«Les gens n’en peuvent plus du système santé»

Elections fédérales • Pour les fédérales du 20 octobre, le POP vaudois présente 19 candidat-e-s au Conseil national. Pour les Etats, il lance dans la course Anaïs Timofte, secrétaire syndicale à Unia, qui s’est faite connaître à l’occasion de l’élection partielle au Conseil d’Etat vaudois.Et Bernard Borel, pédiatre, ancien député et conseiller communal à Aigle. Interviews.

Justice sociale, assurance maladie accessible, défense des retraites et agriculture de proximité. Certains atouts de la paire Timofte-Borel. (POP)

Quels sont les objectifs du POP pour le scrutin du 20 octobre?

Anaïs Timofte Nous voulons obtenir au moins un siège, voire deux, au Conseil national pour la gauche combative, sachant que le canton de Vaud a obtenu un 19e siège supplémentaire, au prorata de l’augmentation de la population dans le canton. C’est un but réalisable et réaliste. Il est l’heure de faire avancer des dossiers qui n’ont pas évolué depuis des années et qui touchent de près la population comme l’augmentation incessante des primes–maladie ou la péjoration des rentes AVS.

Quelles seraient vos propositions pour améliorer la démocratie en Suisse?

Il faut renforcer la transparence du système, notamment dans le financement des partis. Ceux-ci devraient publier leurs comptes chaque année. Les dons privés aux formations politiques devraient être limités. L’accès aux médias de petites formations, qui ont un autre discours que les formations installées, doit aussi faire l’objet de règles, afin de permettre à chaque parti d’avoir une visibilité. Les médias publics ou privés ont un rôle important dans la transmission de l’information ou la formation de l’opinion. Il est donc important qu’ils fassent aussi entendre un autre son de cloche.

Le POP part seul cette année, même s’il est sous-apparenté à solidaritéS. Qu’est-ce que vous distingue de cette formation?

Rappelons que nous partons seuls, mais que nous sommes apparentés au PS et aux Verts et sous-apparentés à solidaritéS, avec l’objectif de renforcer les voix de la gauche au parlement. Avec SolidaritéS, il existe des divergences programmatiques, par exemple sur l’accord-cadre entre la Suisse et l’UE, Pour nous, cet accord va péjorer la condition des travailleuses et travailleurs et en Suisse et représente un vrai déni de la démocratie, du fait de la reprise automatique du droit européen pour la Suisse. Notre ADN depuis 70 ans et la raison pour laquelle nous ne nous sommes pas fondus dans d’autres partis a toujours été marqué par notre volonté d’oeuvrer dans l’intérêt des travailleuses et travailleurs. Malgré ces divergences idéologiques avec nos partenaires d’Ensemble à Gauche, nous avons décidé de ne pas nous attaquer et de faire preuve de respect mutuel. Chaque parti doit s’y tenir.

Quels sont les dossiers que vous entendez privilégier dans cette campagne?

Le dossier de la santé est primordial. Le système actuel avec une absurde concurrence entre caisses privées ne fonctionne pas, Celle-ci induit un gonflement des primes, un système de réserve opaque, mais aussi des coûts, du fait du changement de caisse des assurés chaque année. De plus, le système libéral existant peut conduire qu’à une privatisation croissante des soins. Pour nous, la mise en place d’une caisse publique unique, avec des primes proportionnelles au revenu et à la fortune, sur la base d’un système mutualiste est inéluctable. Cette modification peut se faire par une initiative parlementaire ou une initiative fédérale, en concertation avec les autres forces de la gauche. Du fait que les assurés n’en peuvent plus, il est évident que le système va changer.

Le Parti socialiste a lancé une initiative fédérale pour plafonner les primes maladie à 10% du revenu d’un ménage. Qu’en pensez-vous?

Je ne suis pas fondamentalement opposée à cette initiative, du fait que de nombreuses familles sont concernées par le fardeau de cette augmentation des primes. Elle va dans le bon sens, mais elle vise le court terme. Elle va induire un relèvement temporaire des subsides pour les assurés. Il est donc important de trouver des solutions sur le long terme pour mettre en place un vrai système de santé solidaire et efficace.

Le Conseil fédéral vient de transmettre son projet de réforme d’AVS 21, qui prévoit un relèvement de l’âge de la retraite des femmes, des retraites flexibles entre 62 et 70 ans et une hausse de la TVA. Quelle est votre position sur ce paquet?

Nous ne voulons pas que l’on touche au niveau des rentes ou que les retraités soient contraints de recourir aux Prestations complémentaires (PC) pour vivre. Nous nous opposons aussi à un relèvement de l’âge de la retraite des femmes. Celles-ci ont des salaires moins élevés durant leurs années de travail et sont péjorées à la retraite. La hausse de l’âge de la retraite des femmes va aussi induire graduellement une hausse générale pour tous du départ à la retraite. Alors que l’Union syndicale suisse (USS) et l’Usam viennent de se mettre d’accord pour baisser le taux de conversion à 6% des rentes LPP, en contrepartie d’une amélioration minimale du système des retraites pour les salariés à faible revenu, nous défendons le projet d’une fusion du deuxième pilier dans l’AVS. C’est le meilleur moyen de lutter contre la baisse des rentes du deuxième pilier.

Vous refusez l’accord-cadre avec l’UE. Quelles sont vos propositions sur ce thème et celui de relations internationales de la Suisse, qui ne cesse de signer des accords de libre-échange avec le monde?

La Suisse est empêtrée dans ses relations avec l’Union européenne. Les enjeux de l’accord-cadre, qui est défavorable aux travailleuses et travailleurs comme à la souveraineté suisse, sont largement occultés dans cette campagne pour les fédérales. Pour nous, cet accord doit être refusé et nous ne transigerons pas sur la protection de salaires en Suisse. Nous nous opposons aussi aux accords de libre-échange, comme celui que la Suisse veut signer avec les pays du Mercosur ou avec les Etats-Unis. Nous sommes l’un des rares partis mettant en garde la population contre les dangers sociaux et environnementaux de ces accords, alors que la droite économique ou l’UDC les plébiscitent.

«Des aliments sains et de qualité pour tous»

Le POP a sorti pour les élections fédérales un programme d’écologie populaire. Quelles sont vos propositions principales?

Bernard Borel Il est important de conduire une transition de la production agricole vers l’aga-écologie, visant la souveraineté alimentaire. Nous voulons que les pouvoir publics favorisent massivement cette conversion vers la localisation des produits, des circuits courts de production et des produits de qualité pour tous. Du fait de sa dette publique très faible, qui est de 30% du PIB pour la Confédération, les cantons et les communes, soit la dette la plus faible de l’OCDE, la Suisse peut aisément conduire, de façon volontariste, cette transition écologique, sans augmenter la taxation des personnes.

L’agriculture de proximité se situe à l’opposé de la politique de concurrence prônée par les accords de libre-échange que signe le gouvernement suisse avec la Malaisie, l’Indonésie ou le Brésil. Ils renforcent l’importation d’une production socialement et écologiquement intenable. Elle est aussi la seule à favoriser la biodiversité, si malmenée actuellement en Suisse, où l’on constate une disparition inquiétante des nombreuses espèces d’oiseaux et des abeilles. Elle est aussi profitable pour la santé des citoyens de plus en plus soumis à la malbouffe des aliments transformés et industriels. Nous devons sortir d’un système de concurrence agricole aberrant, qui conduit à importer de la nourriture, imprégnée de pesticides et d’insecticides à travers des milliers de tonnages navals et de tankers polluants. Et ne pas hésiter à taxer les grands producteurs.

Pour le Sud aussi, le modèle agro-écologique est le mieux à même pour nourrir les populations et à enrayer la monoculture nocive de l’agro-business.

Ce modèle d’agriculture de proximité est-il réaliste dans une Suisse toujours plus urbanisée?

On ne peut pas continuer avec la disparition quotidienne de trois fermes familiales au profit de producteurs sur grandes surfaces, grands utilisateurs d’intrants chimiques. Il faut revaloriser le travail paysan et renforcer les liens entre producteurs et consommateurs, à travers l’agriculture contractuelle notamment. L’Etat lui-même pourrait être partie prenante de ces achats agricoles sur le modèle mis en pratique dans le service public. Il faut aussi faire pression sur la grande distribution pour qu’elle favorise la promotion et la vente de produits agricoles sains, de saison et de proximité.

Dans le sillage de l’activiste suédoise Greta Thunberg, la jeunesse suisse descendra une nouvelle fois dans la rue le 28 septembre pour avertir de l’urgence climatique et réclamer des mesures tangibles pour réduire les émissions de gaz à effets de serre. Quelles sont vos propositions sur ce thème?

En préambule, je dirais que face à un modèle économique visant à faciliter la thésaurisation des multinationales et qui renforce les inégalités depuis trente ans, il faut un vrai changement de cap écologique. Plus concrètement, la lutte pour la protection du climat doit passer par des investissements massifs dans les énergies renouvelables, mais aussi des programmes ambitieux d’amélioration de l’enveloppe des bâtiments.

Nous défendons aussi une politique de transports publics gratuits, sachant que le 30% des gaz à effets de serre provient des transports privés. Nous voulons aussi un désinvestissement des fonds publics (notamment des caisses de pension) des énergies fossiles, le maintien en mains publiques des ressources nécessaires à la vie, pour garantir leur utilisation et exploitation écologique (eau, électricité, chauffage, etc.), une réduction drastique des pesticides ou l’interdiction immédiate du glyphosate.