Un jugement dénué de courage

Suisse • Le 21 août, la défenseuse bâloise des réfugiés, Anni Lanz, a été condamnée en deuxième instance à une amende de 800 francs. Le juge a ainsi confirmé la peine initiale et le principe de criminalisation de la solidarité. Le commentaire de Claude Braun, du Forum civique européen, qui a assisté au procès.

Lors du procès d’Anni Lanz, le juge a refusé de reconnaître l’honorabalité de son engagement pour un réfugié afghan. (Amnesty)

En décembre 2018, l’activiste de 73 ans avait déjà été condamnée en première instance par le Tribunal de Brig à une amende de 800 francs pour incitation à l’entrée illégale en Suisse. Elle avait fait recours contre cette décision. Le 21 août, nous étions une centaine à faire de voyage depuis les quatre coins de la Suisse vers la capitale du Valais, pour montrer notre solidarité à Anni. Nous avons assisté à un triste spectacle: le juge a certe montré de la compassion pour les actes d’Anni, mais il n’a pas bougé d’un millimètre et a refusé de reconnaître l’honorabilité de son engagement. Malgré l’excellente plaidoirie de l’avocat Guido Ehrler, le juge a catégoriquement nié l’existence d’une situation d’urgence qui aurait justifié la décision d’Anni. «Vous auriez dû trouver une solution en Italie»: tel était, en substance,

l’argument censon avocat réfléchissent maintenant à recourir contre la décision devant le Tribunal fédéral. L’ancienne secrétaire générale de Solidarité sans frontières (Sosf) avait essayé, le 24 février 2018, de ramener un requérant d’asile afghan en Suisse, alors qu’il avait été renvoyé en Italie. Le jeune homme avait fait partie de l’armée afghane et s’était réfugié auprès de personnes de sa famille en Suisse, où il a appri l’assassinat de sa femme et son enfant qui étaient restés en Afghanistan. Suite à cela, son état psychique s’est gravement détérioré. Anni a rencontré Tom – c’est ainsi que l’Afghan a été appelé durant le procès – dans la prison de renvoi de Bâle. Des rapports médicaux recommandaient de ne pas renvoyer cet homme suicidaire en Italie, mais de la laisser vivre près de sa soeur et de sa famille en Suisse. Néanmoins, le Secrétariat d’État aux migrations a ordonné son expulsion en application du règlement Dublin.

En plein hiver, par des températures en-dessous de zéro, Tom s’est retrouvé à Milan sans bagage, habits chauds, papiers ni médicaments. Quand Anni l’a appri, elle a décidé d’aller le trouver. Elle s’est rendue à la gare de Domodossola, où Tom se trouvait, frigorifié et dans un état lamentable. Après avoir cherché sans succès des solutions sur place, Anni s’est décidé à le ramener en Suisse. Au passage de la frontière à Gondo, ils ont cependant été arrêtés et Tom, comme il n’avait pas de papiers valables ni de visa, a été renvoyé à nouveau en Italie. Depuis, Anni n’a plus de nouvelles de lui.

Ce jugement dénué de courage démontre l’importance de l’initiative parlementaire de la Conseillère nationale verte Lisa Mazzone, qui demande de renoncer à la condamnation pour aide à l’entrée illégale si les motifs derrière cet acte sont honorables et non pas financiers. Solidarité sans frontières a lancé une pétition pour soutenir cette initiative.

A la fin de son procès, Anni Lanz a déclaré que ça ne devrait pas être à elle mais aux autorités migratoires de se justifier: «Elles renvoient, puis se soustraient à toute forme de responsabilité».

Signez la pétition: article116.mystrikingly.com