mouche. Il y a aussi les combats de proximité, par exemple contre les éoliennes dans le Jura, auxquels on n’est pas obligé de souscrire… Le leitmotiv de Michel Bühler, c’est la condamnation du «capitalisme sauvage», du «libéralisme mondialisé», de la «main invisible du marché», qui provoquent chômage dans les pays riches et misère dans les pays pauvres. Son combat est aussi culturel, notamment contre «l’américanisation» et l’appauvrissement qu’il induit, en particulier dans le domaine de la chanson qui est le sien. Il dit son respect pour les poètes, au premier rang desquels il place Aragon. Il exprime aussi son amour pour son Jura vaudois natal.

Comme Michel Bühler aime et promeut le débat démocratique, nous le contredirons sur un seul point. Dans une chronique parue dans Résistance en août 2008, il attribue les horreurs nazies (dont son père lui a montré des photos alors qu’il était enfant), à «la guerre», alors qu’elles sont le résultat de la monstrueuse idéologie du régime. Et c’est bien – hélas pour le pacifiste absolu qu’il est que je respecte – par la guerre et les armes que les Alliés l’ont mis à terre, non en agitant des rameaux d’oliviers. Son antibellicisme radical ne l’empêche par ailleurs pas d’exprimer son admiration pour les femmes engagées dans la guérilla salvadorienne.

Ici ou là, on sent chez lui quelque chose de désespéré devant l’échec de beaucoup de ses espoirs. Ainsi des révolutions du printemps arabe: «Tunisie, Egypte, Syrie, à chaque pas l’espoir semble s’éloigner». Mais il ajoute: «A-t-on pour autant le droit de cesser d’espérer?» et encore: «Au contraire, espérer toujours, c’est garder allumée une bougie au plus profond des ténèbres». Et de mettre en valeur des ONG humanitaires actives en Afrique.

On le voit, les chroniques de Michel Bühler, c’est aussi un style, vivant, efficace, journalistique. Il aime les phrases courtes. Il interpelle le lecteur. Il recourt au dialogue. Il utilise volontiers le point d’exclamation. Il insère parfois dans ses textes des extraits de ses poèmes ou de ses chansons. En bref, ses chroniques valent non seulement par le message qu’elles délivrent, mais aussi par leur ton. On les (re)lira donc avec intérêt et plaisir. Elles témoignent de son don d’écrivain, qu’il met au service de ses engagements.

Michel Bühler, L’Autre Chemin, Orbe, Bernard Campiche Editeur (camPoche), 2019, 241 p.