Première salve contre les avions de combat

Suisse • Le Conseil des Etats vient d’approuver une enveloppe de six milliards pour l’achat de nouveaux avions de combat, dont le choix sera laissé à des experts. Le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) est en ordre de bataille pour lancer un référendum.

A l’heure actuelle, quatre avionneurs sont en piste pour rafler le marché, dont l’européen Eurofighter d’Airbus. Un achat qui coûtera de 18 à 24 millards de francs aux contribuables selon le GSsA. (Ronnie Macdonald)

Suivant la volonté du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), le Conseil des Etats a approuvé la semaine dernière un crédit de 6 milliards pour l’acquisition de nouveaux avions de combat, qui remplaceront la flotte des F/A 18 à partir de 2030. Les sénateurs ont aussi appuyé des mesures compensatoires de 100% pour l’industrie suisse de la part du futur lauréat.

Comme annoncé par Viola Amherd, cheffe du Département, le crédit-cadre sera soumis à un référendum. En cas de réponse positive, ce sera alors au Conseil fédéral, puis au Parlement de se déterminer sur le modèle d’avion et leur nombre. L’avis des experts et des lobbyistes primera donc sur celui de la population.

Tout aussi contestable, la question de l’articulation militaire entre avions de combat et dispositif de défense sol-air a été dissociée, alors qu’une défense aérienne est bien évidemment tributaire des deux paramètres.

A l’heure actuelle, quatre avionneurs sont en piste pour rafler le marché: le Rafale français (Dassault) et l’européen Eurofighter (Airbus). S’y ajoutent deux avions américains: le successeur du FA-18, le Super Hornet de Boeing, et le F35A de Lockheed. Pour sa part, MartinSaab a retiré son appareil, le Gripen E, de l’évaluation.

«Un chèque en blanc au DDPS»

La manière de faire du DDPS n’a guère plus au Parti socialiste lors des débats au Sénat. Le fribourgeois Christian Levrat a dénoncé une politique d’achat digne d’un souk à Marrakech.

La méthode plaît encore moins au Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), qui a déjà annoncé qu’il lancerait un référendum. Rappelant que la population avait rejeté en 2014 l’achat de nouveaux avions de combat pour 3,1 milliards de francs, l’association dénonce un «chèque en blanc» au Département fédéral.

«Le dimanche du scrutin, la population ne saura pas quel type d’avion le DDPS veut acheter, ni combien d’entre eux. De plus, ils seront 3 à 4 fois plus chers si on se réfère à leur durée de vie. L’achat des nouveaux avions de combat coûtera à terme entre 18 et 24 milliards de francs aux contribuables», prévient le GSsA, déjà en ordre de bataille.

 

L’achat de drones israéliens suscite inquiétudes et réticences

Armasuisse a prévu d’acheter six drones de type Hermes 900 HFE, y compris les composantes au sol, le simulateur et la logistique au constructeur israélien Elbit Systems Ltd. (Elbit) pour un montant de 250 millions de francs. Une décision déjà largement critiquée par l’association Boycott – Désinvestissement – Sanctions (BDS Suisse), qui a déposé en 2015 une pétition forte de 30’000 signatures contre l’achat de ces drones israéliens.

Sans remettre en cause cet achat, le Contrôle fédéral des finances a rendu ce lundi un rapport réprobateur sur le thème. Il estime qu’une présentation critique de variantes et alternatives manque dans le message sur l’armement.

De plus, il considère que ce système en réseau doit être amélioré, du fait des probabilités de cyberattaques.

Plus graves encore sont les risques liés au logiciel «SAA» (Sense and Avoid) du drone, qui permet d’éviter de percuter un autre aéronef. Développé conjointement par Elbit et l’entreprise publique suisse Ruag, ce nouveau système est appelé à être largement vendu à l’international, comme le divulgue le Contrôle fédéral des finances. La Confédération pourrait donc empocher des royalties, en faisant des affaires par l’intermédiaire de ventes réalisées par une société israélienne de défense privée.

De quoi choquer le socialiste genevois Carlo Sommaruga, membre de la commission politique du Conseil national. «C’est extrêmement inquiétant qu’un logiciel militaire soit aux mains d’une société israélienne et qu’il puisse ensuite être vendu à n’importe quel chef de guerre», soulignait-il à l’ATS.