L’urgence climatique à Alternatiba

Genève • La 5e édition du festival des alternatives, Alternatiba, a débuté lundi et se conclura samedi aux parc des Bastions. Au menu, les scénarios climatiques et les objectif à tenir.

Aternatiba dresse un état des lieux, priorités et mesures à concrétiser face aux défis posés par les changements climatique.(Lemarin productions)

Né en 2010 à Bayonne, Alternatiba (alternative en basque) à depuis essaimé jusqu’à la cité de Calvin. La cinquième édition genevoise de ce village alternatif a commencé cette semaine avec la déclaration de l’ «urgence climatique» pour mot d’ordre. Lundi soir, la conférence d’ouverture a fait salle comble avec plus d’une centaine de personnes présentes.

Valentine Python, climatologue et géographe, ouvre l’événement par un constat connu de toutes et tous. La planète est malade. La température moyenne à la surface du globe ne cesse d’augmenter. En effet, «les trois dernières décennies ont été successivement les plus chaudes à la surface de la terre qu’aucune autre décennie passée depuis 1850». Pour la chercheuse (comme pour le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la responsabilité en revient aux émanations, de dioxyde de carbone, principal gaz à effets de serre, qui nous ont amenés à des taux de concentration dans l’atmosphère supérieurs aux «variations naturelles des 650’000 dernières années» et comparables à ceux d’il y a plusieurs millions d’années. A ce stade, si nous voulons limiter cette élévation de la température au seuil des 1.5 °C d’ici la fin du siècle et ainsi éviter un emballement du climat nous ne devons pas agir vite. Mais dès maintenant.

Le temps des constats

Isabelle Bey, cheffe du centre régional ouest de l’Office fédéral de météorologie et de climatologie, poursuit avec les réalités que nous aurons à connaître, si rien ne change. D’ici 2060, nous pourrions vivre une augmentation des événement de précipitations extrêmes de l’ordre de 10 à 20%, et leurs dommages potentiels. Les étés deviendraient ainsi plus secs et chauds accompagnés d’un nombre croissant de périodes caniculaires. Le nombre de «journées tropicales» caractérisées par des températures égale ou supérieure à 30 C° augmentera en particulier dans le sud de la Suisse, le Valais et Genève.

A l’horizon 2060, ces vagues de chaleur passeront d’une quinzaine de journées à plus d’une trentaine. Les hivers, eux, seront également plus doux avec un enneigement moindre. Il y aura certes davantage de précipitations, mais sous forme de pluie. L’isotherme du zéro, l’altitude minimale à laquelle la température atteint la valeur de 0 C°, devrait augmenter  entre 400 et 650m, passant de 850 à 1500 mètres au dessus du niveau de la mer.

Guillaume Rohat, doctorant en Sciences de l’environnement, veut, dans une «perspective éducationnelle», rendre prégnantes ces données. Pour ce faire, il développe le concept de «jumeaux climatiques» qui caractérise le fait que «le climat futur d’une certaine ville […] sera l’équivalent du climat actuel d’une autre». Selon, ce dernier, dans le meilleur des cas, le climat genevois deviendrai d’ici la fin du siècle celui que connaît actuellement la région de Rome. Et dans le pire, celui des Pouilles.

Si nous voulons éviter ces conséquences néfastes, des remèdes sont nécessaires pour Jean-Pascal Gillig, secrétaire régional et responsable de la section Genève du WWF, «nous n’avons plus le temps de procrastiner!». L’ONG à réalisé un rapport détaillant ce qu’il nous faudrait faire pour passer de notre consommation actuelle, 3580 watts par an et par personne, à une «société à 2000 watts» d’ici 2050.

La cure à suivre est stricte. Ainsi la consommation en énergie primaire doit être divisée par 2 et la consommation d’énergies fossiles par 6. Enjeux principaux de cet effort, le chauffage des bâtiments, qui d’après le rapport constitue 44% de l’énergie finale consommée (en gaz et mazout). Mais
aussi le kérosène, lié à l’activité aéroportuaire, qui en représente 13%, soit quasiment autant que la «mobilité terrestre» (16%). Guillaume Rohat se veut toutefois rassurant, à l’exception de l’aviation, «il y a une bonne évolution ces 15 dernières années». Il ajoute qu’aujourd’hui il est possible de passer à «un mode de vie compatible avec la société à 2000 watts sans restriction de confort». Et de conclure que «l’Etat doit montrer la voie à suivre de façon radicale!».

La climatologue Valentine Python, indique que la Suisse a diminué son «empreinte en gaz à effets de serre» au cours des 20 dernières années, mais seulement sur son territoire, celle-ci ayant par ailleurs augmenté à l’étranger. C’est l’importation de denrées alimentaires qui en est la principale responsable avec «près des deux tiers» des émissions de CO2 dues à la fabrication de ces produits qui sont relâchées hors de nos frontières. Pour la scientifique, «il est important de maintenir nos engagements en Suisse comme ailleurs».

Aux origines du mal

Une fois les interventions terminées, la mal dont souffre la planète est identifié, les symptômes anticipés et les remèdes sur la table. Les questions du public vont donc naturellement porter sur l’étiologie du réchauffement climatique. Les mises en cause ne tardent pas, «croissance» et «multinationales» sont pointées du doigt.

Valentina Python souligne que «le rôle de la place financière est considérable». Mais pour le président du Conseil d’Etat, Antonio Hodgers, il faut une solution globale via les instances internationales que sont l’ONU et l’OMC. Pour l’élu Vert, face à d’éventuelles contraintes, les multinationales pourraient s’évader là où les politiques leur seraient plus favorable comme à Singapour.

Quant à la décroissance, il prévient: «On doit préserver la solidarité et l’environnement». Si la croissance économique devait diminuer «on diminuerait la voilure de Genève» et il faudrait alors faire «des choix radicaux en termes de prestations sociales», car «on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre». Dans la salle, certains se sont alors demandé s’il ne fallait pas se rapproprier la crèmerie.

Après une semaine de conférences, ateliers et projections, Alternatiba s’achève, ce samedi, par son village, au parc des Bastions. Plus de 150 organisation y seront présentes pour rappeler que «les solutions locales existent». Différentes perspectives alternatives vous seront proposées telles que l’agriculture de proximité, la consommation responsable, l’économie social et solidaire ou encore les médias alternatifs