Face à la révolte sociale, Moreno décrète l’état d’exception

Equateur • La fin de la subvention des carburants prévue dans le plan d’ajustement structurel du FMI a mis le feu aux poudres. Une grève nationale a eu lieu le 9 octobre. (Par Cathy Dos Santos, Paru dans L’Humanité)

Après les chauffeurs de transport, ce sont les étudiants, les syndicats de salariés et les Indiens de la Conaie,, qui refusent de payer la facture du plan d’ajustement structurel. (Conaie)

Il est plus facile de serrer la louche à la présidente du FMI, Christine Lagarde, que de servir la soupe aux siens. Depuis jeudi, le chef de l’État équatorien, Lenin Moreno, essuie une révolte sociale: manifestations dans le centre de la capitale, ainsi que dans les grandes villes, écoles et facultés fermées, routes bloquées…

Après les chauffeurs de transport, ce sont les étudiants, les syndicats de salariés et les Indiens de la Conaie, la puissante Confédération des nationalités indigènes, qui refusent de payer la facture du plan d’ajustement structurel convenu avec l’institution financière internationale.

Élu en 2017 sur le bilan de la révolution citoyenne de son prédécesseur Rafael Correa, le président, qui a depuis retourné sa veste, a décrété l’état d’exception pour une durée de 60 jours. Les forces de l’ordre, chargées de mater les mobilisations, ont procédé à près de 400 arrestations.

Les manifestants, qualifiés de «putschistes» par Lenin Moreno, ont répondu à cette mesure d’intimidation par un appel à une grève nationale, prévue le 9 octobre. Réduction des salaires dans le secteur public Le 1er octobre, le président a annoncé une série de mesures économiques impopulaires, en échange d’un prêt conditionné du FMI d’un montant de 4,2 milliards de dollars sur trois ans. Quito (la capitale) prévoit ainsi de réduire de 20 % les salaires des contractuels dans le secteur public. Les fonctionnaires verront leurs vacances annuelles de 30 jours amputées de 50 % ; ils devront également renoncer à un jour de leur salaire par mois.

Par ailleurs, les entreprises dont les revenus excèdent les 10 millions de dollars par an seront assujetties à une contribution fiscale. Selon l’exécutif, les 300 millions de dollars qui seront au total levés permettront de financer la santé, la sécurité publique et l’éducation. Mais c’est surtout la suppression de la subvention aux combustibles – estimée à 1,3 milliard par an – qui a mis le feu le feu aux poudres.

«Compatriotes, il est nécessaire de corriger les graves problèmes de l’économie équatorienne (…). Durant des décennies, cette subvention a bénéficié principalement à ceux qui n’en avaient pas besoin et à ceux qui vivent de la contrebande », a osé expliquer Lenin Moreno.

Deux jours seulement après ces annonces, les prix sont partis en flèche. Le gallon de gasoil (l’unité de mesure américaine, équivalente à 3,78 litres) est passé de 1,85 dollar à 2,30 dollars. Quant au gallon de diesel, il a grimpé de 1,08 dollar à 2,27 dollars, soit une hausse de plus de 120%. Les manifestants craignent que cette flambée des prix ne se répercute sur les tarifs des transports et les biens de consommation.

«Dialoguer oui, mais en aucune circonstance nous n’allons revenir sur cette mesure. Entendez bien, je ne vais pas changer cette mesure, que ce soit clair, la subvention a été éliminée, c’en est fini de l’oisiveté», a encore péroré Moreno, dont l’exécutif a annoncé un retour à la normale dès cette semaine  avec la reprise des cours.

Si les 11 fédérations de chauffeurs ont décidé de reprendre le travail, le pays andin connaît encore d’importants foyers de résistance. «Les organisations sociales ratifient leur appel à la grande grève du 9 octobre», a rappelé le vice-président du Front unitaire des travailleurs, José Villavicencio, comme l’a fait de son côté le président de la Conaie, Jaime Vargas.

En 2000, le président de l’époque, Jamil Mahuad, grand artisan de la dollarisation du pays, avait lui aussi pris des mesures drastiques afin de contenter les bailleurs de fonds avec, entre autres, une augmentation sensible du prix des carburants. Des milliers de manifestants l’avaient alors destitué sans état d’âme.