Résistance à Lisbonne

Locarno • Seul long-métrage suisse en compétition, le film de Basil Da Cunha, réalisateur et professeur à l'Haute école d'art et de design de Genève (HEAD), est réalisé entièrement dans le quartier de Reboleira, situé dans la périphérie de Lisbonne. (Par Gianfranco Cavalli)

Da Cunha a très tôt connu un certain succès, en 2007, à seulement 22 ans, grâce à son court-métrage O muro. Avec ses productions plus récentes il a été sélectionné trois fois pour participer à la quinzaine des réalisateurs à Cannes, la dernière fois avec son long-métrage Até ver a Luz.

Cette fois-ci, avec O fim do mundo, le réalisateur nous fait faire un voyage au sein de le migration cap-verdienne dans le bidonville lisboète de Reboleira, un endroit marginal qu’il connaît personnellement. Basil Da Cunha a vécu plusieurs années dans le quartier. Il définit ce lieu comme sa maison, un endroit destiné à être démoli pour laisser la place à des nouvelles et plus rentables constructions.

Sans acteurs professionnels, le film est tourné à la limite entre réalité et fiction et montre la vie d’un jeune qui, après huit ans passés dans un centre fermé, revient dans son quartier. Il retrouve ses anciens camarades, mais il se voit aussi confronté avec un quartier en train d’être transformé au nom du capitalisme, qui, depuis le centre de Lisbonne se déplace vers les périphéries.

Le jeune protagoniste doit dans ce contexte retrouver sa place, il mène une lutte contre la marginalisation et l’oppression et, en même temps, cherche les repères qui lui permettent de s’identifier, entre ses amis et une histoire d’amour.

«Je désirais faire un film de résistance, la résistance à la modernité. Rendre hommage à un endroit qui va disparaître», dit Da Cunha, un but qu’on peut dire atteint.

D’une brutalité presque poétique, le film essaie de montrer une réalité labile, un univers prêt à disparaître d’un jour à l’autre et, même s’il tombe, en partie, dans les clichés de la violence et de la pauvreté, le film reste un bon exemple des luttes éternelles entre la résistance indomptable de l’humanité et l’apathique destruction du capitalisme.