La gauche combative en course

Suisse • Le Parti suisse du Travail-POP lance sa campagne dans les cantons pour les élections fédérales du 20 octobre, en défendant un «changement radical».

Dans le canton de Vaud, le POP présente 19 candidates et candidats au Conseil national. Des listes figurent aussi dans 5 autres cantons. (POP)

Appel à un changement de fond social pour la Suisse. Programme pour défendre un maintien des services publics, l’égalité des droits et la dignité des femmes, l’environnement, une démocratie réelle, une Suisse accueillante pour tous et toutes ou de nouveaux accords avec les Etats européens, le ton est donné. A l’heure actuelle, le Parti suisse du Travail-POP ne compte qu’un élu à Berne en la personne du conseiller national neuchâtelois, Denis de la Reussille, mais il escompte gagner des sièges supplémentaires, notamment dans le canton de Vaud ou de Genève.

Pourquoi cette présence de la gauche combative est-elle indispensable dans les travées du parlement fédéral? «A Berne, il y a besoin d’une vraie force de gauche de résistance, non liée à un parti gouvernemental, déterminée à se battre frontalement pour défendre les personnes qui vivent sur leur seul (faible) revenu, qui sont aussi ceux et celles qui font les frais des réformes. Les bénéfices de l’augmentation de la productivité doivent être redistribués à l’ensemble de la population par des salaires décents, par une école et un système de santé de qualité et une véritable politique sociale et familiale», argumente l’ancienne conseillère nationale et ex-syndique de Renens, Marianne Huguenin dans les colonnes de Résistance.

«Tout en restant minoritaire au niveau suisse, une gauche politique renforcée à la gauche du PS et des verts aurait deux rôles fondamentaux à jouer au parlement: d’une part, la dénonciation des politiques économique, sociale, environnementale et étrangère menées par la majorité bourgeoise. D’autre part, la gauche radicale peut parfois déplacer les positions du PS et des Verts vers le refus de certaines mesures néolibérales», renchérit Tobia Schnebi, conseiller municipal en Ville de Genève et un des candidats PdT aux fédérales dans le canton. Pour assurer sa visibilité, le parti partira seul dans les cantons, en affichant presque partout des apparentements avec le PS et les Verts et des sous apparentements avec SolidaritéS, pour qu’aucune voix ne soit perdue.

De La Reusille en lutte

A Neuchâtel, le POP présente 4 candidats (2 hommes, 2 femmes), dont l’actuel conseiller national Denis de la Reussille au National. Le Loclois figure aussi sur une liste pour le Conseil aux Etats avec la députée neuchâteloise, Sarah Blum. A noter que ni le socialiste Didier Berberat ni le libéral Raphaël Comte ne se représentent dans cette instance. Au Conseil national, l’actuel élu socialiste Jacques-André Maire ne concourra pas non plus. «Notre programme de campagne proclame la nécessité de faire de la politique autrement, afin de protéger la nature et sauver l’humain», précise German Osorio, secrétaire cantonal POP.

«Pendant son mandat, Denis de la Reussille s’est battu pour un service public fort, en dénonçant la politique de contrats précaires des CFF ou en revendiquant un renforcement de CFF Cargo. Il s’est aussi opposé à la fermeture des bureaux postaux. Concernant la politique environnementale, Denis a demandé le maintien du taux de TVA pour les engrais et produits phytosanitaires à 7,7% et a questionné le taux de 2,5% prévu dans la nouvelle loi, afin de promouvoir vraiment une agriculture sans produit phytosanitaire de synthèse et respectueuse de la terre et de l’humain. De la Reussille a aussi proposé l’élaboration d’un projet d’acte de l’Assemblée fédérale ayant pour objectif que compenswiss (institution qui administre les fonds de compensation de l’AVS, de l’AI et du régime des APG), rende compte régulièrement de l’identité des sociétés étrangères et Etats (sovereigns) présents dans son portefeuille, afin d’assurer la transparence des placements qui reste lacunaire malgré l’importance des fonds (35 milliards). Dans le cadre de la commission des affaires étrangères, il a toujours promu une politique de paix et le maintien des subventions à l’aide au développement. Il a défendu des solutions négociées en faveur des Kurdes, des Palestiniens ou des Colombiens», explique le secrétaire cantonal. Pour ces élections, le POP sera apparenté au PS et sous-apparenté aux Verts et à solidaritéS.

«Depuis plusieurs années, l’alliance POPVertSol fonctionne bien au niveau du canton et nous sommes satisfaits que ces partis présentent chacun des listes solides, car cela renforce la gauche de la gauche», souligne encore German Osorio.

Travail et écologie

A Genève, le Parti du Travail présente 12 candidats (6 hommes, 6 femmes) au National et le président du parti, Alexandre Eniline au Conseil aux Etats, alors que le PS et les Verts partent sur un ticket, Carlo Sommaruga et Lisa Mazzone. Parmi les axes de revendications, figurent plusieurs exigences liées au travail, avec notamment la semaine de 35 heures, un salaire minimum de 4500 francs ou un âge de départ à la retraite à 60 ans. A la base des initiatives cantonales pour une assurance dentaire et une caisse publique, le parti dénonce aussi les hausses de primes maladie et milite pour une caisse maladie fédérale unique et publique, avec des primes en fonction du revenu et de la fortune. Le parti sera sous-apparenté avec les 4 listes présentées par Ensemble à Gauche-solidaritéS.

Dans le canton de Vaud, la liste pour le National comprend 19 candidats (10 hommes, 9 femmes). Pour le Conseil aux Etats, la formation présente l’ancien député et conseiller communal d’Aigle, Bernard Borel, pédiatre et Anaïs Timofte, qui s’est fait connaître en se présentant au Conseil d’Etat vaudois en 2019. A l’occasion du lancement de la campagne, à Yverdon-les-Bains, les popistes ont dévoilé un ambitieux plan climatique et agricole d’écologie populaire. «Nous voulons en finir avec les pollutions industrielles, en introduisant dans le Code pénal la notion d’écocide, soit de crime grave contre la nature et l’environnement», précise Christophe Grand, secrétaire cantonal du parti.

«Nous voulons aussi que la règle verte soit appliquée, soit ne pas dépenser plus de ressources que la nature ne peut en produire. Nous défendons aussi la gratuité des transports publics, une revendication que nous soutenons depuis 30 ans. Nous défendons aussi un autre modèle d’agriculture, lié à l’écologie, avec moins d’importation, plus de consommation locale et de souveraineté alimentaire», explique encore Christophe Grand. «Nos candidats sont vraiment représentatifs de la majorité de la population, ce qui contraste avec la composition du parlement, où dominent encore des représentants des professions libérales», relève le secrétaire cantonal.

Le Parti suisse du Travail présentera aussi des listes à Berne, dans le canton de Zurich et au Tessin. Dans la capitale économique de la Suisse, la liste, qui comprend deux candidats, sera sous apparentée à la Liste Alternative. Dans le canton latin, le POP présente 8 candidats (3 femmes, 5 hommes). Ils seront sous-apparentés aux Verts et à la Gauche alternative.