La gauche portugaise triomphe, mais doit conforter le progrès social

Portugal • Le parti socialiste du premier ministre sortant, Antonio Costa, remporte les élections pour l’Assemblée de la République (Parlement). Il devrait reconduire sa coalition gouvernementale avec le Bloc de Gauche et le Parti communiste portugais. (Par Francisco Belo, militant PCP)

Comme le veut la Constitution portugaise, le Président de la République convoquera le leader du parti vainqueur et lui demandera de former un gouvernement, qui ensuite se présentera devant le nouveau parlement pour être investi. C’est le Parti socialiste qui est sorti vainqueur du scrutin avec environ 37% des voix (106 députés sur 230 contre 86 en 2015), donc sans majorité absolue, ce qui va l’obliger à passer des accords.

Ceux-ci seront conduits à gauche comme dans la législature précédente, soit à droite, comme cela s’est déjà fait en 1978 avec Mário Soares, secrétaire général du PS à l’époque, qui n’avait pas hésité à passer un accord parlementaire avec la droite dure (CDS) pour pouvoir gouverner. Une expérience qui n’avait tenu que 8 mois.

Antonio Costa, l’actuel et futur Premier ministre pour les quatre prochaines années, tentera à nouveau de former un gouvernement avec l’appui de la gauche parlementaire soit le Bloc de Gauche (BE) et la CDU (Coalition formé par le Parti communiste portugais et le Parti écologiste – Les Verts). La première formation maintient ses 19 députés avec 9,67% des voix, alors que la coalition rouge-verte décroche 6,46% des votes, contre 8,25% en 2015, et 12 élus.

Une alliance positive

Cette alliance a conduit à des résultats positifs. Parmi les avancées: augmentation des salaires minimaux nationaux à 600 euros, augmentation des retraites, retour du 13e salaire, qui avait été retiré aux employés de la fonction publique, ainsi que celui des 35 heures de travail hebdomadaires. Le gouvernement a aussi œuvré, entre autres, pour une baisse importante de l’abonnement des transports publics et la gratuité des manuels scolaires pendant toute la scolarité obligatoire.

Ce gouvernement – la «geringonça» – a été soutenu par la gauche, sans quoi le budget annuel du gouvernement n’aurait pas été voté, ce qui signifiait la chute du gouvernement et la convocation de nouvelles élections. Le bilan est donc globalement positif, même si le Parti socialiste s’est allié à la droite pour faire passer le nouveau Code du Travail, un revers important pour les travailleurs et les syndicats. Comme par hasard, celui-ci a été voté le dernier jour de la législature, sous les remerciements du patronat.

Après les votations de dimanche dernier, Antonio Costa a déjà annoncé qu’il entendait continuer dans le même registre.

Abstention en hausse

Du côté de la coalition PCP/PEV, les premières déclarations, par l’entremise de son secrétaire général, Jeronimo de Sousa, vont dans le sens de refuser un accord écrit avec le Parti socialiste, pour ne pas se retrouver pieds et poings liés. Elle verra au cas par cas la possibilité de voter en faveur du gouvernement, surtout si les propositions vont dans le sens voulu, soit l’amélioration du niveau de vie du peuple portugais, avec notamment l’augmentation du salaire minimum à 850 Euros exigé par le PCP et la CGTP.

Concernant les élections de dimanche dernier, le bilan est aussi positif. La gauche sort largement vainqueur, le nombre de femmes élues passe à 89 députées, chiffre jamais atteint dans l’histoire du Portugal.

Pour la première fois aussi, 3 femmes d’origine africaine (Guinée et Sénégal) font leur entrée au parlement. Malheureusement, ces élections ont aussi des aspects négatifs, voire très négatifs, comme l’augmentation de l’abstention à 45%.

Mais surtout, il y eut l’élection pour la première fois d’un député d’extrême droite, alors que le Portugal était jusqu’à dimanche l’un des quatre pays européens, où l’on n’en comptait aucun. Plus préoccupant encore est le fait que le parti Chega! (extrême droite) a obtenu ses meilleurs résultats dans les bastions de la gauche (Lisbonne, Évora, Portalegre), ainsi que dans les quartiers les plus défavorisés.

A cette percée de l’extrême droite, correspond une perte de cinq députés pour la Coalition PCP/PEV, soit presque 1/3 de sa représentation parlementaire. Une réflexion s’impose à toute la gauche, mais particulièrement au PCP, pour essayer de comprendre ce qui s’est passé, afin de stopper la perte de notre représentation parlementaire, tendance qui se vérifie depuis les trois dernières élections.