Une présidentielle sur fond de banqueroute

Argentine • Les mesures économiques du président néolibéral Mauricio Macri n’endiguent pas l’inflation et encore moins le mécontentement d’une partie de la population. (Par Cathy Dos Santos, Paru dans L’Humanité)

La mobilisation contre la politique néolibérale de l’actuel président Mauricio Macri ne faiblit pas. (Clara Sosa)

«Je n’arrive plus à payer le loyer (…). Aujourd’hui le commerce du voisin a fermé (…). Tant qu’il y aura de la faim dans le pays, ça sera ça, l’urgence. (…) C’est pour cela qu’en octobre, tu sais ce qu’il faut faire. Macri a fait son temps.» La chanson Si tu veux, de Sudor Marika, a de nouveau résonné la semaine dernière dans le centre de Buenos Aires, point d’orgue d’une semaine de mobilisations contre les politiques de rigueur du président millionnaire, Mauricio Macri, candidat à sa réélection le 27 octobre. Le 4 septembre déjà, les enseignants et les mouvements piqueteros, très actifs durant la terrible déflagration économique qui a ravagé l’Argentine en 2001, ont campé sur l’emblématique avenue du 9-Juillet de la capitale, face au ministère du Développement social.

Le 1er septembre, l’exécutif néolibéral a imposé un contrôle des taux de change censé enrayer la chute du peso face au dollar. La mesure a certes freiné celle du cours de la monnaie nationale – du moins pour le moment-, après avoir sévèrement dévissé à la suite des élections primaires du 11 août désignant les candidats à la présidentielle. Un scrutin que Macri a sèchement perdu, son principal concurrent de gauche, Alberto Fernandez, l’ayant devancé de plus de 15 points.

La décision du gouvernement n’a en revanche pas eu d’effet sur l’inflation galopante et la hausse des prix de 50% due à cette dernière année. Elle n’a pas apaisé non plus les angoisses d’une population encore hantée par la banqueroute économique des années 2000 et le funeste corralito, lorsque les comptes bancaires des particuliers ont été gelés. On a ainsi vu réapparaître de longues files d’attente devant les établissements financiers, les Argentins se pressant pour retirer leurs économies de crainte qu’elles ne soient saisies. «Si le dollar augmente ou non, c’est une actualité nationale, mais si les mômes ne mangent pas, ce n’est pas grave. Les cantines scolaires et les ONG n’ont plus de lait», a dénoncé Juan Grabois, responsable du Courant des travailleurs de l’économie populaire (Ctep), l’urgence alimentaire, la pauvreté et le chômage étant désormais les mots d’ordre de ralliement du mécontentement.

Le système de sécurité sociale violemment visé

Alors que la campagne électorale a officiellement démarré le 7 septembre, l’exécutif sortant cherche par tous les moyens à renvoyer la responsabilité de la crise économique sur les politiques sociales, les coopératives, ainsi que les réseaux de distribution des aides mis en place par l’équipe précédente de centre gauche, dirigée alors par Cristina Kirchner. «Maintenir le système argentin de sécurité sociale est une des causes de l’endettement public. 65% du budget de l’État partent dans des plans, des piqueteros, des coopératives de la pauvreté, et des multinationales du carton. Cette part vitale du budget qui aurait pu être transférée aux petites et moyennes entreprises, aux crédits pour la production et à la création d’emplois a été donnée à des gens qui ne travaillent pas», a osé déclarer le sénateur Miguel Angel Pichetto. Hier encore péroniste, l’élu figure désormais sur le ticket présidentiel aux côtés de Mauricio Macri. A ses yeux, les réformes inclusives du kirchnérisme ou encore les revendications des puissants mouvements sociaux et syndicaux seraient responsables de la mise sous tutelle du pays. Une manière pour l’exécutif de se dédouaner du bilan de ses réformes, un an après que le président a eu recours au FMI, en souscrivant un prêt de 57 milliards de dollars conditionnés à des politiques d’austérité de plus en plus impopulaires.