Cuba, mon amour

Solidarité • Installé depuis une quinzaine d’années à Cuba, un Jurassien défend le modèle progressiste du pays et vante la qualité de vie insulaire.

Michel Theuvenat gère une ferme de 35 hectares non loin de la Baie des Cochons à Cuba. (MTt)

Pas particulièrement communiste, le Jurassien de Porrentruy, Michel Theuvenat en est devenu l’un des meilleurs ambassadeurs de l’île. Dans une première vie, il a travaillé comme représentant en matériel de pêche, ce qui lui a fait découvrir le monde, notamment l’Europe du Nord ou le Kenya. «Un jour, rentrant d’un voyage, j’ai trouvé que la Suisse avait bien changé. L’argent était la priorité exclusive de tous, devenue une vraie religion et je ne voulais pas continuer comme cela», souligne le Bruntrutain. Dans un premier temps, il pense partir aux îles Maquises, celles-là même qui ont hébergé Gauguin ou Jacques Brel.

Il s’envole finalement pour Cuba au début des années 2000. «J’ai passé des vacances là-bas durant un mois, puis j’y suis retourné deux fois la même année et j’ai appris à découvrir ce pays.» Après avoir épousé une Cubaine, dont il se séparera, et qui lui donne une fille aujourd’hui âgée de 12 ans et qui veut devenir médecin, il obtient un permis de résidence sur l’île, avec l’appui d’une amie, l’ex-championne de 400 et 800 mètres, Ana Fidelia Quirot, qui a intercédé auprès de Fidel Castro. «Il est très difficile d’obtenir la nationalité à Cuba et seul le Che l’a obtenue, devenant aussi citoyen d’honneur du pays», précise-t-il. Après avoir commencé dans le tourisme, il achète finalement une ferme de 35 hectares, à Jaguey grande près de la baie des cochons, à 150 kilomètres de La Havane. «A Cuba, la propriété foncière individuelle est limitée à cette surface, car le régime ne veut pas de multimillionnaires», précise-t-il encore. Dans sa ferme, il développe une production d’herbes médicinales et condimentaires, tout en devenant apiculteur, après s’être formé à la nutrition. Il livre sa production à une coopérative et garde le reste pour lui, ce qui lui permet de payer un employé. «Cuba a une très bonne production de miel et en exporte plus de 180 tonnes par année», souligne ce pourfendeur de l’agriculture industrielle et des pesticides. «Cuba est une île de production bio, mais on pourrait encore mieux faire, en évitant, par exemple, d’importer de l’huile de colza industriel et en développant la production d’huile de coco, qui est une des meilleures en qualités nutritionnelles», plaide-t-il, «sachant que 70% du territoire est inutilisé».

Fourmillant de projets, il relève aussi qu’après la libéralisation de l’économie dans Les années 80, où le petit commerce privé est apparu, de nombreux Cubains ont opté pour le développement des chambres d’hôtes dans leur casa particular. «Aujourd’hui, il y a saturation. Près de chez moi, on est passé d’une vingtaine de casa particular à 250. Il faut développer des alternatives», défend Michel Theuvenat.

«Le pays le plus sûr du monde»

Ce qui lui plaît dans l’île? «La mentalité des gens est complètement différente d’ici. Ce qui compte, c’est la vie d’abord. De même que la solidarité. On n’hésite jamais quand il s’agit de s’entraider entre voisins», donne en exemple Michel Theuvenat. «Certains visiteurs s’étonnent que les Cubains gagnent 40 à 50 francs suisses par mois, mais il faut savoir que s’ils sont convertis en peso national, cela fait un salaire de 1200 francs avec lequel on peut vivre», souligne-t-il. Parmi les points positifs, qu’il met en avant, il cite la gratuité des services publics. «On a pas d’assurance, mais on peut aller gratuitement à l’hôpital. L’île a des bons médecins et est même en pointe dans certaines thérapies. Ainsi, des traitements thérapeutiques avec des cellules-souches ont été trouvés dans la lutte contre le cancer. D’autres pour paralyser la transmission du virus VIH de la mère à l’enfant», illustre-t-il. «A Cuba, tout le monde est scolarisé et les enfants sont heureux d’y aller. Aucun d’entre eux n’est forcé à travailler comme c’est le cas dans d’autres pays du sud et si c’était le cas, l’employeur serait mis en prison», relève-t-il encore. Il explique aussi que Cuba est le pays le plus sûr du monde «de jour comme de nuit».

Il a aussi particulièrement apprécié les débats autour de la nouvelle Constitution. «Le gouvernement a proposé un texte, qui a été discuté par le peuple, qui en a refusé certains points, avant adoption en février». «Visant à adapter la Constitution de 1976 à l’ouverture économique de l’île, le nouveau texte entérine les transformations économiques lancées depuis 2010 sous la présidence de Raul Castro. A cette date, le régime avait autorisé les Cubains à exercer 201 métiers ou activités à leur propre compte (les cuentapropistas), comme travailleurs indépendants ou autoentrepreneurs. Aujourd’hui, 13% de la population active s’est inscrite comme cuentapropistas» explique Le Monde.

Le régime de parti unique ne dérange pas Michel Theuvenat, «étant donné que ce parti est finalement le parti du peuple», souligne-t-il. De passage en Suisse, où réside sa première épouse, productrice de gambes de pêche à 5 hameçons, Michel Theuvenat remettra le cap sur la Grande-île à la mi-juillet. «Si vous voulez venir… j’ai déjà deux ou trois copains, qui veulent s’y installer».

Contact: theuvenat@gmail.com