Et les gagnants de l’EuroMillions sont…

UE • L’Allemande Ursula von der Leyen, première femme à diriger la Commission européenne, a dévoilé le 10 septembre les portefeuilles des 12 femmes et 14 hommes qui composeront son équipe dès le 1er novembre. Galerie de portraits. (Par Jonathan Lefèvre Paru dans Solidaire)

Sous la houlette d’une directrice belliciste, une équipe très marquée à droite et aux compétences pour le moins controversées. (European Union 2019 - Source: EP)

Du Kazakhgate (trafic d’influence orchestré à partir de la France en vue de faire adopter par le Parlement belge en 2011 une loi d’amnistie destinée à blanchir trois milliardaires kazakhs en délicatesse avec la justice belge), à la loi sur la transaction pénale, pointé par l’ONU pour la gestion des fonds libyens, le nom de Didier Reynders du parti libéral Mouvement réformateur (MR) figure dans les grands scandales de la politique belge de ces dernières années. Mais si son nom a fait la Une, c’est parce que la nouvelle fonction de l’ancien ministre des Affaires étrangères et de la Défense est devenue connue: il va devenir commissaire européen à la Justice.

Charles Michel, membre du même parti et Premier ministre, a lui aussi reçu sa «récompense» européenne. Après avoir détricoté les services publics belges, attaqué les régimes de retraite et géré avec des séparatistes, l’homme politique libéral est récompensé par le poste de présidence du Conseil européen. Michel et Reynders ne sont pas les seuls à avoir reçu une promotion très rémunératrice…

Ursula von der Leyen, ministre de la Guerre

L’ancienne ministre de la Défense allemande est née en Belgique. Normal vu que son père a occupé de hauts postes à la CEE (Communauté économique européenne, ancêtre de l’Union). Ursula von der Leyen est la candidate proposée (imposée?) par le couple Macron-Merkel. Elle réussit à faire l’unanimité entre une partie du groupe social-démocrate et… l’extrême droite. Le président hongrois Viktor Orban était d’ailleurs fier de cette arrivée à laquelle il a activement contribué.

Sa vision de la «Défense» allemande? L’ingérence. Elle n’a eu de cesse de promouvoir les interventions extérieures lors de son passage au ministère. Lors de son discours devant le Parlement européen, elle a regretté le manque d’argent public pour réussir la transition écologique. Avant de demander… plus d’argent pour la guerre et l’Otan… Bref, sa vision très offensive de la Défense risque de renforcer plus encore l’évolution guerrière d’une Europe qui se dote de drones de combat et met sur pied une armée européenne.

Et ce n’est pas sa gestion de l’argent public qui va réjouir les travailleurs du continent. Elle est sous le coup d’une commission d’enquête parlementaire dans son pays pour avoir eu (un peu trop) recours à des consultants privés pour plus de 200 millions d’euros lorsqu’elle était ministre de la Défense…

Christine Lagarde, business Europe

Cette ancienne femme d’affaires (elle a passé plus de 25 ans dans le cabinet d’avocats d’affaires américain Baker & McKenzie dont elle prendra la direction) a débuté en politique en étant nommée ministre déléguée au Commerce extérieur en 2005 sous la présidence de Jacques Chirac (UMP, droite). Nicolas Sarkozy la conserve une fois arrivé au pouvoir. Après un passage à l’Agriculture, elle prend la tête du ministère de l’Économie. Un sujet qu’elle maîtrise bien. Comme le prouve cette analyse qu’elle faisait en décembre 2007, en pleine crise des «subprimes»: «Il est largement excessif de conclure que nous sommes à la veille d’une grande crise économique»…

C’est sans doute ce don de voyance qui convainc le Fonds monétaire international (FMI) de la nommer directrice générale en 2011. Cette fonction va lui permettre d’appliquer l’austérité à un niveau supérieur et surtout de faire souffrir le peuple grec.

Alors qu’elle est déjà au FMI, une affaire datant de son passage au ministère de l’Économie refait surface. L’État français avait déboursé 403 millions d’euros à (l’homme d’affaires maffieux) Bernard Tapie dans le cadre de l’arbitrage d’une affaire d’escroquerie, de faillite frauduleuse et de détournement d’argent public. Christine Lagarde, soupçonnée de «complicité de faux» et «complicité de détournement de biens publics» s’en sortira finalement en étant déclarée coupable de «négligence»…

L’ex-femme d’affaires est maintenant à la tête de la Banque centrale européenne (BCE). Un organisme qui, avec le… FMI et la Commission européenne, forme la Troïka, qui a fait exploser la pauvreté du peuple grec, a cassé les services publics, s’est attaqué au patrimoine, a mis à la rue des milliers de pensionnés, etc.

Josep Borrell, délinquant en col blanc

Le nouveau chef de la diplomatie européenne, le social-démocrate espagnol Josep Borrell, est loin d’être un nouveau-venu en politique. Il a déjà occupé le poste de Président du Parlement européen, et est passé du ministère des Affaires étrangères espagnoles au poste de «Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité» (un intitulé plus compliqué que «ministre européen des Affaires étrangères»).

Elu député pour la première fois en 1986, il n’a plus quitté les cénacles politiques depuis, que ce soit à l’échelle locale, nationale ou européenne. A l’exception d’un petit détour par le Conseil d’administration d’un groupe énergétique, Abengoa. Le temps de se faire condamner pour délit d’initié (il avait vendu des actions de la société un peu avant qu’elle ne dépose le bilan…) l’année dernière. Après avoir réglé l’amende de 30’000 euros, le voici donc de retour dans les hautes sphères institutionnelles européennes.

Celui qui s’était déplacé en France pour convaincre les membres du PS français de voter pour le Traité constitutionnel européen (qui, malgré ce soutien des socialistes, a été refusé par le peuple français avant d’être imposé par le gouvernement deux ans plus tard…), s’est fait connaître en 2012 pour des propos que n’aurait pas reniés Donald Trump. Lors d’une conférence à l’université de Madrid, il a évoqué l’indépendance des États-Unis en ces termes: « Tout ce que les Américains avaient à faire était de tuer quatre Indiens mais à part ça, c’était vraiment facile»… Ou comment nier un génocide en une phrase. La diplomatie européenne a de beaux jours devant elle.

David Sassoli, casseur du rail

Ancien journaliste, le social-démocrate David Sassoli est, comme Christine Lagarde, venu assez tardivement en politique. Élu en 2009 au Parlement européen, il a été choisi par une majorité de ses collègues pour présider celui-ci jusqu’en 2022. L’ancien présentateur du JT de la RAI (chaîne publique italienne) a obtenu ce poste après avoir assuré la vice-présidence lors de la mandature précédente.

Présenté comme un «facilitateur» par ses pairs, il peut compter sur le soutien du PPE, groupe des conservateurs européens. Preuve que ce membre du Parti démocrate (PD, centre gauche) séduit aussi la droite. Et pour cause. Il se présente lui-même comme le père de «la plus importante réforme ferroviaire de l’Union européenne – la loi européenne Sassoli-Dijksma – qui a été adoptée en 2017 après trois années de négociations compliquées». Cette réforme est en effet importante. Sassoli était le «rapporteur» du «4ème paquet ferroviaire» de l’Union européenne. En tant que «rapporteur», son job était de faire la médiation entre les différentes instances européennes (Parlement, Commission, etc.), en proposant des amendements afin de faire voter la réforme qui grave dans le marbre la libéralisation du rail.

Si, avant ce paquet, le transport ferroviaire était du ressort du secteur public, et que des aménagements pouvaient être envisagés pour la participation du privé, après le vote la logique est inversée : le rail est maintenant dans les mains du privé et les États doivent se battre pour garder une main dessus. C’est de cela que se vante le «beau gosse de la gauche», comme il est surnommé par la presse italienne. «Beau gosse» peut-être, «de la gauche» sûrement pas.