Sus aux lobbyistes au parlement!

Elections fédérales • Président de la Ville du Locle, l’actuel conseiller national neuchâtelois du POP Denis de la Reussille se présente sur une liste à quatre candidats au parlement fédéral, qui comprend aussi la syndicaliste Derya Dursun et les député-e-s neuchatelois Armin Kapetanovic et Sarah Blum. Il concourt aussi avec cette dernière au Conseil des Etats. Interview.

Au coude à coude avec les Verts pour un des quatre sièges neuchâtelois, Denis de la Reussille (au centre) voudrait rempiler pour quatre ans. (POP)

Quels seront les grands dossiers qui marqueront la prochaine législature?

Denis de la Reussille Rappelons qu’actuellement au Conseil national, le PLR, l’UDC et la Lega ont suffisamment de poids pour imposer leurs vues sans faire alliance avec le PDC ou les Vert’libéraux. Les prochaines élections renforceront ce rapport de force ou l’infléchiront, ce qui aura des répercussions dans le traitement des dossiers. La problématique des assurances sociales sera au centre de la prochaine législature, notamment avec le dossier AVS 21, qui veut augmenter l’âge de la retraite des femmes et instaurer le principe de retraite flexible entre 62 et 70 ans. Il faudra se battre pour que l’instauration de la retraite anticipée ne soit pas réservée aux seuls nantis. Le dossier de l’assurance-maladie sera aussi au centre de la législature. Actuellement, Ueli Maurer, le responsable des finances, est en train de lancer des ballons d’essai pour supprimer la participation de la Confédération aux subsides maladie. On doit refuser cette proposition.

La question de la péréquation intercantonale entre cantons riches et pauvres sera aussi un enjeu majeur. Les cantons les mieux dotés de Suisse centrale rechignent de plus en plus à participer au pot commun. Cette redistribution est pourtant nécessaire. Bien évidemment, la thématique de l’environnement et de la protection du climat, ainsi que celle de nos relations avec l’Union européenne seront aussi centrales durant les quatre prochaines années. Nous avons déjà annoncé que nous étions contre l’accord-cadre avec l’UE, tel qu’il se présente.

En tant qu’ultraminoritaire de la gauche de la gauche, intégré dans le groupe des Verts, quel est votre pouvoir d’influence au parlement et quels sont vos objectifs pour les élections du 20 octobre?

Au sein du PST-POP, nous avons toujours pensé que l’on devait être partout où l’on pouvait siéger que ce soit au niveau communal, cantonal ou national, aussi bien au plan législatif qu’exécutif. C’est bien à partir de l’élection d’un précurseur comme Daniel Brélaz à l’exécutif de la Ville de Lausanne il y a 29 ans que les Verts ont pu progresser au niveau national. Pour les élections, notre objectif est donc de renforcer la gauche de la gauche au parlement, tenter de former un groupe parlementaire de cinq élus- ce qui nous donnerait accès aux commissions. Même si notre combat n’est pas simple tous les jours, nous tenons à être dans les lieux où se prennent les décisions.

Après quatre ans de présence au Conseil national, quelle évaluation faites-vous de votre travail et de cette institution politique?

En ayant aussi passé 15 ans sur les bancs du Grand Conseil neuchâtelois et une législature à l’échelon national, on apprend à se concentrer sur un certain nombre d’objets pour mieux les défendre, tant le nombre des dossiers est conséquent. Il est impensable de lire tous les dossiers et on doit aussi apprendre à faire confiance à ses collègues de groupe, qui travaillent sur d’autres thèmes. Il faut rappeler aussi que les décisions se prennent exclusivement en commissions. Lors des débats en plénum, aucun groupe ou parti ne changera sa position du fait d’une intervention remarquée du Conseil fédéral ou d’un autre parti. Le plénum met en scène pour les médias et la tribune les positions prises en commissions.

Il faut ajouter que le parlement est largement influencé par les dysfonctionnements du lobbysme. Ces agents d’influence font finalement trop bien leur «travail» auprès des élus. Ceux des assurances-maladie sont particulièrement bien représentés, allant jusqu’à rémunérer ou offrir des postes à responsabilité à certains conseillers nationaux. Lors du débat sur la Réforme fiscale et financement de l’AVS (RFFA), certains cantons comme ceux de Bâle ou de Genève ont envoyé des lobbyistes pour défendre des niches fiscales pour certaines des entreprises situées dans leur canton.

Comment voyez-vous votre travail au sein de la commission des affaires étrangères?

Dans cette commission, nous traitons aussi bien des sujets diplomatiques comme la présence de la Swisscoy dans les Balkans ou l’implications de la Suisse dans le processus de paix en Colombie que des thèmes économiques comme les négociations sur l’accord avec le Mercosur. Cette commission reflète les rapports de force du parlement, avec la présence de nombreux élus PDC ou UDC. La gauche a donc l’habitude de voter compact, en refusant, par exemple, l’accord de libre échange entre la Suisse et l’Indonésie. Je n’hésite pas, quand il le faut, à déposer des interpellations en matière de politique internationale, que cela soit sur la suppression de l’aide suisse à l’UNRWA (agence onusienne pour les réfugiés palestiniens), la catastrophe écologique en Amazonie et la signature de l’accord avec le Mercosur ou la présence des services secrets turcs en Suisse.

Cette semaine, le Conseil des Etats a décidé de réformer la loi CO2, en proposant de renchérir le prix de l’essence ou d’instaurer des taxes sur les billets d’avion. Cela va-t-il dans le bon sens?

Il faut saluer le fait que le parlement prenne petit à petit conscience de l’urgence climatique. Dans notre parti, cela fait plusieurs années, que nous avons mené une réflexion sur le dogme de la croissance et de la consommation effrénées et prônons un autre modèle socio-économique, qui respecte notre environnement. La lutte contre le changement climatique est pourtant incompatible avec le modèle d’augmentation des échanges commerciaux que prône la Suisse. Cette semaine, le Conseil national se penchera sur l’accord que la Suisse veut ratifier avec l’Indonésie. Sans limitation de l’importation de l’huile de palme en provenances de ce pays, l’agriculture locale en Suisse sera mise sous pression.

Pour en revenir à la nouvelle loi CO2, il est important que celle-ci institue des taxes proportionnelles au prix du billet. Les sièges de première classe ou de business class devraient être davantage taxés que ceux de la classe économique, pour éviter que les classes populaires ne soient définitivement exclues de ce type de déplacement. Il faut aussi que le produit de ces taxes soit prioritairement affecté à la réduction des émissions de CO2 et ne soit pas inclus dans le budget général de la Confédération.

La commission judiciaire du parlement a recommandé de ne pas renommer Michael Lauber comme procureur général de la Confédération, finalement réélu ce mercredi. C’était aussi votre point de vue?

Ses accointances avec certains dirigeants de la Fifa, qui, comme d’autres institutions sportives, sont imprégnées de pratiques mafieuses, de même que l’opacité de sa conduite et de ses déclarations font problème et je n’ai voté pour lui.