Palme contre colza

Suisse • Les accords de libre-échange entre la Suisse et l’Indonésie et probablement avec la Malaise continuent d’inquiéter, du fait de l’importation d’huile de palme. (Par Loriane Hochet)

La Suisse importera-t-elle bientôt encore plus de tonnes d’huile de palme en provenance de l’Asie du Sud-Est? Le 22 mai, le Conseil fédéral a présenté son un message sur l’accord de libre-échange entre la Suisse et l’Indonésie. Suite aux inquiétudes des paysans suisses, qui craignaient pour la filière d’huile de colza, d’interventions de plusieurs parlementaires comme l’UDC Jean Grin et de la mobilisation de la Coalition contre l’Huile de palme (qui regroupe des organisations comme Uniterre, Pain pour le prochain, la FRC ou Greenpeace), le gouvernement a prévu d’introduire des quotas limités à 10’000 tonnes en provenance de ce pays. Les concessions tarifaires accordées ne devraient pas avoir d’incidence sur ce segment de l’agriculture suisse, estime, rassurant, le gouvernement

De nombreux cantons avaient auparavant lancé des initiatives afin de bannir l’huile de palme de cet accord. En 2018 déjà, le Grand Conseil genevois avait voté à l’unanimité en ce sens et loin d’être les seuls, ils ont été soutenus par les Grands Conseils des cantons de Berne, Fribourg, Jura, Thurgovie et Vaud qui ont eux aussi lancé de semblables actions. Cette exclusion avait été rejetée par le Conseil des Etats, puis par le Conseil national en mars.

Dans son message, le Conseil fédéral prévoit, lui, d’instaurer des mesures de contrôle sociales et écologiques – qu’il reste à définir – dans les pays de provenance. Un autre accord est aussi en discussion avec la Malaisie, qui devrait adopter plus ou moins les mêmes règles de quotas et contingents, estime un expert Pro Natura.

Alors que l’urgence climatique est déclarée par les militants et certains cantons, une utilisation croissante de l’huile de palme bon marché ne mène pas sur le chemin du développement écologique, mais seulement économique. Utilisée dans l’industrie alimentaire, l’huile de palme est à la base de nombreuses controverses, notamment à propos des effets sur l’environnement que sa culture entraîne dans la déforestation, comme l’a dénoncé le programme des Nations Unies pour le développement.

Prise de conscience des consommateurs

Du côté des consommateurs, une prise de conscience émerge. Une pétition «Pas de libre-échange avec huile de palme» forte de près de 280’000 signatures a été déposée à Berne en 2018. L’origine des produits devient de plus en plus importante à leurs yeux, ainsi que les conditions sociales de production. Car dans les pays importateurs, l’huile de palme est entre les mains de grosses entreprises et la monoculture ayant remplacé la jungle, les paysans se font expulser de leurs terres