«Climat: nous manquons de temps»

Suisse • Ce samedi 28 septembre à Berne se tiendra la manifestation nationale pour le climat. Pour défendre une politique climatique cohérente, la sortie des énergies fossiles et la justice climatique.

Pour le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le constat est clair, il nous faut limiter l’augmentation de la température moyenne à la surface du globe sous le seuil des 1,5 C°. Pour ce faire il nous faudrait réduire les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) de près de 45% d’ici une décennie. Si nous ne faisons rien, ce seuil fatidique devrait être atteint aux horizons de 2040.

Devant cette «urgence climatique» et face à ce qu’ils jugent comme une inaction des politiques au pouvoir, de nombreux groupes s’organisent à travers le monde et appellent à manifester. L’Alliance climatique suisse en fait partie et organise une manifestation, ce samedi à Berne, sous le slogan «Climat de changement».

Cette dernière clôturera la Global Week For Future (Semaine globale pour le futur), qui a débuté le 20 septembre et au cours de laquelle de nombreuses actions, principalement des grèves, se sont déroulées.

Des revendications ambitieuses

L’Alliance climatique, fondée en 2004, regroupe plus de 80 associations et partenaires actifs dans de nombreux domaines tels que l’environnement, le développement, la protection des consommateurs ou encore des églises et des syndicats. Elle défend «une politique climatique ambitieuse, équitable et durable pour la Suisse, qui s’appuie sur des résultats scientifiques et s’engage à mettre en œuvre au moins les objectifs des accords internationaux sur le climat».

A trois semaines des élections fédérales, elle souhaite mobiliser pour envoyer «un signal coloré, diversifié et fort en tant que large mouvement», composé de «ruraux, urbains, travailleurs, étudiants et retraités». Selon elle, «bien que l’Accord de Paris sur la protection du climat puisse encore être mis en œuvre» et le réchauffement limité entre 1,5 et 2 °C, «une politique climatique juste et cohérente» est nécessaire.

L’Alliance revendique la sortie du charbon, du pétrole et du gaz dans la production d’énergie. Elle appelle également à un désinvestissement de la place financière suisse en matière d’énergies fossiles. Cette dernière revendication peut effectivement être qualifiée d’ambitieuse, puisque plus du tiers du négoce mondial de pétrole brut se fait au pays des Helvètes (voir rapport des DFAE, DFF, DEFR, 2013).

Enfin, elle appelle à une «justice climatique», afin de garantir «une vie digne pour toutes et tous dans le monde entier». En effet, bien que la Suisse, au cours des vingt dernières années, ait réduit son empreinte climatique sur son sol, elle l’a parallèlement augmenté sur des terres lointaines via ses importations.

Une jeunesse combative

Les mouvements pour le climat des dernières années ont particulièrement été portés par des jeunes, qui ne croient plus «au miroir aux alouettes d’un capitalisme vert», manifestant par dizaines de milliers en février dernier. A quelques jours de la manifestation, Ariel, Karl et Louise (prénoms fictifs), membres des jeunes POP Genève, remettent le couvert et préparent leur banderole. On peut commencer à y lire «Ne recyclons pas ce système, abattons le capitalisme». Pinceau à la main, Ariel nous explique leur choix, «il est nécessaire d’apporter une critique anticapitaliste au sein du mouvement écologiste». Pour lui, ce dernier ne doit pas servir «de vernis politique à des partis bourgeois». « Il ne faut pas que le combat pour l’environnement vire à «une écologie de classe» avec des taxes touchant uniformément la population dans son ensemble », poursuit Karl. «Les variables pollution et statut social sont corrélées, à savoir que plus on est haut dans l’échelle sociale, plus on pollue», indique-t-il.

Pour ces militants, c’est donc tout le modèle économique et de production qui doit être changé. «Il faut éviter à tout prix le gaspillage d’énergie et ce ne sont pas des vélos et des voitures électriques qui sauveront le climat», souligne Karl. Il ajoute que cela ne fait que de «déplacer le problème». Pour Louise, «il est temps d’agir! Il faut une prise de conscience de toute la population» avant les élections fédérales, qui constituent l’occasion d’un «changement radical» de politique.

A vélo pour faire bouger les choses

Ces militants se rendront à la capitale en train, d’autres ont opté pour le vélo. Dans le cadre de son action, l’Alliance climatique a mis sur pied une plateforme web à l’adresse Ibiketomoveit.ch proposant des itinéraires au départ de nombreux cantons, dont Genève, Neuchâtel, Vaud et Fribourg. Les amoureux de la petite reine pourront ainsi se rendre ensemble à l’événement en promouvant la mobilité douce sur leur passage. quels que soit leurs moyens de locomotion, tous se retrouveront samedi à 13h30, près de la Gare de Berne sur la Schützenmatte avant de partir vers la Place fédérale, où ils ont bien l’intention de se faire entendre