Victoire de la contestation indigène

Equateur • L’exécutif annule la suppression des subventions au carburant. Les retraites et le Code du travail pourraient constituer de nouveaux fronts. (Par Lina Sankari, Paru dans L'Humanité)

Aux scènes d’affrontements avec la police a succédé la liesse. Dimanche soir, des milliers d’Équatoriens ont conflué dans le centre de la capitale, Quito, afin de célébrer le recul du gouvernement sur la suppression des subventions au carburant et, par là même, la fin de la crise qui a paralysé le pays douze jours durant. Le mouvement d’opposition a toutefois payé un lourd tribut: 1’340 blessés et 1’152 arrestations sont à dénombrer.

Jaime Varga, le président de la Confédération des nationalités indigènes (Conaie), a fustigé une «violence démesurée contre le peuple et un terrorisme d’État», et demande désormais la démission des ministres de l’Intérieur et de la Défense.

A l’issue d’un dialogue de quatre heures, sous l’égide de l’ONU et de l’Église catholique, l’exécutif et la Conaie sont tombés d’accord pour qu’un nouveau décret, annulant le décret 883 sur l’essence, soit rédigé. Les milliers d’indigènes, qui campaient depuis une semaine dans la capitale en signe de protestation, commençaient dès l’annonce à regagner les Andes et l’Amazonie.

Consécutivement, la Conaie a également suspendu les blocages de routes et de puits pétroliers. Cette victoire sur le plan d’ajustement structurel négocié avec le Fonds monétaire international (FMI) en échange d’un prêt de 4,2 milliards de dollars pose la question de la poursuite des politiques ultra-libérales du président Lenin Moreno, qui a définitivement rompu avec la Révolution citoyenne, le mouvement de son mentor et prédécesseur à la présidence, Rafael Correa.

«Cela n’a jamais été mon intention d’affecter les secteurs les plus démunis (…), les plus pauvres», a-t-il justifié à l’issue des négociations. Contrecoup logique du décret 883, les prix du carburant ont grimpé jusqu’à 123 %.

L’incarnation d’un mépris de classe

Reste la question toujours non-résolue, et contenue dans le plan du FMI, de la baisse de 20% des salaires dans la fonction publique, de la réforme du système de retraites et de la flexibilisation du Code du travail. La contestation, qui a déjà poussé le président Moreno à transférer le siège du gouvernement à Guayaquil, la capitale économique, à décréter un couvre-feu et à placer Quito sous contrôle militaire, pourrait trouver là un nouveau souffle.

D’autant que, selon Jaime Varga, «l’objectif d’un État plurinational n’a pas été rempli» et que le ton péremptoire de Lenin Moreno fait désormais du président l’incarnation du mépris de classe.