L’été des festivals si riche en découvertes

Musique • Une quarantaine de festivals se déroule durant l’été en terres romandes. Sélection de quelques pistes musicales au milieu de ce déferlement à nul autre pareil.

Beirut et ses orchestrations de fanfare world sera de passage au Locle. (Pitpony)

Commençons tout en douceur et en cueillette de produits musicaux locaux avec le Festival Chatô Bruyant, qui se tient du 2 au 13 juillet à la place Chateaubriand à Genève. Le rendez-vous, qui n’a pas encore tout à fait fixé son programme définitif, propose un festival sans bourse délier, participatif, en plein air et ouvert à toutes et tous.

Toujours aussi peu onéreux, le Festival de la Cité à Lausanne accueillera les visiteurs et festivaliers du 9 au 4 juillet au centre de la capitale vaudoise. Comme chaque année, la sélection, qui mêle arts vivants, danse, théâtre ou cinéma se veut éclectique. Côté musique, outre la présence de la Neuchâteloise Emilie Zoe (11 juillet) ou du Chaux-de-fonnier Louis Jucker et ses Coilguns (13 juillet), mention spéciale à The KVB (12 juillet), un duo britannique qui propose un rock shoegaze puissant, mâtiné de spasmes électroniques minimaux entêtants et obsédants. «Du rock malade et fascinant», décrit l’hebdo, Les Inrockuptibles. Avec son dernier album Only now forever, sorti en 2018 et concocté à Berlin, le groupe a sorti son album le plus diversifié et le plus fort selon les critiques.

Mi-juillet, pourquoi ne pas se rendre au festival Guitares en scène à Saint-Julien (Haute-Savoie). L’événement qui marquera le rendez-vous en France voisine est sans conteste le retour du groupe australien, Midnight oil (14 juillet). Connu dans les années 80 pour ses hymnes écologistes ou attirant l’attention sur la souffrance du peuple aborigène ou de la classe ouvrière (Bed’s are burning, Power and passion, Blue sky mining), le groupe est emmené par le charismatique Peter Garett. Suite à son élection comme député, puis ministre de l’environnement et de la culture du gouvernement travailliste de Kevin Rudd de 2007 à 2010, le groupe avait mis ses activités en veilleuse.

Avec leur rock carré et mélodique, les Aussies ont la force de frappe de l’évidence. Paradoxalement, alors que Midnight oil guerroyait en 1979 contre l’industrie musicale locale, créant leur propre agence de réservation en réponse au monopole exercé par les agents et les promoteurs de la région son come-back revival est orchestré par Live Nation entertainement. Entreprise tentaculaire d’organisation et de promotion de spectacles basée à Beverly Hills en Californie avec des filiales dans plusieurs dizaines de pays, la multinationale du spectacle. qui compte plus de 4000 artistes à son catalogue, est souvent critiquée pour ses ambitions monopolistiques.

Du lac à la montagne

Durant tout l’été, Genève propose différents concerts au Parc de la Grange, en face du lac. Bonne note pour la soirée avec Asian Dub Fondation (2 aout), groupe électronique passé maître dans l’art de mélanger dub, hip-hop, dancehall, drum’n’bass, ragga, jungle, bhangra et pop rock. Le 14 août, la scène sera occupée par la Portugaise Ana Moura, qui a su réadapter le fado, avec des albums comme Guarda-me a vida na mão (2003), Aconteceu (2005) ou Desfado (2012).

Du 14 au 17 août aura lieu le Rock altitude Festival au Locle. Quittant sa ligne hard et metal depuis quelques années, le festival propose quelques bonnes soirées. Comme celle qui regroupe les Californiens de Eels et les Anglais Blood Red Shoes (15 août). Emmené par Mark Oliver Everett, multi instrumentaliste et leader permanent, le premier groupe a commencé sa carrière sur les chapeaux de roue, avec le disque Beautiful Freak (1996) et ses hits imparables, Novocaine for the soul ou Mental. Après plusieurs albums moins côtés et les difficultés personnelles de son chanteur, le groupe a sorti The deconstruction en 2018. «Musicalement, le groupe demeure dans une certaine zone de confort, passant comme d’habitude du rock joyeux (Today is the Day) à un folk-rock introspectif (Premonition) pour nous achever avec des ballades bouleversantes, relève le site Le canal auditif.

Le soir même, le duo de Brighton Blood Red Shoes, offrira ses chansons nerveuses et électriques, toutes guitares en avant, dans les traces d’un autre duo électrique, The Kills. Deux jours plus tard, la scène sera occupée par Beirut, Algiers et A place to bury strangers. Mélangeant musique des Balkans, folk et orchestrations amples de cuivres, le trompettiste/multi-instrumentiste Zach Condon est l’âme de la première formation, qui vient de sortir un nouvel album, Gallipoli.

Originaire d’Atlanta, le second groupe mélange à la fois des racines punk et une inspiration soul-gospel pour un cocktail explosif, guidé par le pianiste-chanteur noir Franklin James Fisher. Dans ses chansons, le groupe aborde des thèmes comme la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. La chanson Walk Like A Panther sur le disque The Underside of Power s’ouvre ainsi sur un sample d’un discours de Fred Hampton, militant des Black Panthers assassiné. Considérés comme «le groupe le plus bruyant du monde, les troisièmes, en provenance directe de New-York, feront trembler les montagnes neuchâteloises.

Rock mélodique et pop ubuesque

Aux mêmes dates se déroulera le Festival Plein les Watts de Plan-les-Ouates dans le canton de Genève, qui privilégie le reggae. On pourra ainsi découvrir Alpheus & les Najavibes (14 août), dernier artiste à avoir été contracté par le légendaire producteur jamaïquain, Coxsone Dodd, fondateur du label Studio One (Bob Marley, Burning Spear, Lee «scratch» Perry, etc). Mi-août, le JVAL Openair de Begnins vous reçoit avec des artistes locaux (Black sea dahu, Louis Jucker), mais aussi avec Chk chk chk (19 août). Le combo américain, originaire de Sacrameneto, sert une pop survitaminée et joyeuse, aux rythmes irrésistibles. Du rock dansant et vibratoire.

Fin août, on pourra se diriger vers la Tour-de Peilz pour le Nox Orae festival, qui offre un somptueux plateau de rock indie, rare sous nos latitudes. Le 29 août, on pourra ainsi découvrir Deerhunter, le groupe d’Atlanta, adeptes d’un rock mélodique ente art-rock et dream-pop, dans le sillage de glorieux prédécesseurs comme Pavement. Le même jour, l’auditeur se plongera, avec délectation, dans la musique slow core de la formation du Minnesota Low, un rock atmosphérique, et dépressif. Avec ses tempos ralentis, ses accords étirés au maximum, et surtout les deux voix d’Alan Sparhawk et de Mimi Parker, le temps semble s’étirer à l’infini. Le 30, les Flaming Lips nous rendront leur copie de pop psychédélique, ubuesque et délirante.

Le 31 août suivront les Anglais de Spiritualized. Tenaillé par la figure tutélaire de l’arrangeur et fondateur des Beach boys, Brian Wilson, le leader de la formation de la ville de Rugby, Jason Pierce, a toujours tenté de concilier et conjuguer musique électronique, symphonique et chœurs soul-blues, en créant de véritables cathédrales sonores. Dans son album le plus connu, Let it come down (2001), ce maniaque du son a réuni plus de cent musiciens pour irriguer l’opus. «Dans son style spacerock, cet album est un éclair fulgurant qui transperce l’âme», estimait un critique. L’été sera chaud.Cn