Un toit abordable pour chacun.ne

Genève • La gauche, l’Asloca, les associations de quartiers et la CGAS ont lancé leur campagne pour soutenir l’initiative 162 «Construisons des logements pour toutes et tous!», soumise au vote le 24 novembre.

Déposée en 2015, l’initiative demande que tous nouveaux quartiers prévoyant du logement soient construits en zones de développement, tant que dur la pénurie de logements à Genève.

Concrètement, le Conseil d’Etat devrait dorénavant systématiquement de tels déclassements au Grand Conseil. «Du point de vue historique, ce déclassement de zones en zones de développement plutôt qu’en zones conventionnelles existe depuis la fin de la guerre. Il visait à répondre aux besoins prépondérants en matière de logements de la population. Nous cherchons à maintenir ce système et cette pratique habituelle, qui permet de construire des logements pour la classe moyenne et inférieure», a insisté Carlo Sommaruga, président de l’Asloca Suisse, tout en rappelant qu’une initiative fédérale «Pour des logements abordables» sera soumise au vote au niveau suisse le 9 février 2020.

«Notre initiative est donc conservatrice, dans le bon sens du terme», renchérit Christian Dandrès, avocat conseil de l’Asloca, tout en rappelant qu’une autre initiative, prête à passer en vote et demandant un ratio de logements bon marché dans les zones de développement, a été invalidée par le Tribunal fédéral en 2018.

Quatre avantages

Les avantages de la zone de développement sont nombreux selon la socialiste Carole-Anne Kast, mandataire de l’initiative. Dans ce type de zones, les prix de la location ou de la vente des nouveaux logements sont contrôlés par l’Etat pendant 10 ans.

De surcroît, elles prévoient des proportions minimales de logements sociaux. «Dans les zones ordinaires, les promoteurs font ce qu’ils veulent et peuvent ne construire aucun logement social», explique la conseillère administrative d’Onex.

A cela s’ajoute le fait que dans de telles zones, les appartements à vendre sont réservés aux gens qui achètent pour y habiter, suite à l’adoption de la loi Longchamp, en excluant les autres acheteurs, notamment dans le cadre de placements immobiliers d’ordre spéculatif.

Last but not least: dans ce cadre, des terrains peuvent être cédés aussi au profit du domaine public ou aux communes pour créer des parcs, des espaces pour les équipements ou des écoles. Elle indique aussi que le milieu des promoteurs immobiliers est plutôt favorable à construire en zones de développement, du fait que ce cadre offre des garanties.

8’500 personnes en attente

«Les objectifs en politique sociale du logement ne sont pas encore atteints. Il était prévu de construire 20% de Logements d’utilité publique (LUP), alors que nous en sommes seulement à 10% du parc immobilier. 8’500 personnes sont toujours sur des listes d’attente», renchérit Pierre Bayenet, député suppléant d’Ensemble à Gauche. «L’initiative permettrait aussi de mieux répartir sur l’ensemble des communes ces zones de développement et éviter la ghettoïsation», souligne-t-il enfin.

«Notre volonté de mixité de l’habitat et durabilité, par la réduction des transports individuels, en construisant de la ville dans la ville nous pousse à soutenir cette initiative», relève Roland Dupuis, représentant des Verts.

Pour Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia et président de la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS), le manque de logements et leur cherté frappe de plein fouet les salariés. «Pour ceux qui gagnent 4000 francs par mois – soit 12% de la population, les frais de logement peuvent représenter jusqu’à 34% du salaire du ménage. On constate de plus en plus de salariés genevois obligés d’aller se loger en France voisine. Cette initiative va dans le sens de notre offensive pour renforcer le pouvoir d’achat», explique-t-il.

«Le marché libre, qui cherche le profit, ne permet pas de mettre à disposition des logements de qualité à prix abordables. L’Etat doit jouer son rôle de régulateur», assure Brigitte Studer, membre du Collectif d’associations de quartiers de Genève.

«Depuis quatre ans, certains locataires aux minima sociaux n’arrivent pas à trouver un nouveau logement après avoir reçu leur congé d’un bail à la Jonction», exemplifie Odile Fioux, membre de la même association.

Représentante de la Ciguë, coopérative pour le logement social des étudiants, Antonella Vitali dénonce le manque de logements à loyers abordables pour cette catégorie de la population. «En tant que maître d’ouvrage dans des zones en développement, nous avons augmenté notre nombre de chambres de 100 à 800 (dont 50% sont pérennes), mais nous avons toujours une liste d’attente de 200 à 300 personnes chaque année, du fait de l’augmentation de la population estudiantine», conclut-elle.

 

NON au massacre de la zone agricole pour des bureaux vides

La semaine dernière, le comité référendaire, soutenu par les Verts et Ensemble à Gauche, a lancé sa campagne contre le déclassement du Pré-du-Stand au Grand-Saconnex, près de l’aéroport.

Refusant la disparition de 13 hectares de zone agricole, le comité fustige un projet, qui prévoit la création de 91’000 m2 de surfaces de bureaux supplémentaires. «Ce n’est pas parce que cette commune héberge un aéroport, un Palexpo et une autoroute qu’il convient de massacrer entièrement le secteur. L’agriculture fait largement partie de l’histoire du Grand-Saconnex, préservons-en tout de même quelques bribes!», a-t-il tancé.

Le comité a aussi répondu au Conseil d’Etat, qui prétend que si le Pré-du-Stand n’est pas déclassé, il ne sera pas possible de construire un nouveau Cycle d’orientation sur le site de Balexert où se trouvent actuellement trois terrains de football à disposition du Servette FC, essentiellement les sections juniors. Ces terrains de sport doivent être transférés dans un futur centre sportif pour les jeunes au Pré-du-Plan. Dénonçant un projet mégalomaniaque et situé dans une zone inadaptée à l’entraînement intensif, le comité référendaire en appelle à une utilisation rationnelle des infrastructures existantes.

Les référendaires jugent aussi que le financement du projet de Pré-du-Stand pose problème. Deux-tiers du coût de l’infrastructure sportive serait à la charge de Newfield SA, filiale de Capvest Advisors SA, société mentionnée dans le cadre des diverses affaires Maudet.

«L’intérêt de Newfield SA n’est certainement pas de promouvoir le sport, mais elle utilise ce sussucre à la Fondation 1890 pour construire son propre projet de surfaces de bureaux (90’000 mètres carrés), dans un contexte où les surfaces de bureau vides ne cessent d’augmenter dans le canton et où pléthore de projet du même tonneau sont en planification dans le secteur de l’aéroport», vitupère le comité référendaire.

Contrairement à solidaritéS,  les Verts et le PdT refusent aussi la modification des limites de zones aux Crêts, au Petit-Saconnex, soumise aussi au vote le 24 novembre, en se déclarant soucieux «de préserver les qualités du secteur et en particulier la forte arborisation actuelle». Pour sa part, le PS genevois considère que ce projet “de densification d’une zone  en plein centre-ville, avec de nombreux logements à des prix contrôlés”, doit être soutenu.