«Sale guerre» britannique en Irlande du Nord

Histoire • Depuis la signature, le 10 avril 1998, de l’accord de paix du Vendredi saint par les forces politiques d’Irlande du Nord acceptant de mettre fin à 30 années de troubles sanglants (1969-98) faisant 3480 morts, des faits graves ont été révélés. (Par Andy Snoddy de la fédération syndicale UNI Global)

Journaliste et militant syndical, Martin O’Hagan a été assassiné en 2001 par un agent britannique par ailleurs responsable du meurtre d’environ 40 catholiques. (Kevin Cooper)

Des preuves supplémentaires ont ainsi étayé la complicité entre police, forces britanniques et paramilitaires loyalistes (Ulster Defence Association-UDA et Ulster Volunteer Force-UVF).

Cette complicité s’est traduite par le fait que les forces de sécurité de l’État transmettaient des informations sur les membres de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) à leurs propres agents et aux paramilitaires loyalistes afin qu’ils puissent les cibler pour les assassiner.

Outre des paramilitaires, des membres de l’IRA se sont révélés être aussi des agents britanniques, travaillant pour la police, l’armée ou le MI5 (service de renseignement responsable de la sécurité intérieure du Royaume-Uni, chargé notamment des actes de terrorisme, ndlr).

Tous étaient pour la plupart originaires d’Irlande du Nord, ont été impliqués dans des actes de violence. Appréhendés par la police, ils ont ensuite pu obtenir l’abandon de toute charge pénale sous la condition de devenir agents. L’Etat serait ainsi devenu «gestionnaire du terrorisme» dans le cadre d’une stratégie antiterroriste à long terme, organisant l’assassinat d’opposants au lieu de les traduire en justice.

Dans les années 1970, le gang ou groupe de Glenane, alliance informelle secrète regroupant militants loyalistes, de soldats britanniques et officiers de police, a mené une série d’attaques contre des catholiques dans une région d’Irlande du Nord connue sous le nom de «triangle du meurtre». Il aurait tué environ 120 personnes, dont la quasi-totalité serait des civils catholiques non impliqués.

Le rapport Cassel (une commission d’enquête internationale indépendante) a investigué sur 76 meurtres attribués au groupe. Et trouvé des preuves attestant que des soldats et des policiers étaient impliqués dans 74 d’entre eux.  Au fil de la décennie 80, le paramilitaire loyaliste Brian Nelson, chef de l’unité de renseignement de l’UDA, et responsable du choix des assassinats, se trouvait aussi être un agent britannique. L’enquête Stevens (une enquête officielle du gouvernement britannique dirigée par Sir John Stevens concernant la complicité en Irlande du Nord) a établi que cet agent n’avait sauvé que deux vies et qu’il était responsable d’au moins 30 meurtres et de nombreuses autres attaques, dont beaucoup contre des cibles civiles innocentes.

En 1992, l’UVF, un groupe paramilitaire loyaliste, a menacé de mort les journalistes, les imprimeurs et les distributeurs du Sunday World, un tabloïd populiste irlandais spécialisé notamment dans les histoires de paramilitaires.

A l’époque, alors que j’étais à la tête du syndicat des imprimeurs d’Irlande du Nord, nous avons organisé des manifestations, avec le syndicat des journalistes, afin d’exiger que cette menace soit levée et soutenir la liberté de la presse. En octobre 1992, des hommes armés de l’UVF ont posé une bombe au bureau du journal, conseillant au personnel d’arrêter les manifestations. Finalement, un accord informel a été conclu entre les syndicats, l’entreprise et les paramilitaires UVF. Les menaces de mort ont alors été levées.

Neuf ans plus tard, Martin O’Hagan, un des journalistes les plus en vue du Sunday World, a été assassiné alors qu’il rentrait chez lui. Syndicaliste militant, Martin O’Hagan rédigeait des articles exposant des faits de complicité entre police et groupes paramilitaires loyalistes. Ses articles ont révélé certaines des activités des groupes paramilitaires et le nom d’assassins présumés.

A la mi-octobre, la BBC a dévoilé que le chef du gang (groupe) terroriste ayant assassiné Martin O’Hagan était lui-même un agent britannique responsable du meurtre d’environ 40 catholiques. Il se nomme Billy Wright ou King Rat comme l’appelait Martin O’Hagan dans le Sunday World.

Faire toute la lumière

Suite à cette information, le syndicat des journalistes, l’Union nationale des journalistes (NUJ), a souligné qu’elle restait «gravement préoccupée» par le fait que les responsables du meurtre de Martin O’Hagan n’avaient pas été arrêtés.

«Le meurtre de sang-froid d’un journaliste d’investigation courageux doit faire l’objet d’une enquête menée par un organe indépendant. Le fait que l’enquête sur le meurtre n’ait pas été menée de manière adéquate a pour effet de saper la confiance dans l’Etat de droit. Il y a tellement de questions sans réponses au sujet du meurtre de Martin O’Hagan qu’il est urgent de revoir l’affaire. Nous croyons depuis longtemps que les responsables de son assassinat pourraient être protégés en raison de leur rôle d’informateurs de la police. Cette question doit faire l’objet d’une enquête indépendante», exige la NUJ.