«Louisa Hanoune doit être libérée sans condition»

Solidarité • Dans près de septante pays, dont la Suisse, des comités de soutien se sont formés pour la libération de la fondatrice du Parti des travailleurs algérien (PT), emprisonnée depuis le 9 mai par le juge d’instruction du tribunal militaire de Blida.

Malgré son état de santé, Luisa Hanoune reste détenue dans les geôles algériennes. (PT)

«Cela fait depuis le 9 mai qu’elle a été arrêtée et, selon ses avocats, elle est dans un mauvais état de santé. Elle souffre de plusieurs pathologies et a besoin d’un suivi médical adapté, ce qui lui a été refusé», explique Albert Anor, syndicaliste SSP et membre du comité de soutien à la militante algérienne, Louisa Hanoune «Il n’y a toujours pas d’accusation officielle, mais selon certaines sources, on lui reproche de s’être opposée dans le passé à un commandant de caserne et plus généralement de vouloir changer le système», dénonce-t-il.

Convoquée le 9 mai comme témoin dans l’affaire ouverte contre Saïd Bouteflika, frère de l’ancien président, et deux anciens hauts responsables des services de renseignement, Mohamed Mediène et Athmane Tartag, elle n’est plus ressortie du tribunal militaire de Blida. Ses critiques contre le chef d’état-major de l’armée algérien, Ahmed Gaïd Salah, laissent aussi supposer un lien de cause à effet avec son incarcération.

Louisa Hanoune est poursuivie pour «complot pour changer le régime, selon l’article 77 du Code pénal». Elle est également poursuivie pour «complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité du commandement d’une formation militaire (article 284 du Code de justice militaire)». Son avocat a précisé que, pour l’une des inculpations, la peine prévue varie entre cinq et dix ans de réclusion criminelle et que, pour l’autre, elle peut aller jusqu’à la peine capitale. «Louisa Hanoune est donc pour poursuivie pour ses opinions politiques, elle est une prisonnière politique!», explique Albert Anor.

«Cette arrestation est un acte de criminalisation de l’action politique indépendante et l’expression de la volonté d’une mise au pas des militants et activistes par le pouvoir», a tout de suite communiqué le PT, dont tous les élus ont démissionné au parlement en signe de protestation. Femme rebelle, féministe convaincue, Louisa Hanoune a milité dans les années 80 dans des groupes féministes qui manifestent contre le code de la famille. Membre d’un parti clandestin d’extrême gauche, l’Organisation socialiste des travailleurs (OST), elle est arrêtée en 1986 et passe six mois en prison. En 1989, elle est un des membres fondateurs du Parti des travailleurs, parti d’obédience trotskyste, dont elle est porte-parole, et dirige le journal, Fraternité. Députée, elle s’est présentée trois fois à l’élection présidentielle algérienne en 2004, 2009 et 2014.

Ce 20 juin, dans le cadre d’une journée de solidarité pour exiger la libération immédiate et sans condition de cette femme de convictions, son comité de soutien suisse a déposé une pétition munie de 1000 signatures auprès de l’ambassade algérienne à Berne. «Aussi bien l’USS, que la CGAS, l’Union syndicale vaudoise et tessinoise ou le congrès du SEV ont pris position en faveur de cette libération. Au niveau international, le Parti des travailleurs ainsi que la CUT au Brésil, mais aussi le parlement portugais ou des syndicats en Allemagne, Espagne, Angleterre, France ou Afrique du Sud appellent à une relaxe», explique Albert Anor.

«Louisa Hanoune est en prison pour ses opinions politiques. Elle est une prisonnière politique qui risque 5 à 10 ans de réclusion, voire la peine capitale, sur la base de fausses accusations de complot contre l’armée et l’autorité de l’Etat», conclut-il. Une première manifestation en faveur de la politicienne s’était déjà tenue devant le Palais des nations à Genève le 20 mai, jour où le Tribunal de Blida devait se prononcer sur une demande de mise en liberté provisoire, finalement refusée. Un rassemblement a aussi eu lieu le jeudi 20 juin devant la Poste du Mont-Blanc.