Locarno, entre polémiques et innovation

Festival • Le Festival de Locarno a une nouvelle directrice artistique. (Par Gianfranco Cavalli)

Le Festival du Film de Locarno commence aujourd’hui et, comme d’habitude, les polémiques toutes tessinoises sont également à l’ordre du jour. Comme chaque année pour l’événement principal de la petite ville de Locarno, le décalage est grand entre les choix organisationnels et artistiques du Festival et l’actualité de la politique et la presse régionale. Cette année, c’est la décision de changer radicalement les lieux de rassemblement ainsi que l’augmentation des prix des boissons qui ont fait jaser. Mais des polémiques au sujet des choix souvent provocateurs de la programmation sont aussi attendues. Celles-ci permettront de mettre en lumière la distance qui existe entre un Festival International, souvent élitiste mais toujours indépendant, et une classe politique de plus en plus à droite et moralisatrice, dans le cadre de cette cohabitation qui dure depuis 72 ans.

La grande nouveauté de cette année réside dans le changement sur le plan de la direction artistique. C’est Lili Hinstin qui a pris la relève de Carlo Chatrian, nommé à son tour comme directeur artistique du Festival International du Film de Berlin. Un choix au féminin qui semble tout de suite payer, avec la proposition novatrice de créer des installations pour la vision de projections en VR (réalité virtuelle) qui touchent le thème du féminisme. Une proposition doublement actuelle, vue la contemporanéité des thèmes de l’émancipation des femmes et du changement de l’industrie cinématographique vers un monde de plus en plus interactif.

Le Festival de Locarno cherche clairement à défendre un regard avant-gardiste, mais ne perd pas pour autant son ancrage aux racines du cinéma suisse. Comme l’illustre le choix de projeter sur la Piazza Grande le film Lettre à Freddy Buache du grand réalisateur français Jean-Luc Godard. Buache, décédé le 28 mai dernier, est considéré le père intransigeant du cinéma suisse. Président de la cinémathèque suisse de Lausanne de 1951 à 1996, il a été aussi directeur artistique du Festival de Locarno entre 1967 et 1970.

Sur le plan national, les films suisses les plus intéressants programmés cette année sont certainement All Inclusive de Corina Schwingruber Ilic, dont la première a eu lieu à Venise et qui propose une critique sans concession du tourisme de masse, à travers des images filmées lors d’une croisière. Mais il y a aussi le “succès” suisse de 2018, Immer und Ewig, ainsi que deux films qui traitent de la vie et des conflits familiaux, surtout durant l’adolescence: Where we belong de Jacqueline Zünd et Wir Eltern de Eric Bergkraut.

Dans le concours international, les longs-métrages proposés proviennent comme toujours des quatre coins du monde, et constituent une liste de films souvent éclectiques et surprenants. Le jury international, présidé par la réalisatrice Catherine Breillat, aura donc la tâche difficile de décider de qui lèvera cette année au ciel le convoité Léopard d’or. Le Locarno Film Festival, programme à la main, promet donc de belles surprises, mais, comme toujours, reste dans les mains de l’imprévisible météo pour pouvoir garantir l’ambiance que seule l’immense Piazza Grande est en mesure de faire vivre aux spectateurs.