«Les conditions de vie déplorables des MNA»

Genève • Depuis des mois, plusieurs groupes citoyens dénoncent la situation précaire de mineurs arrivés seuls dans la cité de Calvin. De leur côté, les autorités prennent des engagements qui se font attendre.

Le Collectif Lutte des MNA (Mineurs non accompagnés) met en lumière «l’absence d’une prise en charge effective et suffisante des MNA». (DR)

Cela fait trois mois que des collectifs alertent sur les conditions de vie «déplorables» des MNA. Derrière cet acronyme se cacheraient une soixantaine de Mineurs non-accompagnés. A la différence des Requérants Mineurs non-accompagnés (rMNA), ces derniers proviennent de pays dit «sûrs» et n’ont donc pas accès à la prise en charge qui accompagne une demande d’asile.

En juillet dernier, par une lettre ouverte, relayée par le collectif «tournoi antiraciste», ces jeunes concernés revendiquaient auprès de la Conseillère d’Etat chargée du département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIP), Anne Emery-Torracinta (PS), le respect de leur droit à des conditions dignes en matière d’accompagnement social, de logement et de scolarité.

Le 15 août, à deux semaines de la rentrée scolaire, le Collectif Lutte des MNA dénonçait l’inaction des autorités dans les colonnes du site d’information alternatif Renversé.co et rappelait qu’alors que «[n]os enfants, frères et Sœurs, cousins et cousines feront leur rentrée […], leur droit à la formation étant ainsi respecté», les MNA, eux, n’en n’auront toujours pas.

Le 26 août, jour de la rentrée pour (presque) tous les mineurs du canton, le Collectif a rencontré la Délégation du Conseil d’État aux migrations. Selon lui, des engagements auraient été pris. Ils consisteraient en un accès à la scolarité suite à l’étude de chacune des situations, la mise en place d’un document attestant de leur identité et de leur prise en charge par le SPMI, ainsi qu’une invitation à la présentation d’un nouveau foyer d’hébergement.

En effet, certains de ces MNA sont actuellement logés à l’Hôtel Aïda, établissement qui est dénoncé par plusieurs témoins comme totalement inadapté à l’accueil de ces jeunes gens.

Laissés-pour-compte

A ce jour, aucun des engagements des autorités ne se serait concrétisé. Jointe par téléphone, Léa*, membre du collectif, nous informe que quelques jeunes sont actuellement logés dans des foyers tel celui des Tattes, du Grand-Sacconex, ou de l’Étoile à Carouge. Rappelons que ce dernier a défrayé la chronique depuis le suicide d’Ali, un de ces jeunes pensionnaires, au printemps dernier. Selon Léa, la plupart des MNA dorment toujours à l’Aïda ou dans d’autres hôtels et «certains sont actuellement à la rue».

Les matins, les MNA accueillis dans des établissements hôteliers ont le droit à un petit-déjeuner. Selon un témoignage publié par Renversé.co, celui de l’Hotel Aïda se serait déjà composé de lait «dilué avec beaucoup d’eau» et de «pain moisi».

Le midi, les jeunes sont censés déjeuner à l’association Païdos, mais le nombre de place s’y limiterait à 15 selon le Collectif, soit 4 fois moins que le nécessaire.

Quant aux dîners, ils peuvent aller les chercher gratuitement dans une sandwicherie de la rue de Lausanne. Léa fustige de telles conditions, «non seulement certains ne parviennent pas à déjeuner, mais de plus on a des jeunes qui se nourrissent de sandwichs tous les soirs». Elle ajoute, que les repas offerts par Païdos (en nombre insuffisant) ainsi que par la sandwicherie, ne le sont que du lundi au vendredi, laissant ces jeunes sur le carreau durant le week-end.

A l’instar de certains déjeuners, l’intégration dans un parcours scolaire, demandée par ces mineurs, se fait également attendre. Léa nous confie, que d’après l’Accueil de l’Enseignement Secondaire II (ACCES II), il suffirait d’un accord des curateurs du Service de Protection des Mineurs (SPMI) pour que ces jeunes intègrent des cursus.

Toutefois, «rien n’est fait», selon elle, pour répondre à ces demandes, d’autant plus légitimes qu’elles constituent un droit garanti par la Convention aux droits de l’enfant (Art. 28), ratifiée par la Suisse en 1997.

Le Collectif dénonce également la répression policière dont sont victimes ces jeunes. A la sortie de leur dernière conférence de presse, deux MNA se sont fait arrêter parmi 5 personnes pour un contrôle d’identité, avant d’être relâchés après 2 heures d’une garde-à-vue «inutile», sans aucune charge retenue à leur encontre. Pour le collectif, qui souligne la nécessité d’un document permettant de se légitimer comme pris en charge par le SPMI, les agissements de la police s’assimilent parfois à du «profilage racial».

Nouvelles promesses  et mobilisations

Par un mail daté du 27 septembre, que nous avons pu consulter, le DIP annonce avoir mandaté la fédération Officielle de la Jeunesse «pour l’ouverture, courant octobre, d’un lieu d’hébergement destiné aux MNA». Le département annonce également que ces derniers y disposeront d’une prise en charge consistant en «un accompagnement éducatif adapté aux besoins de ces mineurs, dans un cadre d’hébergement sûr».

Toutefois, cette nouvelle structure devrait offrir «une vingtaine de places», soit 3 fois moins que nécessaire.

Le DIP annonce également, que «le programme des activités a été revu, notamment pour renforcer le temps dédié aux apprentissages scolaires (français et mathématiques)».

A cela, le Collectif répond qu’il ne souhaite pas que ce «renforcement» des activités scolaires soit proposé à la place d’une formation scolaire ou professionnelle complète.

En l’absence d’une prise en charge effective et suffisante des MNA par les autorités compétentes, le collectif est bien décidé à se faire entendre. Afin de revendiquer la fin de l’hébergement en hôtel, la fermeture du controversé foyer de l’Étoile, ainsi que des conditions d’accueil dignes pour tous les MNA (et les rMNA), il occupera ce dernier le jeudi 17 octobre dès 18h, ainsi que l’Hôtel Aïda dans les semaines suivantes.

 

*Ne souhaite pas indiquer son nom de famille