Toujours plus de pauvreté en souffrance

Suisse • Le dernier Rapport social de l’OFS fait état d’une augmentation de la pauvreté entre 2013 et 2017. Celle-ci touche particulièrement certaines couches de la population, y compris des personnes en emploi.

En Suisse, près de 165’000 personnes actives vivent au-dessous du seuil fatidique de pauvreté selon un Rapport de l’Office fédéral de la statistique. (Caritas)

L’été dernier paraissait le troisième Rapport social de l’Office Fédéral de la Statistique (OFS). Cette publication est née d’un dépôt de postulat du conseiller national Stéphane Rossini (PS) en 2001. Il visait à «disposer d’une statistique sociale de qualité, […] permettant de fonder les décisions sur une connaissance rigoureuse du champ social» à chaque législature. En voici les principaux constats.

La pauvreté ne cesse de gagner du terrain

La part de population vivant sous le «seuil de pauvreté» est passée de moins de 6%, en 2013 à 8,2% pour 2017. Ce dernier pourcentage représente 675’000 personnes, soit 190’000 de plus en 4 ans. Ce «seuil de pauvreté», selon les normes de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS), équivaut en moyenne à 2247 francs par mois pour une personne seule et 3981 francs pour deux adultes avec deux enfants. Le nombre de nos concitoyen-e-s en risque de pauvreté, c’est-à-dire dont les revenus sont inférieurs à 60% du revenu médian (6502 francs en 2016), a également bondi sur la même période de près de 210’000.

Des catégories de la population sont plus touchées par la pauvreté pécuniaire. Ainsi les «personnes vivant dans des ménages ne comptant pas d’actif occupé» (19,6%), au sein de ménages monoparentaux avec enfant(s) mineur(s) (15,5%) ainsi que sans formation post-obligatoire (12,9%).

Selon le même rapport, on retrouve un taux élevé de pauvreté chez les plus de 64 ans (15,2%). Cela tout particulièrement chez les personnes vivant seules, dont un quart serait concerné. L’Office nuance toutefois en affirmant que cette partie de la population «dispose [..] plus souvent que les autres d’une fortune dans laquelle puiser pour régler ses dépenses courantes». Enfin, une inégalité existe entre les ressortissants étrangers et la population suisse, avec près de 11% contre 7,2% soumis au seuil de pauvreté.

Travailleurs mais pauvres singulièrement dans l’hôtellerie et la restauration

Le rapport souligne encore que même si «l’intégration sur le marché de l’emploi» protège efficacement de la pauvreté, près de 165’000 actifs vivent sous le seuil fatidique. Parmi eux, on trouve les personnes n’ayant pas travaillé toute l’année, les indépendants, les bénéficiaires de contrats à durée déterminée, les employés à temps partiel, ou encore ceux travaillant dans de petites entreprises.

C’est la branche de l’hôtellerie et de la restauration qui affiche le plus haut taux de pauvreté parmi ses actifs. Ceci avec plus d’un travailleur sur dix. Et l’OFS de relever que c’est aussi dans ce secteur que l’on trouve de nombreux postes à bas salaires (inférieurs à 4335 francs pour un temps plein).

Ces personnes sont d’autant plus touchées qu’elles vivent seules, dans un ménage monoparental, n’ont pas suivi de formation post-obligatoire, ou n’ont pas le passeport suisse. Le rapport conclu que plus de 300’000 personnes connaissaient la pauvreté en 2017, alors qu’elles vivaient dans un ménage où l’on comptait au moins un actif occupé. Parmi celles-ci, 71’000 étaient des enfants.

Des logements inadéquats

Un autre problème social, non monétaire cette fois, soulevé par le rapport, concerne la qualité du logement. Ici à nouveau, la situation familiale du foyer, l’origine, la faiblesse des revenus et le statut de chômeurs sont des facteurs aggravants.

Ainsi en 2017, la part des gens majeurs vivant dans un «logement surpeuplé» (1) s’élève à plus de 6%. Parmi les familles monoparentales, les étrangers et les bas revenus, environ une personne sur six vit en «surpeuplement». Les personnes au chômage connaissent également un taux supérieur à la population générale avec un individu sur dix vivant dans de telles conditions.

Un autre problème en matière de logement concerne l’humidité. Ainsi, en 2017, 11,4% de la population déclarait vivre dans un logement trop humide (défauts d’étanchéité du toit, moisissures sur les murs, etc.). En la matière, un chômeur sur cinq et une famille monoparentale sur six sont concernés. Les statisticiens fédéraux précisent que cette situation «affecte d’autant plus le bien-être de ces personnes qu’un logement humide n’est pas seulement source d’odeurs pénétrantes, mais aussi de risques pour la santé».

Exclusion sociale et solitude

Le rapport rappelle que «les relations sociales sont essentielles pour le bien-être de l’individu». Il relève que 6% de la population de 16 ans et plus déclare n’avoir «pas pu retrouver, une fois par mois, au moins des amis, des proches ou des membres de leur famille». A ce propos, la moitié invoque des motifs économiques. Ici comme ailleurs, on retrouve des valeurs plus importantes parmi les plus bas revenus (15%), les chômeurs (14%) et les personnes ayant uniquement suivi la scolarité obligatoire (11,9%).

Cette exclusion sociale se traduit enfin par un sentiment de solitude pointé par près de 5% de la population. Ce dernier est particulièrement important chez les chômeurs (14%) et les familles monoparentales (plus de 8%), qui déclarent se sentir «assez souvent ou très souvent seuls».

 

1 Selon la définition d’EUROSTAT: une personne est considérée comme vivant dans un logement surpeuplé si son logement ne compte pas au minimum les pièces suivantes: une pièce commune, une pièce pour chaque couple vivant dans le ménage, une pièce pour chaque célibataire de 18 ans ou plus, une pièce pour deux personnes célibataires de 12 à 17 ans et de même sexe, une pièce pour chaque personne célibataire de 12 à 17 ans n’entrant pas dans la catégorie précédente, une pièce pour deux enfants de moins de 12 ans